Suffrage féminin: Vote des femmes, comme un léger Röstigraben
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Suffrage fémininVote des femmes, comme un léger Röstigraben

Il y a 50 ans jour pour jour, les Suisses enfin donnaient le droit de vote à leurs mères, épouses et filles. La Suisse romande en force.

par
Eric Felley
La lutte des femmes ne s’est pas arrêtée au droit de vote, elle a continué sur le chemin de l’égalité, où leurs revendications sont encore nombreuses. Ici lors de la grève des femmes du 14 juin 2019.

La lutte des femmes ne s’est pas arrêtée au droit de vote, elle a continué sur le chemin de l’égalité, où leurs revendications sont encore nombreuses. Ici lors de la grève des femmes du 14 juin 2019.

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Il faut s’imaginer 50 ans en arrière par un dimanche de février comme celui-ci. Les hommes suisses s’étaient rendus aux urnes jusqu’à midi, il n’y avait pas encore de vote par correspondance. Le dépouillement a duré tout l’après-midi et les résultats ont été annoncés vers 18 h 30. Deux hommes sur trois (65,7%) avaient accepté d’octroyer à leurs mères, épouse ou filles le droit de voter en Suisse. Ce résultat était cependant marqué par le Röstigraben, car la Suisse centrale et orientale ainsi que l’Oberland bernois avaient voté contre. Cependant ce résultat était clair et représentait quasi l’inverse de la votation de 1959 où les mêmes hommes avaient dit non à 66,9%.

La carte du vote au soir du 7 février 1971.

La carte du vote au soir du 7 février 1971.

Office fédéral de la statistique

Le résultat du vote n’a pas été une surprise ce jour-là, car tous les partis et le Conseil fédéral y étaient favorables. En 1971, la Suisse revenait de loin par rapport à ses voisins. Les femmes obtenaient leurs droits politiques 26 ans après l’Italie, 27 ans après la France, 52 ans après l’Autriche et 53 ans après l’Allemagne. Dans les cantons, les initiatives avaient été cependant nombreuses. Comme le relève l’Office fédéral de la statistique, 29 tentatives d’instaurer le suffrage féminin avaient échoué dans les cantons, dont quatre fois à Genève et Zurich et trois fois à Bâle-Ville. Le premier canton à l’avoir accepté est Vaud, lors du vote de 1959, Neuchâtel la même année et Genève en 1960. Le Valais l’avait fait en 1970.

Le 7 février 1971, c’est en ville de Genève que les hommes ont été les plus galants avec 91,5% de oui, tandis que Lausanne suivait avec 88,3% et Bâle avec 82,1%. À l’inverse on n’en comptait que 28,9% du côté d’Appenzell. Après le vote fédéral, tous les cantons l’ont adopté au plan cantonal en 1972, sauf les deux Appenzell, qui ont fait de la résistance. Les Rhodes-Extérieures l’ont adopté en 1989 à une courte majorité lors d’une Landsgemeinde. Les Rhodes-Intérieures se sont fait finalement taper sur les doigts par le Tribunal fédéral et ont dû céder en 1990.

Comme le relève l’OFS, l’obtention du droit de vote par les femmes a été une lutte qui a survolé les générations. Depuis le premier refus dans les urnes en 1919 à Neuchâtel jusqu’à la fin de l’exception appenzelloise en 1991, cette avancée démocratique a duré 72 ans. Si l’on considère que tous les hommes avaient acquis le droit de vote avec la Constitution de 1848, il a fallu attendre 143 ans pour qu’il en soit ainsi pour les femmes. Les premiers mouvements féministes étaient apparus déjà dès les années 1860 pour tenter d’influencer la première révision constitutionnelle de 1874, sans le moindre succès évidemment. En 1909 a été fondée l’Association suisse pour le suffrage féminin.

Cerise sur le gâteau, l’adoption du suffrage féminin en 1971 a permis à la Suisse d’adhérer à la Convention européenne des droits de l’homme ratifiée par l’Assemblée fédérale en 1974.

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