10.09.2020 à 07:58

Coup de gueuleVotations: paddles et kitesurfs menacés?

La loi sur la chasse qui sera soumise à votation le 27 septembre pourrait mettre à mal la pratique de sports nautiques non motorisés, selon le président de l’association romande de kitesurf.

par
Laura Juliano

Thierry Langenberger, président de l’Association romande de kitesurf, qui compte environ 1200 membres.

En lisant attentivement la proposition de modification de la loi sur la chasse qui sera soumise à votation le 27 septembre, Thierry Langenberger est tombé des nues. Ce passionné de kitesurf qui glisse au gré du vent sur le Léman depuis près de 20 ans a tiqué sur un détail passé inaperçu pour beaucoup.

«C’est écrit là, dans les petits caractères du rapport explicatif, mais ce n’est pas stipulé dans le carnet de votation que nous avons reçu, s’insurge-t-il. Qui va faire attention à ça?»

Bas les rames!

Sous son doigt pointant une ordonnance régissant les réserves d’oiseaux d’eau (OROEM), une redéfinition des engins bannis des zones de chasse. Quelques mots qui pourraient avoir l’effet d’une bombe dont les victimes collatérales seraient les usagers de kitesurfs, paddles et planches à voile, selon le sportif.

Aujourd’hui, l’article 5 lettre g interdit «l’utilisation de planches à voile tirées par des cerfs-volants ou d’engins du même type» sur les zones de chasse interdite, navigation non restreinte. Avec la modification, il rajoutera à sa liste les «planches à rame», autrement dit, les paddles ou SUP. Mais ce n’est pas tout. «Depuis 2002, les «engins du même type» étaient définis comme «rapides, maniables et bruyants», précise Thierry Langenberger. Mais les législateurs se sont rapidement rendus compte que ce n’était pas applicable aux kitesurfs, puisqu’ils ne sont pas bruyants. Désormais, engins «du même type» sera défini comme des engins «au même type d’effet».

Une lettre au Conseil fédéral

Si l’objectif est d’éviter d’effrayer les oiseaux, ce à quoi il adhère absolument, la mesure va toutefois trop loin pour cet adepte de sport nautique. «On va interdire à tous les pratiquants de sport à planche, soit un nombre incalculable de personnes d’avoir accès à ces zones normalement interdites à la chasse. Ça pose un problème d’applicabilité, affirme-t-il. Et comme on est nommément interdits, on trouve que c’est une discrimination envers les kitesurfeurs.»

L’association qui regroupe 1200 membres a adressé une lettre au Conseil fédéral afin de demander un ajustement de cette révision de loi impliquant entre autres l’aménagement de balises pour délimiter les zones sensibles. «À Vevey, nous sommes interdits de navigation à 8,8 kilomètres de la zone réservée aux oiseaux et aucune bouée jaune ne nous permet de le savoir», déplore le kitesurfeur.

Un flou législatif

Cerise sur le gâteau, l’absence de ce détail dans les carnets rouges livrés dans nos boîtes aux lettres a fait monter le comité au créneau. «Les gens ne vont pas se rendre compte de l’impact de leur votation. Dire qu’à la base le débat tournait autour de la régulation du loup: on est à des kilomètres de cette problématique!»

Les Cantons étant souverains sur les zones navigables, ils devront légiférer sur de possibles dispositions particulières qui autoriseraient la pratique de kitesurf et autres sports nautiques aux mêmes effets. «Mais d’ici là, bien qu’inapplicable, cette loi rendra théoriquement toute activité du type interdite sur une grande partie des lacs romands. À savoir que ces zones couvrent toutes les côtes genevoises, tout le Haut-Lac à l’est de St-Saphorin, tout le sud du lac de Neuchâtel et les zones de loisirs du sud du lac de Morat, pour ne citer que les principales. C’est une atteinte très significative aux libertés des pratiquants des sports nautiques», conclut Thierry Langenberger.

Birdlife

Pas plus de zones de protection


«Si les kitesurfeurs veulent s’opposer à la loi sur la chasse, ils sont les bienvenus», François Turrian, porte-parole de Birdlife, association suisse de protection des oiseaux, se réjouit si les adeptes de paddle et autres sports sur l’eau rejoignent le camp des opposants, même si c’est pour des raisons très différentes. Cependant, il précise que la loi sur la chasse et l'Ordonnance sur les réserves d’oiseaux et de migrateurs (OROEM) sont deux choses bien distinctes: «Même si par la force des choses, elles sont liées sur certains points».

Pour François Turrian, il est trop tôt pour se prononcer sur les modifications apportées à plusieurs ordonnances que le département de Simonetta Sommaruga a mis en consultation avant même que l’on vote la modification de la loi sur la chasse: «La consultation a pris fin cette semaine… Il faut attendre le résultat du 27 septembre. S’il est négatif, ce sera le statu quo.» Il ajoute: «Si la loi passe, il n’est pas prévu d’extension de zones de protections des oiseaux. Il y aura des changements au niveau des aides financières de la Confédération pour les cantons». Quant au respect des zones de protection par les utilisateurs, c’est une autre question: «Les kitesurfeurs ont compris aujourd’hui la problématique, par contre les utilisateurs de paddle, toujours plus nombreux, n’ont souvent pas encore conscience qu’ils dérangent les oiseaux».

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28 commentaires
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Pires J

11.09.2020 à 19:41

Voilà certainement encore un que vient faire tut an t’as pour sauver son bisnçnece’´la nature on sans fou.

Jean Némarre

10.09.2020 à 11:23

Passons les détails de la loi. Quel foutage de gueule les paddlers et surfers!!. Vous les citadins qui s'offusquent qu'un loup soit tué. Dès que cela touche à vos loisirs, la nature passe au second plan. Et vous allez faire la morale aux montagnards, bergers.Vous n'avez pas honte!.

Usager du lac

10.09.2020 à 09:49

Je trouve cet article très intéressant et bien fait. Il ne faut pas confondre réserve d'oiseaux et réserve de chasse. La loi permet déjà d'amender les Stand Up dans les zones de réserve d'oiseaux art 37 ONI. Les zones de réserve de chasse sont des autres zones. Elles n'ont aucune restriction à la navigation et car elles ne sont pas signalées pas des bouées sur l'eau. De plus cette manière sournoise de modifier l' interpretation du sens" ...engin de même type..." en considérant cette fois le même type de dérangement " démontre l'intention évidente des défenseurs de l'avifaune. Écartez tous les usagers bien au au-delà des zones de réserve d'oiseaux dans l'espoir qu'il ne reste plus que des oiseaux sur nos lacs. L'exemple de la démolition des chalets sur la rive sud du lac de Neuchâtel le confirme. On nous fait croire que c'est pour rendre ces espaces à la nature pour que l'homme puisse en bénéficier! Menteur, on pose des panneaux d'interdiction et on boucle les accès aux rives!