«Warzone 2.0» débarque, sus aux tricheurs!

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Jeu vidéo«Warzone 2.0» débarque, sus aux tricheurs!

La version Battle Royale de «Call of Duty», qui sera dévoilée ce mercredi, est-elle à l’épreuve des tricheurs? On fait le tour de la question avec deux experts.

par
Christophe Pinol
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Pour les fans de «Call Of Duty», l’increvable saga de jeu de tir à la première personne, l’attente touche à sa fin. Il y a ceux qui se sont rués sur «Modern Warfare 2», 19e opus de la poule aux œufs d’or d’Activision lors de sa sortie, il y a deux semaines, et ceux qui rongent aujourd’hui leur frein avant que ne soit dévoilé, ce mercredi 16 novembre, «Warzone 2.0». À 19 h précise, heure suisse.

«Warzone», c’est la version Battle Royale du jeu. Le «Fortnite» maison en quelque sorte. Gratuit, il est jouable en cross play sur PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One, Xbox Series X/S et PC. Il est même déjà disponible en préchargement pour permettre aux fans de dégainer leurs armes exactement à l’heure dite. Le Lausannois Bastian Rebai – alias zBenga –, 26 ans, est de ceux-là. Il a d’ailleurs posé deux jours de congé pour pouvoir s’immerger pleinement dans la nouvelle carte: Al Mazrah. «Là je suis sur les dents: depuis deux semaines, je monte mes armes à leur niveau maximum dans «Modern Warfare 2» pour être fin prêt mercredi et je vais essayer de produire du contenu pour ma chaîne YouTube dès les premiers jours».

gangrené par la triche

À sa sortie en mars 2020, «Warzone» avait rencontré un succès fracassant, rassemblant plus de 30 millions de joueurs en quelques jours. Le problème, c’est que la plateforme s’était vite transformée en un repaire de tricheurs – ces joueurs qui téléchargent des logiciels de «cheat» pour prendre l’avantage sur leurs adversaires –, bien plus que sur le mode multijoueur du jeu classique. D’abord à cause de la gratuité de cette version, mais aussi parce qu’il est bien plus gratifiant d’y remporter une victoire, quand on finit le dernier debout en mode Battle Royale, dans des parties rassemblant 150 joueurs de tous horizons.

«J’ai commencé à jouer sur le tout premier «Call of Duty», il y a 19 ans, et il y a toujours eu des tricheurs», nous explique Raphael Nunes, aka Raigeki21, un Genevois de 37 ans qui jouit d’un palmarès exceptionnel sur le jeu. Il a notamment été champion du monde en 2008. «Mais avec «Warzone», le phénomène a explosé et, très vite, c’est devenu l’enfer. À mon niveau, tu trouvais des cheaters une partie sur deux». Car dans le jeu, la répartition des concurrents se fait en fonction de leur force. Les plus forts avec les plus forts et les plus faibles ensembles. Les cheaters se retrouvant forcément avec les cadors.

Un business qui vaut de l’or

Ils font appel à deux logiciels phares: AimBot et Wallhack. Le premier permet de viser automatiquement les adversaires à la tête et le second de voir les ennemis à travers les murs. «Tu as beau être planqué derrière les feuilles d’un arbre, précise zBenga, un mec va pouvoir t’allumer avec une balle de sniper à 500 m de distance, sans même te voir, simplement parce que le programme guide le viseur droit sur ta tête. Mais il y a quantité d’autres logiciels similaires. Certains te rendent invincible, d’autres invisible ou affichent en permanence la position des ennemis sur ton radar…». Et avec un jeu qui a rapporté plus de 3 milliards de dollars à son éditeur en 2021, les logiciels de triche sont vite devenus un véritable business.

Aujourd’hui, en quelques clics, on trouve les premiers programmes à des prix abordables: 4 euros pour 3 jours, 20 euros pour 30 jours, 32 euros pour 90 jours… «Certains proposent même des essais gratuits durant un mois, se désole zBenga. Tu peux maintenant te mettre à tricher avant de sortir ta carte de crédit!»

