28.10.2020 à 12:08

Jeu vidéo«Watch Dogs – Legion», le meilleur des trois mondes

Le nouveau thriller technologique d’Ubisoft s’établit dans un Londres en passe de céder ses libertés à la «sécurité». Résistant, on en ressort fourbu mais content.

von
Jean-Charles Canet
Capture d’écran de «Watch Dogs – Legion».

Capture d’écran de «Watch Dogs – Legion».

DR

Après Chicago puis San Francisco, Ubisoft a changé de continent pour déplacer à Londres son troisième «Watch Dogs», sous-titré «Legion», qui sort officiellement jeudi sur Windows, PS4, Xbox One et Stadia. En termes de gameplay, cela veut dire que nous avons une ville, modélisée au plus près, pour faire joujou dedans: à pied, en voiture, en taxi, en métro et même dans les airs sur un drone de chantier.

Cela signifie aussi que nous sommes invités à effectuer des missions principales qui font progresser une narration, des missions secondaires qui permettent de libérer des quartiers, de se fortifier, mais aussi des chasses au trésor qui permettent de cumuler des sous-sous dans la popoche (essentiellement pour acheter des fringues) et, surtout, des points de technologies qui permettent de renforcer son arsenal de parfait agent furtif et/ou de parfait va-t-en-guerre. Au vu de cette feuille de route, il est indéniable qu’on repart dans un monde ouvert à la mode des «Assassin’s Creed», des «Ghost Recon» et autres «Far Cry» avec les attributs spécifiques aux «Watch Dogs» soit le hacking, le piratage de caméras de surveillance et les puzzles électriques. Et là, direz-vous, ça sent l’indigestion.

Des drones, une police paramilitaire, des pseudo-terroristes, bienvenue dans l’avenir proche.

Des drones, une police paramilitaire, des pseudo-terroristes, bienvenue dans l’avenir proche.

Ubisoft.

Pour avoir eu le privilège de parcourir en avance les rues de la belle cité, on est en mesure d’affirmer qu’il n’en est rien. Nous avons pris un immense plaisir à évoluer jusqu’au terme de son scénario principal dans ce nouvel univers d’anticipation dans lequel la technologie menace les libertés individuelles. Et ce, pour trois raisons essentielles.

Le ton, c’est bon

D’abord le ton: «Watch Dogs» souffrait de son côté film noir pétri de clichés (ciel, ma vengeance). «Watch Dogs 2» souffrait de draguer un peu trop ostensiblement le jeune adulte rebelle qui fume dans le bus. Avec des incohérences, du style: on est cool et non violent dans les cinématiques mais on tue un régiment de paramilitaire et de civils dans les missions.

«Watch Dogs – Legion» a quant à lui enfin trouvé le ton juste et adapté au cadre du jeu vidéo. Le bon dosage entre l’humour (anglais, bien sûr) et la parano ambiante, entre la satire et le thriller, entre le jeu et le film. On n’atteint pas encore le niveau des extraordinaires «Gran Theft Auto» dans ce registre, mais qui d’autres y parvient? Ici, quelques éclats dans des séquences qui se hissent au-dessus de la moyenne (notamment mais pas seulement dans la partie transhumaniste) ont suffi à notre bonheur. Avec l’absence de grandes faiblesses dans chacun des cinq arcs, c’est la première fois qu’un «Watch Dogs» nous pousse d’aussi belle manière vers sa conclusion (provisoire, vu que des contenus supplémentaires – multijoueur et solo – sont déjà en route).

Une ville la nuit, c’est mieux

Les graphismes ensuite. Le Londres futuriste recréé est superbe. On ne cesse d’admirer, outre les monuments parfaitement reconnaissables, l’ambiance nocturne sous les néons et les fausses publicités holographiques. De plus quelques intérieurs, ceux notamment conçus pour les conclusions de chapitres, ne manquent pas de panache. On se réjouit de découvrir les améliorations qui seront apportées à ce «Watch Dogs» intergénérationnel sur les nouvelles consoles (PS5 et/ou Xbox Series) à partir de novembre. Ce sera déjà une grande victoire sur les temps de chargement, sacrément long sur consoles. Mais déjà sur la génération actuelle, la ville est dotée d’une belle atmosphère; avec cependant, en guise de points noirs, des PNJ sans surprises: ils ont toujours été crétins, ils le restent, mais au moins cela fait une présence rigolote.

