Frappes aériennes: Washington, Londres et Paris frappent Damas
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Frappes aériennesWashington, Londres et Paris frappent Damas

Donald Trump a annoncé vendredi une opération de frappes, en cours contre la Syrie d'Assad, en collaboration avec Paris et Londres.

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont mené samedi des frappes ciblées contre la Syrie pour punir le régime de Bachar el-Assad accusé par Donald Trump d'avoir mené des attaques chimiques «monstrueuses».

Au moment même où le président américain s'exprimait depuis le Maison Blanche, des détonations étaient entendues à Damas, marquant un nouveau chapitre dans ce pays ravagé par une guerre sanglante qui dure depuis sept ans.

Selon un correspondant de l'AFP sur place, plusieurs explosions successives ont été entendues suivies par des bruits d'avions tandis que des colonnes de fumée s'élevaient du nord-est de la ville.

«J'ai ordonné aux forces armées des Etats-Unis de lancer des frappes de précision sur des cibles associées aux capacités du dictateur syrien Bachar el-Assad en matière d'armes chimiques», a lancé M. Trump. «Une opération combinée est désormais en cours avec la France et le Royaume-Uni, nous les remercions tous les deux», a-t-il ajouté.

L'armée russe a affirmé samedi que la défense antiaérienne syrienne était parvenue à intercepter 71 des 103 missiles de croisière lancés contre des installations du régime de Damas par les Etats-Unis et leurs alliés. «Cela témoigne de la grande efficacité de ces systèmes (antiaériens) et de l'excellente formation du personnel militaire syrien formé par nos spécialistes», a déclaré le général russe Sergueï Roudskoï lors d'une conférence de presse.

Réaction de la Russie

La Russie, soutien indéfectible du régime de Damas, a vivement réagi par la voix de son ambassadeur aux Etats-Unis, Anatoli Antonov. «Nos mises en garde n'ont pas été entendues», a-t-il estimé, jugeant que ces frappes étaient une «insulte» au président russe Vladimir Poutine.

«Un coup a été porté contre la capitale d'un Etat souverain qui a tenté pendant de nombreuses années de survivre au milieu d'une agression terroriste», a écrit en outre sur Facebook la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova. Les frappes occidentales contre la Syrie interviennent «au moment où elle avait une chance d'avoir un avenir pacifique», a-t-elle déclaré. Elle se référait au fait que les forces gouvernementales syriennes soutenues par la Russie ont repris ces derniers mois une grande partie des territoires qui étaient tenus par les groupes rebelles.

Pas de pertes américaines

Selon le général Joe Dunford, chef d'état-major américain, les forces occidentales ont visé samedi à 01H00, trois cibles liées au programme d'armement chimique syrien, l'une près de Damas et les deux autres dans la région de Homs, dans le centre de la Syrie.

Il a précisé qu'aucune autre opération militaire visant la Syrie n'est prévue à ce stade. Selon lui, les alliés ont pris soin d'éviter de toucher les forces russes, massivement présentes dans le pays, mais que Moscou n'avait pas été averti à l'avance des cibles choisies.

«Il est clair que le régime Assad n'avait pas reçu le message l'an dernier», a déclaré le ministre américain de la Défense Jim Mattis, rappelant la frappe américaine d'avril 2017 sur la base militaire d'Al-Chaayrate, près de Homs, après une autre attaque à l'arme chimique imputée à Damas. «Nous avons été très précis et la réponse était proportionnée, mais, en même temps, ce fut une frappe lourde», a-t-il ajouté, précisant que les forces américaines avaient employé deux fois plus de munitions que l'an dernier.

Aucune perte américaine n'a été rapportée lors de l'opération, selon le Pentagone. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), des centres de recherche scientifique, «plusieurs bases militaires» et des locaux de la garde républicaine à Damas et ses environs ont été pris pour cibles.

«Il est temps pour toutes les nations civilisées de s'unir de façon urgente et de mettre fin à la guerre civile en Syrie en appuyant le processus de paix des Nations Unies à Genève», a conclu le ministre américain de la Défense, samedi.

De Londres, la première ministre britannique Theresa May a affirmé qu'il n'y avait «pas d'alternative à l'usage de la force», assurant que «tous les recours diplomatiques» avaient été explorés, en vain. Le ministère britannique de la Défense a annoncé avoir frappé, à l'aide de quatre avions de chasse Tornado GR4 de la Royal Air Force, un «complexe militaire» près de Homs, à l'ouest de la Syrie. Il a parlé d'une opération «couronnée de succès».

