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SuisseWanted: tueur de loup!

Le Groupe Loup Suisse offre une prime de 10 000 fr. pour tout indice sur l’inconnu qui, le 3 janvier, a abattu un loup dans les Grisons. Une méthode critiquée de toute part.

par
Anne-Florence Pasquier
Le cadavre du loup abattu le 3 janvier.

Le cadavre du loup abattu le 3 janvier.

Keystone

Le Groupe Loup Suisse a décidé de frapper un grand coup après l’abattage illégal d’un loup dans le massif du Calanda (GR) le 3 janvier. Il promet une prime de 10 000 fr. à celui qui donnera des indices permettant d’identifier le responsable. Il ne fait pas bon être un loup en ce moment dans les Grisons: deux de ces prédateurs protégés y ont été abattus en un mois. Le week-end passé, il s’agissait de l’erreur d’un chasseur qui croyait tirer sur un renard. Le fautif s’est dénoncé et encourt une punition. En ce qui concerne le carnivore tué le 3 janvier par contre, le coupable court toujours. D’où la récompense offerte par les défenseurs du loup, une somme réunie pour moitié par des dons des habitants de la région.

La méthode irrite tout le monde, à commencer par les chasseurs. Car sur l’affiche, le tireur a tout du parfait nemrod. «Ces gens sont persuadés que c’est un chasseur, réagit Charles-Louis Rochat, président de Diana Suisse et ex-con­seiller d’Etat vaudois. Ils présupposent des coupables, mais cette récompense incite à la délation. C’est au-dessous de tout, cela dénote une attitude lamentable qui fait fi des procédures des autorités.» Jean-Claude Givel, représentant de Chasse suisse, tient à préciser que «c’est peut-être un éleveur qui a tiré. Les chasseurs sont respectueux des lois, et le milieu condamne ce tir. Quant à cette récompense, une telle méthode est misérable.» Pour une fois, l’avis est partagé par Pro Natura: «On ne pratiquerait certainement pas ainsi. Les dons des habitants montrent toutefois un ras-le-bol des gens, car le braconnage n’est pas assez pris au sérieux par les autorités», avance Nicolas Wuthrich, le porte-parole.

Alors que les autorités grisonnes ont porté plainte et qu’une enquête suit son cours, le Groupe Loup Suisse reste convaincu du bien-fondé de cette prime. «La protection du loup est des plus importantes aujourd’hui, déclare son président, David Gerke. Peut-être que cette récompense n’aidera pas à le retrouver, mais nous avons déjà pu transmettre une douzaine d’informations à la police.» Le Groupe a aussi dû écarter une bonne dizaine d’informations «complètement inutilisables» tant elles étaient farfelues.

L'EDITO

Le braconnier, ça ne se chasse pas

En Suisse, la chasse permet à ceux qui la pratiquent de se balader en pleine nature avec une arme chargée. C’est quelque chose. C’est même l’un des plus puissants paramètres qui composent le sentiment de liberté que procure cette activité. Maintenant, vous ajoutez à ça la bête. Pas le chevreuil, ni le chamois. Non, le mythe. Le dévoreur d’agneaux. Le loup.

Voilà qui chatouille le fond  de l’âme humaine, voilà qui fait papillonner son ventre de chasseur-cueilleur. Chasser le loup, c’est vivre sans filet la lutte qui a abouti à la suprématie de l’homme sur la faune. Seulement voilà, chasser le loup, c’est interdit. Parce que l’être humain a reconnu que sa puissance férocement acquise impliquait un sens aiguisé des responsabilités.

Mais l’homme est un être de passions. Ainsi fait-il vaciller ses responsabilités. Ainsi réintroduit-il des grands prédateurs dans des zones qu’il a trop conquises et qui ne sont plus adaptées à l’extrême vie sauvage. Ainsi se prend-il à confondre chasse à l’animal et chasse à l’homme. Emerge alors l’action du Groupe Loup Suisse.

En mettant une prime de 10 000 francs sur la tête du braconnier qui a abattu un loup le 3 janvier dans les Grisons, cette organisation contribue à installer une ambiance «cow-boy». Ce pays a des lois et des autorités pour les faire appliquer. Mettre une tête humaine à prix, peu importent la manière et les réserves, est digne du Far West. C’est un acte qui entache le dispositif législatif démocratique. Comme un viandard sabote la réputation de la vraie chasse.

Stéphane Berney, Rédacteur en chef adjoint

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