17.07.2020 à 04:52

Festival

Vous reprendrez bien quelques anecdotes de Funky Claude?

On ne pouvait pas terminer ces deux semaines en soutien au Montreux Jazz Festival sans mettre à l’honneur son fondateur, Claude Nobs, disparu en 2013, et ses souvenirs. Morceaux choisis.

par
Laurent Flückiger
Claude Nobs à l’harmonica avec B.B. King (à gauche) et Big Time Sarah (à droite) lors de la Rhythm-and-Blues-Night au Montreux Jazz Festival, le 14 juillet 1991.

Claude Nobs à l’harmonica avec B.B. King (à gauche) et Big Time Sarah (à droite) lors de la Rhythm-and-Blues-Night au Montreux Jazz Festival, le 14 juillet 1991.

KEYSTONE/Jean-Guy Python

En 2011, à l’occasion de la publication du livre «Le petit prince du jazz» (édité par «Le Matin» et «Le Matin dimanche»), Claude Nobs avait partagé à Peter Rothenbühler ses souvenirs des musiciens passés par le Montreux Jazz. De A à Z, le fondateur du festival évoquait Albert King, Keith Jarrett ou Frank Zappa. Sur la montagne d’anecdotes croustillantes, nous en avons choisi dix, reproduits en acrostiche.

Chicago. «Ils sont venus pour la première fois à Montreux en 1969, c’est la première fois que j’invitais un groupe de rock. À part les Rolling Stones bien plus tôt. J’invitais Chicago à manger chez moi. Après le repas, ils m’ont donné une affiche de CBS avec une dédicace «To the greatest promoter in the world», pour mon premier concert de rock…»

Led Zeppelin. «Je les ai vus à leur premier concert en Amérique qu’ils ont fait au Festival de Newport. C’était l’année de Woodstock. On a bu un verre et j’ai dit au manager: «J’aimerais bien les avoir à Montreux.» Le manager me dit: «Vous pouvez venir me voir à Londres.» Je vais le voir, et j’avais une bouteille de Black Label, et il me dit: «C’et vraiment la première fois que quelqu’un m’apporte quelque chose avant de me demander quelque chose.» On discute, je lui parle de Montreux, la salle de 1000 places, etc. Il me dit: «Oui, mais j’ai une offre du Hallenstadion de Zurich, 12 000 places.» On n’a même pas parlé business, et il me dit: «Claude , make sure that the guys are happy.» Pas de contrat, pas de mention d’argent. Et pourtant, ce manager était considéré comme le pire du monde. Ils sont venus et revenus, j’ai dû leur trouver à chacun une ferme, avec des vaches, et pour chaque famille une Range Rover. Ils voulaient tous leur machin à la montagne.»

Là, je vous raconte des histoires qui ne sont pas dans les livres, que personne ne connaît.

Claude Nobs

AC/DC. «J’ai organisé leur première tournée en Europe, je travaillais pour les disques Atlantic. Ils avaient fait une tournée en ouverture de Scorpions. On avait un camion qui tombait en ruine avec deux-trois amplis pour les guitares, et je n’oublierai jamais, on avait faim, ils n’avaient pas d’argent, on s’est arrêtés à un passage à niveau et on a demandé au fonctionnaire de la SNCF qui s’occupait du passage à niveau de nous faire à manger et je lui ai donné vingt ou trente francs français de l’époque… AC/DC, qui sont multimillionnaires maintenant. C’était le début. Ça m’a toujours passionné, les découvertes, les débuts. Là, je vous raconte des histoires qui ne sont pas dans les livres, que personne ne connaît.»

UB40. «Eux, ils sont venus deux fois. La première fois, ils n’ont pas joué, parce qu’il manquait soi-disant une boîte noire, ils sont entrés et on dit: «Non, on ne joue pas.» Ils étaient tout jeunes, c’était au début de leur carrière, ils ont paniqué parce que le groupe avant eux, Toots and the Maytals, un groupe qui faisait du reggae anglais, était meilleur. On n’a jamais su ce qui avait manqué. Ils sont revenus bien plus tard, ils se sont excusés et ils ont joué. Mais vingt ans plus tard.»