Moscou a «trahi ses promesses»

Depuis Paris, le président français Emmanuel Macron a souligné que les frappes françaises étaient «circonscrites aux capacités du régime syrien permettant la production et l'emploi d'armes chimiques». «Nous ne pouvons pas tolérer la banalisation de l'emploi d'armes chimiques», a-t-il martelé.

Donald Trump a mis en garde l'Iran et la Russie, qui ont déployé des milliers d'hommes et du matériel pour aider Bachar el-Assad à reconquérir le pays, contre leurs liens avec la Syrie.

M. Trump a exhorté Moscou «à quitter la voie sinistre» du soutien à Bachar el-Assad. Il a affirmé que la Russie avait «trahi ses promesses» de 2013 sur l'élimination des armes chimiques syriennes. Il a aussi estimé que le sort des pays de la région était entre les mains de leurs habitants et qu'aucune intervention militaire américaine ne pourrait, à elle seule, apporter une «paix durable». En avril 2017, Donald Trump avait fait bombarder une base militaire syrienne, en riposte à une attaque au gaz sarin imputée au régime, qui avait tué plus de 80 civils à Khan Cheikhoun (nord-ouest).

Cette fois encore, c'est une attaque chimique présumée --le samedi 7 avril à Douma, près de la capitale syrienne-- qui est à l'origine des frappes déclenchées dans la nuit de vendredi à samedi après une mobilisation de la communauté internationale, déjà saisie par l'horreur d'une guerre civile qui a fait plus de 350'000 morts depuis mars 2011.

«Preuve» de l'attaque chimique

Le bombardement intervient quelques heures seulement après que le Département d'Etat a assuré avoir «la preuve» de l'utilisation d'armes chimiques par les forces de Bachar el-Assad.

Le président américain avait rapidement adopté une rhétorique belliqueuse après l'attaque, dénonçant dès le lendemain une «attaque chimique insensée», prévenant qu'il faudrait en «payer le prix fort» et pointant du doigt la «responsabilité» de la Russie et de l'Iran soutenant «l'animal Assad».

Le danger est bien là, selon les experts. Russes et Iraniens ont beaucoup d'hommes sur le terrain pour aider Damas à reprendre tout le pays à de multiples groupes rebelles. La Russie, indéfectible soutien au régime de Bachar el-Assad, a fait usage à douze reprises de son veto en sept ans de conflit sur des projets de résolution au Conseil de sécurité contre la Syrie.

Selon un bilan à mi-mars de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), qui dispose d'un vaste réseau d'informateurs à travers la Syrie, 106'390 civils ont été tués dont près de 20'000 enfants.

Amnesty demande de «minimiser le tort» aux civils

L'organisation Amnesty International a demandé samedi de «minimiser le tort» causé aux civils dans les frappes aériennes menées en Syrie par les Washington, Paris et Londres. «Le peuple syrien a déjà enduré six années d'un conflit dévastateur, et des attaques chimiques dont beaucoup sont des crimes de guerre», déplore l'ONG dans un communiqué. «Toute les précautions doivent être prises pour minimiser le tort causé aux civils dans les actions militaires» menées en représailles à l'usage présumé d'armes chimiques par Damas contre sa population, a-t-elle exigé.

Les démocrates veulent un vote du Congrès

L'opposition démocrate au Congrès des Etats-Unis a réagi samedi à l'annonce des frappes contre la Syrie en soulignant que toute action militaire ultérieure d'envergure nécessiterait une vision stratégique précise - et un vote du Congrès. Le président Donald Trump a précisé que les «frappes de précision» pourraient se poursuivre «jusqu'à ce que le régime syrien arrête d'utiliser des agents chimiques interdits». Mais la cheffe de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a appelé le président à présenter un plan détaillé devant le Congrès s'il veut étendre son action militaire.

L'OTAN «soutient» les frappes de samedi

L'OTAN apporte son «soutien» aux frappes menées par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni contre la Syrie, selon un communiqué publié tôt samedi matin à Bruxelles. «Elles vont réduire la capacité du régime à mener d'autres attaques contre le peuple de Syrie avec des armes chimiques», a affirmé le secrétaire général de l'Alliance atlantique Jens Stoltenberg dans ce communiqué.

(ats/afp)

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