19.07.2019 à 07:47

Voyagez dans le passé, à l'ombre de la Grande Dixence

Valais

Un livre et une expo en plein air vous permettent de vivre les bouleversements apportés par le barrage aux habitants du val des Dix.

par
Michel Pralong
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La Grande Dixence a profondément modifié le mode de vie des habitants de la vallée, comme le montrent l'ouvrage «Générations barrages» et l'exposition qui lui est consacrée, visible jusqu'au 30 septembre 2019.

La Grande Dixence a profondément modifié le mode de vie des habitants de la vallée, comme le montrent l'ouvrage «Générations barrages» et l'exposition qui lui est consacrée, visible jusqu'au 30 septembre 2019.

Le Matin/Michel Pralong
Depuis Sion, commencez par Hérémence, puis rendez-vous à Mâche et ensuite jusqu'au barrage avant de redescendre par Euseigne.

Depuis Sion, commencez par Hérémence, puis rendez-vous à Mâche et ensuite jusqu'au barrage avant de redescendre par Euseigne.

Le Matin/Michel Pralong
En arrivant dans le village, des panneaux rouges vous indiquent le début de l'exposition en plein air.

En arrivant dans le village, des panneaux rouges vous indiquent le début de l'exposition en plein air.

Le Matin/Michel Pralong

Au détour d'une ruelle, sur une grange ou sur les murs de l'église d'Hérémence, des scènes du passé resurgissent. De grandes photos en noir et blanc, montrant la vie quotidienne des habitants du val des Dix à l'époque des constructions des deux barrages successifs qui ont profondément changé leur existence, la Dixence (1930), puis la Grande Dixence (1953-1961).

Ces images, elles sortent tout droit des albums des Hérémensards qui ont raconté leurs souvenirs à l'historienne Marie-France Vouilloz Burnier pour son ouvrage «Générations barrages». Pour accompagner la sortie de ce livre, une exposition en plein air a été mise sur pied: une trentaine de grands panneaux que l'on déniche en suivant des parcours fléchés dans les villages d'Hérémence, de Mâche, d'Euseigne et, évidemment, au pied et au sommet du barrage de la Grande Dixence. Une balade dans le temps au propre comme au figuré, l'occasion rêvée de (re)découvrir l'une des plus fascinantes et authentiques vallées valaisannes. L'exposition est visible jusqu'au 30 septembre.

Après les femmes

Chaque photo est accompagnée d'une phrase extraite du livre et prononcée par l'un des Hérémensards qui ont témoigné lors d'entretiens menés pour cerner les bouleversements provoqués par ces grands chantiers dans la vallée. Marie-France Vouilloz Burnier avait déjà, à la demande de la Société Patrimoine Hérémence, consacré une étude à ce sujet, mais centrée alors sur les femmes, «À l'ombre de la Dixence», sortie en 2009. «Pourquoi n'avoir donné la parole qu'aux femmes, m'avaient alors demandé beaucoup d'anciens du barrage, nous raconte-t-elle. Je leur avais répondu que, jusqu'alors, tous les ouvrages consacrés à la Dixence ne parlaient que des hommes. Et mon livre montrait comment s'ils avaient pu y travailler, c'était grâce aux femmes, restées s'occuper de la maison et de la famille.»

Si les hommes pouvaient peut-être avoir un goût d'inachevé, voilà ce vide comblé grâce à ce nouveau livre. «Toujours avec Patrimoine Hérémence, nous avons décidé de regarder ce qu'il était possible de faire comme étude complémentaire.» L'historienne et une équipe d'intervieweurs de la société sont donc allés interroger 35 hommes nés entre 1922 et 1949, dont 23 qui ont travaillé au barrage et dont tous vivent encore sur la commune d'Hérémence. Des témoignages sous couvert d'anonymat, avec des entretiens cadrés mais laissant une grande liberté aux témoins.

Comme un roman

Le résultat, étude historique et sociologique, se lit presque comme un roman. Chapitré en grandes thématiques (l'enfance, la formation, la jeunesse, le couple, la famille, le travail...), le livre privilégie la parole des témoins. Sous nos yeux, on assiste à la fin rapide d'une économie essentiellement agricole, aux possibilités soudain offertes aux jeunes (hommes, pas femmes) de faire autre chose que leur parents. Les enfants, souvent sollicités dès leur plus jeune âge aux travaux agricoles ou ménagers, le seront moins. Les parents comprennent que, pour se donner des chances dans la vie, la formation (encore une fois surtout pour les garçons), est importante.

«Ce qui m'a le plus étonné dans ces récits, dit l'autrice, c'est la soumission des hommes à leur rôle. Celui du père, qui doit travailler pour ramener l'argent, mais qui laisse totalement l'éducation des enfants et les tâches ménagères à sa femme.» Alors que, par exemple, dans «À l'ombre de la Dixence», les femmes évoquaient souvent la nourriture, son manque de variété, la façon de se la procurer, de la préparer, les hommes n'en font quasi pas mention. Car ce n'était pas eux qui faisaient les courses ou la cuisine, sauf quand ils se retrouvaient uniquement entre eux, lors des semaines passées à l'alpage avec des menus d'une rare frugalité et monotonie.

Le respect de la nature

«Générations barrages» dresse le portrait d'une société patriarcale mais pas macho, où les rôles attribués à chacun étaient si définis qu'il a été difficile de changer les mentalités, bien que l'accès à la société de consommation facilité par les chantiers du barrage y ait contribué. Mais l'on découvre aussi une vie communautaire dans laquelle la solidarité est primordiale. «J'ai également été marquée par autre chose, dit Marie-Françoise Vouilloz Burnier. A l'extérieur, on dit souvent que ces gens-là sont anti-écologistes. En fait, ils sont extrêmement respectueux de la nature. Mais ils ne veulent pas que ce soit des gens de l'extérieur qui leur disent comment faire. C'est leur vallée et ils veulent en prendre soin eux-mêmes.»

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