Davis, Miles. «Miles c’est le plus grand. Vous connaissez ma manière de travailler. Au départ, je ne connaissais personne, j’allais un peu au culot, naïf. Si je voulais aller voir quelqu’un, il n’y avait pas de raison de ne pas pouvoir le voir… C’était à Newport, en 1964, et il faisait chaud, j’avais une chemise que j’avais achetée en Tunisie, un machin folklorique, brodé. Et Miles me voit, j’étais inconnu, je n’avais pas de nom, pas de festival, il vient vers moi et me dit: «Hey man, that’s a nice shirt», et je lui dis: «You like it?» – «Yeah, nice shirt.» Puis j’ai enlevé ma chemise, j’étais à torse nu et je la lui ai donnée. Il était étonné, il me dit: «This is the first time anybody gives me his shirt, off his back.»

Ella Fitzgerald.. «J’étais allé la chercher avec ma voiture, la Lagonda, elle était avec son manager, Norman Grantz, qui était connu comme étant pas trop gentil et sympathique, et cette Lagonda, que j’ai toujours d’ailleurs, sur l’autoroute qui n’allait que jusqu’à Lausanne, elle tombe en panne. Alors le manager dit: «Qu’est-ce que tu viens me chercher avec cette vieille carriole…» J’appelle le TCS, je vais vers une borne, il n’y avait pas les téléphones portables, le gars du TCS arrive et il me dit: «Voyez, monsieur Nobs, si vous pesez sur ce bouton, ça ouvre le deuxième réservoir d’essence…» Tu aurais dû voir la tête qu’il faisait. On arrive à l’hôtel. Et dans sa suite, Ella s’assied et allume la télévision, en 1969 il n’y avait que TF1 et «la Suisse», et rien d’autre. Et c’était en français ou en allemand, et au bout d’un moment je lui demande: «You understand French or German?» Elle me répond: «No, where ever I am going in the world, I watch local TV.»

Nutini, Paolo. «Il a commencé à Montreux. C’est Ahmet Ertegun qui l’a découvert quand j’ai fait l’hommage à Nesuhi. Il l’a présenté et il a dit: «This is my last signing.» C’est le dernier artiste avec qui il a signé un contrat. Sans savoir qu’il allait mourir trois mois plus tard. Ahmet l’a mis avec des vieux musiciens d’Atlantic qui avaient trois fois l’âge de Paolo, c’était extraordinaire…»

Odetta. «C’était une chanteuse de blues et de folk, elle faisait les deux, elle était très forte, elle est morte. Souvenez-vous de Richie Havens, elle était un peu dans ce style, elle est venue en 1972 pour la première fois, c’était vraiment l’époque des chants engagés, elle était complètement dedans, contre le Vietnam, elle discutait politique, comme Joan Baez, elle a chanté «We shall overcome», «I pity the poor immigrant», «For heavens sake», «With a little help from my friend», «Here comes the sun», «Like a woman». Elle est venue deux fois.»

Bob Dylan. «Il est venu en 1994 (puis en 1998 et 2001), c’était une histoire abracadabrante, c’était au Casino. Il logeait au Palace, la voiture était au Palace, elle l’attend, pas de Bob Dylan. Je me dis: «Mais qu’est-ce qu’on va faire», le concert devait commencer. Tout d’un coup arrive dans le couloir du Casino un cycliste, avec le casque, les gants, la tenue de cycliste de course, avec un vélo de course: Bob Dylan.»

Santana. «C’est aussi quelqu’un que j’ai connu quand il n’était pas connu… Il avait un groupe à San Francisco qui s’appelait Santana Blues Band, ils jouaient du blues avec des percussions sud-américaines. Je suis allé les voir à San Francisco en 1968, j’adorais le blues, je n’avais encore presque rien fait, j’étais en backstage et je lui ai dit: «J’aimerais bien que tu viennes à Montreux.» Comme toujours, je demande et s’ils disent oui, c’est bon, s’ils disent non, j’attends un moment. Il est venu en 1970 et après plusieurs fois, mais en 1970, c’était la seule vidéo où il y avait le groupe original.»

Montreux quand même

«M comme Montreux», c'est une opération nostalgie proposée par LeMatin.ch du 3 au 18 juillet 2020, les dates où auraient dû avoir lieu le 54e Montreux Jazz Festival. Partenaire de longue date, LeMatin.ch entend apporter ainsi son soutien au festival et faire vivre l'événement à ses lecteurs avec des interviews, des souvenirs et des anecdotes.

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