Suisse: Voie coupée pour Freysinger
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SuisseVoie coupée pour Freysinger

Personne ne s’y attendait: Oskar Freysinger est potentiellement éjecté du Gouvernement valaisan. Grand vainqueur du jour, Christophe Darbellay n’a pas boudé son plaisir.

par
Eric Felley
Oskar Freysinger, préoccupé, durant les dernières élections cantonales valaisannes.

Oskar Freysinger, préoccupé, durant les dernières élections cantonales valaisannes.

LMS/Christian Bonzon

Quel suspense! Hier en fin d’après-midi, le conseiller d’État sortant Oskar Freysinger semblait bien accroché à la cinquième place du premier tour des élections cantonales valaisannes. Mais le vote des villes de Sion et de Martigny l’a fait rétrograder à la sixième place, derrière l’ex-conseiller national socialiste Stéphane Rossini. Finalement, l’UDC lui a concédé quelque 2000 voix. Cerise sur le gâteau, le socialiste a fait davantage de voix que lui dans sa propre commune de Savièse.

Élu avec plus de 57 000 voix au second tour des élections de 2013, Oskar Freysinger ne récoltait hier que 31 000 voix. L’affront est venu du résultat de la liste du PDC, qu’il combattait. Christophe Darbellay est arrivé en tête de ce premier tour avec 20 000 voix de plus que son ancien collègue du Conseil national. L’ancien président du PDC suisse n’en revenait pas d’un tel écart: «Je n’aurais jamais imaginé cela. J’ai l’impression que c’est une vision du canton qui est en train de changer, qui a envie d’avancer plutôt que de retourner au temps où l’on mangeait des cailloux.»

Attaqué sur sa vie privée durant toute la campagne, Christophe Darbellay tenait une revanche inespérée: «Ce fut la base de leur campagne de bas étage, mais les Valaisans ont tranché avec un score net et clair. Quant au reste, leur stratégie s’est avérée calamiteuse». En créant la liste Ensemble à droite, Oskar Freysinger avait «débauché» l’ancien président du Grand Conseil, Nicolas Voide, afin de diviser le PDC.

Mais cela n’a pas fonctionné. Seul un petit quart du PDC a voté pour cette liste. Et le transfuge a fait la moitié des voix de Christophe Darbellay. Le sortant Jacques Melly a relevé que cette situation avait obligé le PDC à une mobilisation sans faille: «On a fait une campagne absolument hors norme, jamais vue par le passé. Quant à Oskar Freysinger, il a attaqué tous azimuts et je pense que la population attendait une autre attitude de sa part.»

Le défait du jour battait sa coulpe hier soir, présentant ses «félicitations» au PDC: «Il faut être correct et bon perdant.» Mais le naturel est revenu au galop: «Il faut dire que c’est un peu ma stratégie qui a provoqué ça. Ce qui a fait ma force jusqu’ici, c’est que j’étais un loup solitaire. Là, j’ai voulu jouer collectif et cela n’a pas fonctionné.»

Cela dit, il reste un deuxième tour, le 19 mars prochain, qui s’annonce très incertain. Ce dimanche, les socialistes ont reconduit la sortant haut-valaisanne Esther Waeber-Kalbermatten. Avec la cinquième place de Stéphane Rossini, ils pourraient être tentés d’occuper un deuxième siège historique. Oskar Freysinger et l’UDC feront tout pour contrer la perspective d’un «gouvernement de centre gauche» en Valais: «Je vais me battre, a déclaré le principal intéressé. La mauvaise herbe, ça ne s’enlève pas si facilement.»

Les partis ont jusqu’à mardi midi pour faire part de leur stratégie, voire proposer de nouveaux candidats. Ce pourrait être le cas du PLR, dont les deux candidats Frédéric Favre et Claude Pottier sont arrivés 9e et 13e. Quant au porte-parole de la police cantonale, Jean-Marie Bornet, il a terminé 12e, avec près de 18 000 voix. Il se donnait le temps de réfléchir, avant d’éventuellement participer au deuxième tour.

Les six premiers:

Christophe Darbellay (PDC) 51 160

Jacques Melly (PDC) 50 518

Roberto Schmidt (PDC) 49 964

Esther Waeber-Kalbermatten (PS) 34 120

Stéphane Rossini (PS) 32 788

Oskar Freysinger (UDC) 30 857

L'édito d'Éric Felley: Ensemble à droite, tout seul dans le mur

Après le Brexit, après l’élection de Donald Trump, qu’il avait qualifiée de «lueur d’espoir», avec la montée des populismes en Europe ou son admiration pour Vladimir Poutine, rien ne pouvait arrêter Oskar Freysinger. Son idée de proposer aux Valaisans une «révolution conservatrice» dans le cours de l’histoire semblait une idée de génie.

Or voilà, les Valaisans n’ont pas mordu à cet hameçon au bout d’une grosse ficelle. Oskar Freysinger voulait obtenir une majorité au Conseil d’État avec deux colistiers obligés d’Ensemble à droite. Il était persuadé que les 57 000 personnes qui avaient voté pour lui il y a quatre ans le suivraient secrètement dans leur cœur. Son erreur aura été toute simple: celle d’avoir été présomptueux et aveuglé par l’opinion démesurée qu’il a de lui-même.

En quatre ans, les Valaisans ont appris à le connaître à travers son mandat. Ils ont cerné son côté égocentrique, sa vulgarité et son approche «alternative» de la vérité. C’est même un pionnier. À l’approche de ces élections 2017, une quantité de mouvements spontanés se sont créés sur les réseaux sociaux ou dans la vie associative pour réclamer son départ. C’est peu dire qu’il a regardé ces manifestations de haut, estimant qu’il lui suffisait de faire partie du «subconscient» des Valaisans pour être élu.

Dorénavant, il lui reste deux semaines pour se réhabiliter. N’est-ce pas trop tard? Stéphane Rossini, lui, a mené une campagne laborieuse, mais sans jamais tomber dans le théâtre de guignol imposé par l’UDC. L’option a été payante.

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