Rencontre: Werner Munter, une existence dédiée aux avalanches
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RencontreWerner Munter, une existence dédiée aux avalanches

Faux ours mal léché et véritable philosophe, Werner Munter est un des meilleurs spécialistes mondiaux des avalanches. Avec le retour de la neige et des coulées mortelles, vous risquez fort d'entendre parler de ce célèbre guide de montagne. Portrait.

par
Laurent Grabet
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Werner Munter, 77 ans, se définit lui-même comme «un mélancolique aux tendances colériques, introverti, libéral de gauche avec un sens social, ne supportant pas l'injustice ni le mensonge».

Werner Munter, 77 ans, se définit lui-même comme «un mélancolique aux tendances colériques, introverti, libéral de gauche avec un sens social, ne supportant pas l'injustice ni le mensonge».

Le Matin
Le guide de montagne a noirci 7000 pages et des dizaines de petits carnets noirs, jours et nuits, de ses notes concernant les avalanches ou le réchauffement climatique.

Le guide de montagne a noirci 7000 pages et des dizaines de petits carnets noirs, jours et nuits, de ses notes concernant les avalanches ou le réchauffement climatique.

Le Matin
«En montagne comme ailleurs, quand tu commences à te comparer aux autres, tu as déjà perdu l'essentiel!» assène Werner Munter, le philosophe.

«En montagne comme ailleurs, quand tu commences à te comparer aux autres, tu as déjà perdu l'essentiel!» assène Werner Munter, le philosophe.

Le Matin

«Toute ma vie, j'ai été seul contre le mainstream. Seul contre tous…» Cette constatation n'est pas exempte d'une certaine autosatisfaction. Elle est de Werner Munter. Ce nom ne vous dit rien? Le visage de son propriétaire vous parlera davantage. Il ressemble à un improbable croisement entre un Père Noël bougon, Merlin l'enchanteur et le soixante-huitard provocateur qu'il est resté. Ce guide de montagne de 77 ans est une légende dans le monde de la montagne. En 2014, il était le héros du documentaire «Montagnes en tête». Le Bernois ne laisse pas grand monde indifférent. Il est respecté de beaucoup, détesté d'au moins autant d'autres et moqué d'une minorité, laquelle a choisi de le caricaturer en vieux ringard aigri.

Génial autodidacte reconnu sur le tard

Werner Munter s'est fait reconnaître sur le tard pour son expertise dans le domaine des avalanches. Et même s'il a un peu délaissé le sujet ces dernières années pour se pencher tout aussi assidûment sur «les véritables causes du réchauffement climatiques», chaque hiver, divers grands médias lui tendent le micro pour commenter la dernière coulée mortelle en date. En disséquant des centaines d'accidents, Munter avait mis au point la «méthode 3x3 de réduction des risques» laquelle est enseignée aux futur guides et permet à tout randonneur à ski de se poser les bonnes questions avant de se lancer dans une pente ou d'y renoncer.

Après des études en philo et histoire à l'uni de Berne, le Valaisan d'adoption (ndlr: il habite Arolla en Valais) s'est attaqué aux avalanches en autodidacte dès 1965. «Non pas pour sauver des vies même si mes travaux y ont contribué mais car il y avait là un défi intellectuel inexploré qui s'est emparé de moi», confesse-t-il. Deux longues décennies durant, cette activité obsessionnelle de «chercheur indépendant» fut financée sur le seul salaire d'institutrice de feu Margrit, l'épouse avec qui il a partagé quantité d'aventures alpines dont un voyage de noces dans la face nord du Grosshorn…

15 ans de guerre froide avec le mainstream

Au fil des années de vaches maigres, de plus en plus de professionnels de la montagne comprirent qu'ils en apprendraient plus auprès de Munter que par les canaux officiels. En 1996, «après 15 ans de guerre froide», le prestigieux Institut pour l'étude de la neige et des avalanches de Davos, à qui il faisait décidément trop d'ombre, l'engageait «pour un salaire à six chiffres et sans aucun cahier des charges». Le voilà invité à des conférences à l'étranger, siégeant à la commission sécurité de l'International federation for climbing and mountaineering ou encore formant des aspirants guides. «3x3 Avalanches, la gestion du risque dans les sports d'hiver», sa bible est publiée en 1995 et s'écoule à plus de 50 000 exemplaires. Un score astronomique pour un ouvrage si spécifique!

Munter était devenu guide après avoir gaspillé une année comme prof dans un gymnase bernois. «Mes collègues plus âgés semblaient déjà éteints. Je ne voulais pas finir comme eux mais je ne savais pas quoi faire de ma vie non plus. Cela avait été une sacrée crise!», se souvient-il. Le jeune homme de 26 ans qu'il est alors se tourne assez naturellement vers la montagne. Il avait appris à aimer cet environnement dès l'enfance dans le chalet familial de l'Oberland. Alors il la court. En quête de quelque chose ou pour fuir des démons maquillés en révoltes et en colères? De préférence en haute altitude et sur des itinéraires engagés. Il met ainsi à son actif quelque premières et invente au passage le «nœud à friction de Munter». Mais ces exploits sportifs et la gloriole qui va avec n'ont guère de prise sur lui. Le Bernois a la tête dure et son souci numéro est déjà de «ne se laisser subordonner par rien ni personne».

