23.07.2017 à 13:09

IncivilitésVols, tensions, les piscines engagent toujours plus d’agents de sécurité

À Delémont, on a fait appel à des professionnels pour mettre au pas des visiteurs qui dérapaient. Plusieurs établissements ont déjà pris une telle mesure.

von
Fabiano Citroni
Depuis que la Piscine de Bellerive à Lausanne a engagé des agents, le nombre de vols a diminué dans des proportions spectaculaires.

Depuis que la Piscine de Bellerive à Lausanne a engagé des agents, le nombre de vols a diminué dans des proportions spectaculaires.

François Moesching/LMD

Les responsables de la piscine de la Blancherie, à Delémont (JU), ont remarqué qu’il y avait davantage de vols, mais aussi que des groupes de jeunes se prenaient de bec. «Le ton commençait à monter», résume Patrick Mathez, le patron du centre sportif de la Blancherie. Que faire, discuter avec eux? Une option écartée. «Nous avons établi des records d’affluence et le personnel doit encore plus se concentrer sur ce qui se passe dans le bassin. Nous avons alors pris exemple sur Porrentruy qui a connu les mêmes problèmes et qui a fait appel à des professionnels de la sécurité pour les régler. Le Conseil communal a validé cette idée», explique-t-il, confirmant une information du Quotidien Jurassien.

Depuis une semaine, des agents de sécurité sont présents à l’entrée de la piscine lorsqu’il y a du monde. «Ils vérifient que personne n’essaie d’entrer sans payer. Ils font aussi des contrôles d’identité. Nous verrons si ces mesures sont efficaces», précise Patrick Mathez.

«Sans dispositif, ça pique»

Il y a ainsi toujours plus d’établissements qui font appel à des tiers pour garantir la sécurité ou diminuer le risque de dérapages. Notre prise de température dans les cantons romands montre que certaines piscines misent sur des agents de sécurité alors que d’autres privilégient la collaboration avec les polices municipales. Il y a enfin celles qui optent pour la prévention par les pairs: de jeunes adultes discutent avec les adolescents qui pourraient déraper.

Dans le détail, quelle est la mission des agents de sécurité? On s’en doute, ils sont d’abord là pour faire chuter le nombre de vols. «Dans une piscine, si vous ne mettez pas un dispositif en place, ça pique», dit Christian Barascud, gérant des piscines au Service des sports de Lausanne. «Avant, il y avait 50 vols par saison à Bellerive. Il n’y en a plus qu’une dizaine aujourd’hui.» Christian Marchi, directeur de Genève-Plage, livre la même analyse. «À mon arrivée, il y a cinq ans, les vols étaient nombreux. Il y a deux ou trois ans, j’ai engagé des agents. La situation s’est améliorée depuis.»

Les agents de sécurité ont aussi pour mission de faire respecter le règlement. Pourquoi cette tâche n’incombe-t-elle pas aux maîtres-nageurs? «Toute leur attention est souvent portée sur ce qui se déroule dans le bassin», répondent en chœur les responsables des piscines. Les maîtres-nageurs ont d’autant plus de travail que certains parents ne gardent pas un œil sur leur enfant. «Dans le milieu, on dit que le problème, ce ne sont pas les enfants, mais les parents qui ne les surveillent pas», dit Laurent Faraone, gestionnaire des bains de Prilly (VD).

S’assurer que le règlement n’est pas bafoué peut donc être l’affaire des agents. Et il y a du boulot: il est interdit de mettre de la musique ou de fumer du cannabis, on ne peut pas jouer n’importe où avec un ballon, on ne se colle pas à quatre sur un toboggan, on ne court pas autour du bassin… «Certaines personnes ont du mal à comprendre qu’on ne peut pas s’amuser partout avec une balle. On risquerait de blesser quelqu’un», relève Alexandre Gaillard, gestionnaire des installations sportives de la ville de Sion (VS). Selon nos interlocuteurs, les agents de sécurité sont entendus quand ils font des remarques. Christian Barascud l’explique aisément: «Quand vous faites 1,90 m pour 120 kilos, on vous écoute tout de suite.»

Les seniors aussi!

La troisième mission des agents privés n’est pas de tout repos non plus. Il s’agit de faire en sorte que les incivilités ne déclenchent pas des esclandres. Le problème est que des visiteurs montent les tours pour un rien. «Certains rouspètent dans la queue parce que ça n’avance pas assez vite», note David Schaulin, chef de bassin à la piscine de Carouge (GE). Mais pourquoi s’excitent-ils? «C’est simple. Il fait 30 degrés, ils ont chaud et ils veulent se jeter le plus rapidement possible à l’eau», répond Mathieu Séguéla, gestionnaire des piscines du Nid-du-Crô (NE).

La tension peut monter pour des motifs encore plus improbables. «Certains seniors viennent à la piscine depuis quarante ans. Ils ont leurs habitudes. Ils s’installent toujours au même endroit. Si quelqu’un a le malheur de mettre son linge à leur place, ils sont capables de gueuler et la situation peut vite dégénérer», révèle Christian Barascud.

N’est-il tout de même pas malheureux de devoir faire appel à des agents de sécurité dans un lieu de détente? «Bien sûr, répond du tac au tac Christian Marchi. Cela représente un budget conséquent que je préférerais mettre ailleurs.» Christian Barascud se montre philosophe: «Ce qu’on voit à la piscine, c’est ce qui se passe dans la vraie vie. Celui qui est ronchon au quotidien le sera aussi ici. Qu’est-ce que vous pouvez y faire? Rien. Alors vous prenez vos dispositions.»

On peut être interdit de piscine à vie

Le saviez-vous? Lorsqu’un visiteur ne respecte pas le règlement ou franchit la ligne rouge, il peut être sanctionné par l’établissement. Il peut être mis à la porte pour un jour, une semaine, la saison ou à vie.

Chaque piscine fixe ses propres règles. «Il m’est arrivé de prononcer une exclusion à vie mais je ne préfère pas en donner la raison», dit Christian Marchi, directeur de Genève-Plage.

Il ajoute qu’un coup de poing, par exemple, peut donner lieu à une exclusion pour la saison. Responsable du Centre sportif de la Blancherie, à Delémont, Patrick Mathez explique qu’une personne refusant d’enlever son caleçon sous le maillot de bain peut être exclue pour un jour.

«Celle qui maltraite le personnel, commet un vol, détériore le matériel ou consomme de la drogue, un cas auquel je n’ai jamais été confronté, peut être interdite de piscine pour un an. Nous avons dû avoir un ou deux cas en deux ans.»

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