Publié

Festival de CannesWanuri Kahiu veut célébrer une Afrique «joyeuse»

Avec son film «Rafiki», une romance entre femmes, présenté ce mercredi à Cannes, la cinéaste kényane veut casser les clichés. Sur l'homosexualité.

1 / 88
Le réalisateur Hirozaku Kore-Eda a reçu la Palme d'Or avec son 'Shoplifters (Manbiki Kazoku)'. (Vendredi 18 mai)

Le réalisateur Hirozaku Kore-Eda a reçu la Palme d'Or avec son 'Shoplifters (Manbiki Kazoku)'. (Vendredi 18 mai)

AFP
Le réalisateur Pawel Pawlikowski (au centre) a reçu le Prix de la mise en scène. (Vendredi 18 mai)

Le réalisateur Pawel Pawlikowski (au centre) a reçu le Prix de la mise en scène. (Vendredi 18 mai)

AFP
L'acteur italien Marcello Fonte est le prix d'interprétation masculine à Cannes pour «Dogman». (Vendredi 18 mai)

L'acteur italien Marcello Fonte est le prix d'interprétation masculine à Cannes pour «Dogman». (Vendredi 18 mai)

AFP

Elle a d'abord fait la fierté de ses compatriotes avant que son film, une romance entre femmes, soit censuré. Avec «Rafiki», le premier film kényan jamais sélectionné à Cannes, Wanuri Kahiu entend avant tout montrer une image «joyeuse» de l'Afrique, loin des clichés.

«D'ordinaire quand vous voyez des Africains à l'écran, ils portent de l'eau sur la tête. Personnellement, je n'ai jamais fait ça, je suis une enfant des villes», raconte-t-elle à l'AFP, dans un grand éclat de rire.

«La scène d'amour dans le film est très mesurée et attendrissante, les deux personnages ne savent pas ce qu'elles font, elles sont naïves et maladroites et ne se déshabillent même pas», souligne la réalisatrice.

Mais la censure n'a pas été de cet avis, faisant du film une oeuvre «en exil», selon les termes de sa créatrice. «Oui, nous vivons dans une société conservatrice», confirme la jeune femme qui était favorable à une interdiction de son film aux moins de 18 ans au Kenya, consciente de la sensibilité du sujet.

«Nous espérons qu'il rentrera un jour chez lui», dit cette battante qui risque la prison en cas de projection sur le sol kényan.

Audace et frivolité

En attendant, elle est ravie de montrer, à travers son film aux couleurs éclatantes, une Afrique moderne, «trop souvent réduite à une région marquée par la guerre, la maladie et la souffrance».

«Ceux qui sont au premier rang pour défendre l'Afrique sont de jeunes artists pop de tout le continent», lance Wanuri Kahui, mettant en avant le travail du collectif AfroBubblegum, qui défend des artistes «audacieux et frivoles» en Afrique. L'ambition de cette plateforme: «promouvoir la joie». «C'est très simple, mais même cela peut nous mettre en difficulté par exemple avec ceux qui trouvaient Rafiki in fine trop optimiste».

Le produit de la souffrance

Dès 2010, Wanuri Kahui avait été remarquée avec «Pumzi», son premier court-métrage présenté au festival de Sundance, aux Etats-Unis. Il s'agissait d'une fable de science-fiction explorant un Kenya post-apocalyptique. Un genre dans lequel elle replongera pour son prochain film.

«Concernant l'histoire de l'Afrique, on n'entend jamais parler de choses légères mais quand on voit la musique et la danse, ça ne peut pas être uniquement le produit de la souffrance», poursuit-elle, citant la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, auteur à succès et égérie féministe.

Sur la Croisette, Wanuri Kahui veut d'ailleurs «célébrer les jeunes femmes africaines», qu'elles soient actrices, réalisatrices, créatrices de mode...

Quid du harcèlement sexuel, thème qui plane sur le Festival, le premier depuis le scandale Weinstein ? «Le mouvement #MeToo a touché les Kényanes comme partout dans le monde». Mais «dès que vous voyez une femme se lever et prendre la parole, vous savez qu'elle a le pouvoir», dit-elle.

Entendre l'actrice Lupita Nyong'o («12 Years a Slave, »Black Panther«) parler de son expérience de harcèlement sexuel avec le producteur Harvey Weinstein a été un signal fort pour la réalisatrice. C'est la preuve que »nous pouvons à la fois être fortes et vulnérables".

Les tweets du Festival

(AFP)

Ton opinion