William Tian: «Huawei n’abandonne pas les smartphones»
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Électronique grand publicWilliam Tian: «Huawei n’abandonne pas les smartphones»

Lourdement touché par les sanctions nord-américaines et la pénurie de composants, le groupe chinois s’apprête à lancer une contre-offensive européenne. Interview.

par
Jean-Charles Canet
William Tian, président du Western Europe Consumer Business chez Huawei. Ici de passage à Lausanne.

William Tian, président du Western Europe Consumer Business chez Huawei. Ici de passage à Lausanne.

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Principale victime de la guerre commerciale qui oppose les États-Unis a la Chine et toujours sous le coup de sanctions américaines lancées sous l’administration Trump qui le prive de technologies essentielles, logicielles et matérielles (Google lui a fermé sa porte Android en 2019. Intel, Qualcomm et Broadcom ont fait de même) Huawei a vu la marche de ses affaires lourdement contrariée, en Chine comme en occident. Connu essentiellement en Suisse pour ses smartphones haut de gamme, le fabricant a mis en place à marche forcée une migration vers un système d’exploitation maison, Harmony OS et se démène pour trouver des alternatives aux filières auxquels il n’a plus accès.

De passage à Lausanne, William Tian, nommé en mai dernier président du Western Europe Consumer Business du groupe, a accepté d’indiquer dans quel état d’esprit se trouve Huawei à quelques semaines de ce qui pourrait être assimilé à une contre-offensive européenne.

Les derniers mois n’ont pas été tendres pour la marque Huawei en occident. Quelle est votre perception actuelle de la situation?

Nous sommes en effet confrontés à de sérieux défis. Nous nous trouvons également dans une situation de pénurie qui affecte toutes les industries dépendantes de composants électroniques. Par ailleurs, nous sommes aussi en plein déploiement de notre stratégie (baptisée 1+8+N) qui consiste à réunir et harmoniser le fonctionnement de nos produits PC, de nos wearable (oreillettes, montres connectées…, ndlr), de nos appareils audio et de notre gamme de PC et de moniteurs. Ainsi, en Suisse, à la fin du troisième trimestre, les objectifs de revenus et de bénéfices ont dépassé nos attentes et cela a été porté surtout par les produits +8 (hors smartphones, ndlr). Par exemple, le volume des produits audio écoulés a augmenté de 23% par rapport à l’année précédente. Celui des produits à porter sur soi a bondi de 15%. Développer ces axes est riche en opportunités pour nous.

À la suite des sanctions nord-américaines, Huawei a accéléré une migration d’un écosystème dépendant d’outils Google vers un écosystème maison baptisé Harmony OS, où en êtes-vous à ce jour?

Nous avons déjà lancé Harmony OS 2.0, en Chine mais aussi sur les marchés européens et helvétiques. Nos nouvelles montres connectées, nos tablettes aussi, sont basées sur ce système d’exploitation. Nos premiers Harmony smartphones ont été lancés en Chine. En l’espace de trois mois nous sommes parvenus à convaincre 120 millions d’utilisateurs à migrer. Pour nous, c’est un grand succès. Nous pensons que le système d’exploitation améliore grandement l’expérience utilisateur. En termes de fluidité, de terme de durée de vie des batteries et, plus important encore, le système fédère dans une même famille l’ensemble des produits basés sur notre système d’exploitation (montres, tablettes, TV).

Vous considérez que la migration vers Harmony OS en Chine est un succès, c’est entendu, mais qu’en est-il des consommateurs occidentaux qui, pour la plupart, sont très dépendants des outils et suites logicielles de Google? Peuvent-ils vraiment s’attendre à une alternative solide?

Outre le développement d’alternatives maison, nous avons entrepris une vaste campagne de collaboration avec des développeurs locaux de contenus, afin de les inciter à développer leurs applications pour notre AppGallery. Rien qu’en Suisse, nous avons identifié 150 applications, parmi les mieux conçues et les plus populaires. Près de 90% d’entre elles ont déjà pu être intégrées. D’une année sur l’autre, le nombre d’applications lancées a bondi de 393%. Nos progrès sont substantiels. C’est très prometteur. Nous constatons que les consommateurs européens sont très ouverts d’esprit. Ils semblent disposés à découvrir des choses nouvelles et différentes. Nous avançons pas à pas.

