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ACCUSATIONSVous avez dit plagiat par négligence?

Le plagiat et le mobbing au sein de la Faculté des sciences économiques de Neuchâtel sont en partie reconnus, selon les conclusions de l'enquête administrative.

par
Vincent Donzé
?La conseillère d'Etat socialiste Monika Maire-Hefti (3e depuis la gauche), flanquée de son expert, de son secrétaire et de sa porte-parole, a présenté hier à la presse les conclusions de l'enquête administrative.

?La conseillère d'Etat socialiste Monika Maire-Hefti (3e depuis la gauche), flanquée de son expert, de son secrétaire et de sa porte-parole, a présenté hier à la presse les conclusions de l'enquête administrative.

Yvain Genevay

«La Suisse qui gagne» est-il un ouvrage original ou un bouquin bâclé à grand renfort de copiés-collés? Si cette question secoue la République neuchâteloise, c'est parce qu'un de ses deux auteurs est un professeur universitaire censé donner l'exemple à ses étudiants, d'autant qu'il dirige l'Institut de l'entreprise. «Je conclus à des actes de négligence», tranche la conseillère d'Etat Monika Maire-Hefti, en charge de l'Education.

Un plagiat par négligence? Comment est-ce possible? Selon l'expert Ivan Cherpillod, chargé de l'enquête administrative, le professeur incriminé a été piégé par le rédacteur à la retraite payé pour peaufiner son manuscrit. Ce «nègre» reconnaît avoir supprimé les références en bas de page. Il y en avait 135 selon l'expert, 232 selon le professeur.

Pour améliorer la lisibilité, le mystérieux rédacteur dit avoir noyé des encadrés et des tableaux dans le texte principal. Réaction du rectorat, par la voix de Pascal Mahon: «Nous sommes soulagés d'apprendre que le plagiat n'est pas intentionnel.»

Pour le président de la Commission de gestion du Parlement neuchâtelois, Jacques Hainard, plagiat par négligence, ça ne veut rien dire: «C'est un plagiat, un point c'est tout.» Professeur à la Faculté de droit et des sciences criminelles de l'Université de Lausanne, l'expert Ivan Cherpillod précise qu'«il n'y a pas eu appropriation d'idées originales ou de recherche de tiers». Cette affirmation repose toutefois sur une analyse visiblement incomplète de l'ouvrage (lire l'encadré).

Au total, l'expert ne retient que cinq cas de plagiat partiel, deux cas de violation du droit de citation, ainsi que la reprise d'extraits d'une œuvre commune sans le consentement des deux autres coauteurs.

Passivité du rectorat Ancien doyen de la Faculté de lettres, le député Jean-Jacques Aubert fait aussi appel à des rédacteurs pour pallier l'inaction des éditeurs: «Certains sont un peu cavaliers, mais je n'aurais jamais laissé publier un ouvrage sans contrôler le bon à tirer», précise ce professeur. Ce que Jean-Jacques Aubert regrette, c'est la passivité du rectorat: «En laissant la main à un journaliste au lieu d'ouvrir un débat interfacultés sur le plagiat, on a raté le coche», estime ce professeur de lettres. Le député Matthieu Béguelin est abasourdi par «l'insoutenable légèreté» du professeur incriminé: «Laxiste pour son compte, l'est-il aussi avec les étudiants?» Le professeur revendique la confiance de ses étudiants, mais Matthieu Béguelin émet des doutes: «Comment assurer le suivi des étudiants quand on n'assume pas ses propres publications? Comme rapport de confiance, ce n'est pas idéal.» L'avocat du professeur incriminé fait une lecture personnelle de l'enquête administrative, décrite comme «entièrement favorable au professeur X qu'elle disculpe, puisqu'elle parvient à la conclusion qu'il n'y a pas eu de plagiat de sa part». Me Michel Bise affirme que l'ouvrage «La Suisse qui gagne» n'a pas de prétention scientifique, s'agissant d'un ouvrage de vulgarisation «qui n'a jamais été un livre de référence pour les étudiants».

«Coup de communication»

L'analyse de notre enquêteur Ludovic Rocchi est différente: «Le plagiat est bien réel dans «La Suisse qui gagne», et ce livre a servi de documentation de référence aux étudiants jusqu'en 2012 à l'Uni. C'est donc grave et je n'ai aucune crainte pour la suite du bras de fer judiciaire engagé par le professeur incriminé.» Selon Ludovic Rocchi, le Conseil d'Etat «a visiblement tenté un coup de communication pour finir de brouiller les responsabilités dans cette affaire pourtant claire et simple au départ». De sanction, il n'en est pas encore question. Le Conseil d'Etat veut d'abord donner la parole aux parties concernées «afin de respecter le droit fondamental d'être entendu», dont celui du professeur au bénéfice d'un congé maladie.

Enfin, sans retenir le mobbing, l'expert constate de «profonds conflits» au sein de la Faculté des sciences économiques. Le Conseil d'Etat recommande au rectorat d'agir pour les résoudre, mais ne dit rien sur le sort du doyen et des deux professeurs destitués du décanat, dont le rôle a précisément été de révéler les soupçons de plagiat.

Occasions ratées «par négligence»

Les zones d'ombre de l'enquête

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