Du neuf dans le gameplay

Le gameplay enfin: testé sur Xbox One X, ce dernier nous a paru à la fois amélioré et épuré. Amélioré dans sa maniabilité et épuré de ses scories surtout, notamment de la tendance chez Ubisoft d’abuser des missions secondaires trop nombreuses et trop répétitives. De plus, les nouveautés ne font pas alibi: le fait de pouvoir recruter n’importe quel personnage non joueur (PNJ) dans son équipe de clandestins (DedSec) n’est pas gadget. Embaucher une vieille dame, une ménagère, un avocat, un médecin, une hackeuse ou un fou du volant modifie en effet radicalement la façon d’aborder une épreuve. Enfin, côté outillages, les araignées robots pilotables à distance, parfaitement calibrées, et les drones de chantier, pouvant servir de plateforme volante, ont fortement contribué à accentuer notre plaisir ludique.

Quelques regrets

Aussi plaisant soit-il, le jeu nous laisse bien sûr avec quelques regrets et sur une seule grosse bizarrerie: l’un des cinq arcs narratifs nous propose ainsi de faire un choix moral (qu’on ne divulgâchera pas). Il est triste de constater que quelle que soit l’option choisie, ce choix n’a aucune conséquence apparente sur la suite (si ce n’est de subir une engueulade ou de recevoir un compliment). On se demande dans ces circonstances pourquoi les programmeurs se sont aussi inutilement compliqué la vie.

On regrette également qu’aucune solution de sauvegarde manuelle ne soit proposée. Ce qui fait qu’une fois une séquence achevée, la partie est automatiquement sauvegardée mais la mission accomplie disparaît de la liste. Elle ne peut donc pas être rejouée facilement.

«Watch Dogs», un jeu prédateur?

Sujet sensible s’il en est, nous avons remarqué que «Watch Dogs – Legion» intègre dans ses menus une «boutique». Dans cette «boutique», étaient déjà présentés des «articles» payants. Certains sont cosmétiques (des vêtements, des masques probablement non déblocables dans le jeu), d’autres peuvent avoir un impact sur le gameplay: des citoyens dotés de capacités haut de gamme notamment.

Il va sans dire que la pratique qui consiste à inciter le joueur à sortir sa carte de crédit pour s’octroyer quelques avantages esthétiques ou de prendre un raccourci nous paraît indigne d’un jeu payant plein pot. Cependant, et jusqu’à son terme, jamais nous nous sommes retrouvés ralenti, assommé par une tâche fastidieuse ou bloqué au point de ressentir l’envie de recourir à un quelconque achat. De plus nous avons trouvé suffisamment de citoyens compétents dans le jeu pour ne pas avoir à convoiter ceux proposés dans le catalogue payant. Le contraire aurait sérieusement détérioré notre perception.

Un nouveau bug très contrariant

Alors que nous avons pu jouer et terminer «Watch Dogs – Legion» juste avant sa sortie officielle sans avoir constaté de problèmes majeurs, un bug très contrariant a depuis fait son apparition sur Xbox Series XIS (et aussi semble-t-il sur PC): après une heure de jeu environ, les fonctionnalités en ligne se coupent systématiquement et impossible de les relancer sans devoir quitter complètement la partie. Le problème est que les sauvegardes ne se font correctement que si le jeu communique avec les serveurs d’Ubisoft et il n’y a aucune procédure de sauvegarde manuelle ou localisée pour palier à un problème de réseau.

Dommage collatéral, le joueur déconnecté à son insu ne se rend compte de rien et peut continue à jouer sans deviner l’échec des nombreuses et fréquentes sauvegardes automatiques. Ce n’est qu’au retour dans une nouvelle session qu’il s’apercevra des dégâts et devra recommencer la plupart des épreuves qu’il avait déjà surmontées.

Alors que la colère gronde dans les forums d’Ubisoft (et d’ailleurs), l’éditeur a reconnu le problème sur Twitter et annoncé qu’un correctif est en cours. Mais ce dernier ne devrait faire son apparition que début décembre. En attendant, ceux qui n’auront pas été dégoûtés d’avoir perdu des heures de progression sauront qu’ils doivent se munir d’un chronomètre et quitter le jeu avant le crash fantôme pour s’assurer que leur progression a bien été enregistrée.

Un truc: si la petite vignette en bas à droite dans le menu affiche un message d’erreur, c’est foutu. Tout ce qui a dépassé l’heure du crash est perdu. Si elle affiche des infos, il est encore possible d’assurer une sauvegarde en quittant et de remettre le compteur à zéro en relançant.

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2 commentaires
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3080 en attente

29.10.2020 à 08:20

Pour l'instant, le jeu est vraiment cool, si on joues sur PC avec une rtx, le ray tracing passe super bien.

Gtx

28.10.2020 à 12:44

Excellent sujet, merci pour l’analyse, bravo