Les smartphones sont-ils encore au cœur de l’activité de Huawei?

Ces appareils restent essentiels dans notre stratégie 1+8+N. Nous n’abandonnons pas les smartphones. Nous demandons à AMD de développer des technologies innovantes. L’objectif est de rester dans une position de premier plan dans ce secteur. Nous sommes leader sur le plan de la photographie, Nous avons introduit des modèles avec deux puis trois objectifs, tous les autres ont suivi. Nous avons été parmi les premiers à introduire la gestion de la 5G, les puces intelligentes (AI chipsets). Nous avons introduit des technologies pour optimiser la durabilité des batteries. Nous allons continuer d’investir. Par exemple, nous développons des téléphones pliables (M. Tian exhibe un modèle). La bonne nouvelle est que nous allons prochainement introduire un nouveau smartphone en Suisse et sur le marché européen, cela arrivera dans les deux prochains mois.

Pensez-vous vraiment que Huawei est en position de retrouver la place qu’il a perdue dans le top 5 mondial des fabricants de smartphones?

Absolument. Nous sommes très confiants. Sur le plan mondial, Huawei compte encore plus de 500 millions d’utilisateurs de smartphones. Sur le marché européen, nous comptabilisons plus de 70 millions. Rien qu’en Suisse nous en comptons encore près de 1 million. Ces consommateurs apprécient notre marque. Nous ne pouvons les décevoir.

Cela veut dire que vous allez poursuivre l’intégration de composants 5G dans vos smartphones?

La 5G, oui. Nous collaborons avec divers partenaires pour obtenir les composants nécessaires. Vous pouvez compter dessus, nous allons être de retour.

Quels autres types de produits Huawei compte-t-il introduire sur le marché?

De nouvelles montres connectées ainsi que des produits audio. De nouveaux moniteurs haut de gamme et de nouvelles tablettes également. Tout cela sur le marché européen, Suisse incluse.

Où en est la stratégie de migration des appareils existants vers Harmony OS?

Nous avons effectivement l’objectif de permettre aux utilisateurs de smartphones existants d’obtenir une expérience Harmony OS. Nous n’avons cependant pas encore un déroulé temporel précis. Nous donnerons des informations dès que possible.

Certains appareils sont déjà motorisés par le système d’exploitation, tels que nos nouvelles smartwatchs et tablettes. Ces appareils sont conçus pour continuer de fonctionner avec les autres produits (comme c’était déjà le cas pour, par exemple, une montre de génération précédente couplée avec un smartphone Android ou iOS, ndlr). L’expérience restera aussi optimale qu’auparavant et encore mieux pour deux appareils motorisés par Harmony OS.

Dans ce contexte difficile (politique avec les sanctions nord-américaines et économiques avec les pénuries de composants clés), quels sont les objectifs de Huawei en Europe pour cette année et l’an prochain?

Pour cette année, nous devons accepter le fait que la pénurie de composants a un impact. Au cours du quatrième trimestre, il y aura une série de lancements de nouveaux produits (smartphone, tablettes, moniteurs et produits audio). Nous pensons pouvoir tirer avantage du Black Friday et de la saison des fêtes de Noël.

En 2022 également, nous introduirons de nouveaux appareils dans tous les secteurs déjà évoqués. Nous allons intensifier nos partenariats, notamment avec les développeurs d’applications.

De votre point de vue, quelles sont les particularités du marché suisses, des aspects qu’on ne retrouve pas en France ou en Allemagne, par exemple?

C’est un marché assez unique. Très particulier même. Par exemple, nous avons un produit de niche, une enceinte connectée haute de gamme, la Sound X. Cette dernière a été très bien reçue en Suisse (proportionnellement beaucoup plus que sur les autres marchés européens). La Suisse est pour nous un marché premium avec une clientèle adepte de produits de haute qualité.

Un marché test?

Pour le haut de gamme, oui absolument.

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