L'odeur enivrante du granit après la pluie…

Cet athée fait de la haute altitude le décor d'une quête spirituelle qui ne dit pas son nom. La nature, il le sait, n'est que la surface. Quelque chose se cache derrière elle. Une dimension métaphysique que les mots ne peuvent cerner. «Par moment, lorsqu'on laisse le silence absolu s'imposer, on peut ressentir physiquement cette force si particulière s'exprimer. Malheureusement, l'écrasante majorité de mes clients étaient hermétiques à tout ça. Ce qui les intéressaient, c'était le sport, la performance, le sommet connu et reconnu qu'ils épingleraient à leur palmarès. Surement pas l'odeur enivrante du granit après la pluie telle que la décrivait Gaston Rébuffat…»

Dans cet univers minéral et glaciaire, on est à un pas de l'au-delà. Werner Munter aime ça. «Si les montagnes n'étaient que belles, je ne serai jamais devenu alpiniste», résume-t-il. Il y a bien longtemps, une chute de 300m dans la paroi nord du Nesthorn avait failli lui coûter la vie. Cet accident avait colorié du même coup, du jour au lendemain, une moitié de sa moustache en blanc. Un autre jour, une coulée avait enseveli ce claustrophobe jusqu'au cou… Si bien qu'il prétend volontiers avoir eu sept vies. Werner Munter, s'imaginerait bien mourir en montagne sur une agréable dernière «glissade» et sait déjà où ce serait...

L'arthrose vers la sagesse

En attendant, le vieux guide marche en montagne quotidiennement. Une méchante arthrose a contraint cet ancien alpiniste de talent à se contenter de ballades de papy, escorté de son fidèle labrador Louia et de son amie Denyse. Bien sûr les faces nord lui manquent. Mais pas plus que ça non plus car il a la philosophie et ses ressentis d'ordre spirituel avec lui : «Quand tu dois renoncer aux 4000, au début tu crois que tu as perdus. Puis tu changes de lunettes. Tu te rends comptes de ce qu'il y a à gagner là. Que si tu t'ancres dans l'ouverture, ce que tu vis sur 1km2 peut se révéler plus intense que les ascensions les plus audacieuses du passé…»

Un grand pourvoyeur de phrases-chocs

Werner Munter n'a jamais sa langue dans sa poche et aime aller à contre-courant non sans une dose de provocation «histoire de réveiller les gens». Morceaux choisis.

Photo Sébastien Anex

Photo Sébastien Anex

PATROUILLE DES GLACIERS «Cette course est un avilissement du sublime de la haute montagne! Elle m'évoque le roman «Les maquereaux des cimes blanches» de Maurice Chappaz. Les maquereaux sont les militaires qui castrent la montagne en la transformant en un inoffensif décor de théâtre où les hommes viennent jouer aux héros pour gonfler leur égo et s'en glorifier autour d'eux. L'armée y soigne son image et y aiguise sa logistique. Collaborer à ça en tant que guide, c'est passer à côté de sa vocation. La PDG relève du tourisme de masse. C'est un sous-alpinisme sans âme: du simple sport!»

AVALANCHE «Les détecteurs de victime d'avalanches ou les sacs airbag donnent l'impression qu'en montagne, le risque zéro existe. Il faut renforcer la prévention car un gramme de prévention épargne plus de vies qu'un kilo de sauvetage. La neige rend fous certains skieurs. Plus il en tombe, moins ils réfléchissent. Trente minutes après l'ouverture de certaines remontées, il y a déjà des traces partout! C'est la culture du «tout tout de suite» très répandue dans la «génération selfie». La montagne rappelle à ces personnes que leurs désirs ne sont pas au centre du monde. Si tu persistes à ignorer ses règles, la nature te met hors-jeu un jour. Cela relève de la sélection naturelle!»

Sur le réchauffement climatique

Photo Michel Perret

Photo Michel Perret

«C'est de l'arrogance pure de croire qu'en 150 ans d'industrialisation l'être humain aurait changé le climat. Les experts du GIEC répètent en boucle «c'est prouvé depuis longtemps», sans avancer de preuves scientifiques car il n'y en a pas, ils le savent et sont payés pour.»

«Rien qu'au cours des 10 000 dernières années, il y a eu cinq pics de températures comparables à celui que nous vivons. Ces optima correspondent à des cycles naturels. Il y a moins de 0,5‰ de CO2 dans l'atmosphère, et 5% de cette quantité est imputable à l'homme.»

«La thèse officielle contredit aussi la première loi de la thermodynamique. C'est de la foutaise! J'ai des preuves mathématiques irréfutables que le CO2 est climatiquement neutre, indépendamment de sa concentration. Mais personne ne veut les voir. On préfère se flageller…»

«Le véritable problème, c'est la pollution. Si nous ne changeons pas nos modes de vie, nous crèverons dans notre propre merde!»

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