«D’autres calquent leur fonctionnement sur Netflix, avec des abonnements sur plusieurs jeux», renchérit Raigeki21. Selon un article du «Parisien» de l’an passé, certains s’arracheraient même autour des 3000 euros par mois. Des programmes faits sur mesure, personnalisés en fonction du joueur, et surtout beaucoup moins décelables par les algorithmes d’Activision.

L’anti-triche à la rescousse

Car pour assainir sa communauté, l’éditeur a décidé d’employer les grands moyens et de mettre au point un nouveau système punitif contre les tricheurs. Jusqu’à présent, il y avait le «Shadowban», «une espèce de quarantaine, nous explique Raigeki21, où tu te retrouvais cantonné si on te suspectait de triche. Tu ne pouvais alors jouer plus qu’avec tes collègues de quarantaine et Activision avait une semaine pour évaluer ton cas avant de «bannir» ton compte ou de te relâcher. Le problème, quand tu es très bon, c’est que les algorithmes te suspectent facilement de triche et je me suis déjà retrouvé 5 fois dans cette quarantaine. C’est rageant!»

Mais depuis la fin de l’an passé, Activision a mis en place Ricochet, un nouveau programme qui analyse les données de nos PC et consoles et temps réel et s’en prend directement aux tricheurs en désactivant par exemple la possibilité d’infliger des dégâts aux autres joueurs ou en rendant les autres joueurs invisibles.

Une sorte de formule revisitée de l’arroseur arrosé plutôt que le bannissement pur et simple qui n’empêche pas les tricheurs de revenir avec un nouveau compte gratuit. Et pour ceux qui persistent, Ricochet est même capable de récolter les infos de la carte mère du PC ou du numéro de série de la console afin de révoquer définitivement le compte de la personne. Et ce, pour tous les jeux de la franchise.

Le problème, c’est que les logiciels de cheat font également des progrès. Ils permettent dorénavant de simuler une visée «humaine», moins franche et directe qu’auparavant, rendant la détection de plus en plus difficile. «Aujourd’hui, tout le monde joue dans la paranoïa, résume notre champion du monde. Les cheats sont devenus tellement fins qu’il y a toujours un doute. Quand tu te fais tuer, tu as beau décortiquer la séquence, ça devient difficile de dire si ton adversaire est super bon ou s’il triche».

Une communauté assainie à 90%

Activision a néanmoins récemment annoncé le bannissement de 500’000 comptes. C’est énorme. Nos deux experts sont d’ailleurs unanimes pour dire que le fléau s’est largement résorbé. «Facilement de 90%», analyse le Genevois. «Il était temps, rétorque son collègue lausannois, car «Call of Duty: Warzone» a connu une baisse de popularité drastique l’an passé. Je connais plein de gens qui ont arrêté de jouer à cause des tricheurs. Le jeu était en train de couler à cause de ça. Aujourd’hui l’environnement est beaucoup plus sain».

La tendance devrait d’ailleurs se poursuivre puisque Activision a promis une mise à jour majeure de Ricochet pour le lancement de «Warzone 2.0», qui collectera encore plus de données et devrait donc affiner la détection des tricheurs. Par ailleurs, les joueurs sur PC devront dorénavant fournir un numéro de téléphone attaché à leur compte afin de certifier que chacun d’eux ne possède bien qu’un compte. Mais déjà, des sites de cheat proposent à la vente un service de faux numéros pour contrer la pratique. À croire que dans ce jeu incessant du chat et de la souris, entre le studio Activision et les joueurs malhonnêtes, ces derniers ont toujours une longueur d’avance.

L’éditeur va d’ailleurs avoir du pain sur la planche de ce côté-là puisqu’il vient d’officialiser le mode Ranked, prévu pour l’an prochain, qui intégrera des modes compétitifs, un système de hiérarchie par divisions et un classement des 250 meilleurs joueurs mondiaux. Avec son lot de récompenses et d’attribution de badges prestigieux pour les plus talentueux, voilà qui risque de déclencher une nouvelle vague de triche…

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