Interview - Woodkid: «Il était impossible de dire non à Montreux»
Publié

InterviewWoodkid: «Il était impossible de dire non à Montreux»

Le chouchou du festival a ouvert la 55e édition vendredi soir de manière magistrale. L’artiste nous raconte son attachement à l’événement et lâche quelques anecdotes.

par
Fabio Dell'Anna

Woodkid joue à trois reprises durant ce Montreux Jazz Festival

Woodkid était l’artiste parfait pour ouvrir cette 55e édition du Montreux Jazz Festival en beauté. Le Français de 38 ans nous en a mis plein les yeux et les oreilles en inaugurant la nouvelle Scène du Lac. Vendredi 2 juillet, en 75 minutes, il a joué une dizaine de chansons accompagné d’un quintet (deux violons, deux violoncelles et un trombone) et de «machines». Le son était propre, les basses prenaient aux tripes et son grand écran LED changeait au rythme de la musique. «Ça va toujours?» scandait-il au milieu du show. «Je demande car vous êtes toujours assis. La soirée a été dure, je comprends», lançait-il avec humour en référence à la défaite de la Suisse lors de l’Euro 2020. Il n’en fallait pas plus pour réveiller le public et le voir debout hurler chaque note de «Run Boy Run». Un moment magique qui s’est certainement ajouté aux nombreux souvenirs qu’a Woodkid avec ce festival.

L’après-midi, juste après sa répétition, le chanteur a partagé avec lematin.ch plusieurs histoires en relation avec le Montreux Jazz. De sa première visite à sa rencontre avec Grace Jones en passant par son admiration pour Claude Nobs, il a dévoilé les coulisses de cet endroit qu’il affectionne particulièrement.

Comment trouvez-vous cette nouvelle Scène du Lac?

Elle est incroyable! La vue est sublime car on voit les montagnes en face. Sans parler du son qui est vraiment bien.

Avez-vous dû revoir votre scénographie pour y jouer?

On est parvenu à montrer le show tel qu’il est présenté ailleurs. La technique à Montreux a travaillé très dur pour que les concerts soient possibles.

1 / 5
Woodkid a commencé son show autour de 22 h 20 sur la Scène du Lac.

Woodkid a commencé son show autour de 22 h 20 sur la Scène du Lac.

©FFJM2021 - Emilien Itim
Woodkid a pu présenter à Montreux le même show qu’il a prévu pour sa tournée internationale.

Woodkid a pu présenter à Montreux le même show qu’il a prévu pour sa tournée internationale.

Sébastien Anex
Les visuels étaient incroyables, le son parfait et le show à couper le souffle.

Les visuels étaient incroyables, le son parfait et le show à couper le souffle.

©FFJM2021 - Emilien Itim

Cela faisait longtemps que vous n’étiez pas remonté sur scène, non?

Le vrai dernier live date de 2016, c’était pour les 50 ans du Montreux Jazz Festival. Je suis d’autant plus heureux d’être là. J’ai fait l’album «S16», sorti en octobre dernier, qui m’a pris pas mal de temps. J’avais envie de le «maturer» durant plusieurs années et de réfléchir à ce que je voulais faire. J’ai essayé de remettre en question ma notoriété, de me faire oublier pour regagner le cœur des gens. J’aime bien les challenges.

Vous viviez mal votre notoriété?

Non, pas du tout. Je n’aime juste pas l’idée de surfer sur un premier succès. J’avais envie de faire un album qui existe en lui-même et qui rencontre aussi un nouveau public. Je souhaitais que les gens qui restent soient ceux fidèles et pas ceux qui suivent une mode. Je voulais consolider mon public avec ce projet.

Était-ce une évidence pour vous de revenir à Montreux cette année?

Il était impossible de dire non. On aurait pu refuser si, techniquement, on n’avait pas réussi à faire le show. Tout le monde s’est plié en quatre pour relever le défi. Il s’agit d’un show un peu frais, je ne pouvais pas m’engager dans une nouvelle création comme je l’ai fait pour les 50 ans. Nous étions déjà sur notre lancée. Je suis ravi qu’on puisse passer par la case Montreux pour trois concerts en deux jours. C’était inimaginable de ne pas venir.

Vous êtes venu pour la première fois en 2012 avec Lana Del Rey. Quel souvenir en gardez-vous?

Un souvenir de dingue pour plein de raisons. C’était la dernière année de Claude Nobs au festival. Le premier Montreux est particulier aussi, car tous les jeunes artistes arrivent avec un syndrome de l’imposteur. Je me souviens m’être dit: «Comment c’est possible? Qu’est-ce que je fais ici?» C’est un endroit tellement mythique, cela me semblait complètement absurde d’y être programmé. En particulier quand on ne fait pas de jazz. Cela m’a pris un peu de temps à comprendre que l’ADN de ce festival est très pluriel. Il célèbre la musique quelle qu’elle soit. Cette première date a été intimidante et puis très vite Claude Nobs est venu dans les coulisses pour me féliciter. «On a très envie de te revoir dès l’année prochaine. Reviens et on fera en sorte que tu sois accompagné par l’orchestre de Lausanne», m’avait-il dit. Malheureusement, il est décédé l’année suivante. Mathieu Jaton a repris le flambeau et a poursuivi ce projet. C’était un moment incroyable et il était évident que l’on devait dédier ce concert à Claude Nobs.

Ce deuxième show a été plus important pour vous?

Oui. J’ai adoré mon premier Montreux, mais c’était aussi un double plateau avec Lana Del Rey. J’étais aussi très traqueur et très intimidé lors de ce concert. Mais on m’a dit: «Non, tu as les clés. Tu peux faire ce que tu veux ici. C’est vraiment un espace de création.» Lorsque j’ai compris cette logique, le deuxième show a juste été incroyable.

Prévoyez-vous un nouveau projet avec Lana Del Rey?

On se parle beaucoup. On ne travaille pas ensemble pour le moment, mais il est possible que l’on fasse des choses un jour à nouveau. On verra… (ndlr.: Il nous fait un clin d’œil)

Vous êtes venu au Montreux Jazz Festival en tant que spectateur aussi. Qu’y avez-vous apprécié?

Il y a eu plein de choses. J’ai vécu des moments mémorables. J’ai adoré voir dans la même semaine Janet Jackson et Elton John (ndlr.: en 2019). Il y a peu de festivals qui permettent ça. J’ai pu voir Grace Jones, avec qui j’ai eu la chance de passer un peu de temps. Je ne vais pas vous en dire plus car tout ne doit pas être raconté au Montreux Jazz. Nous avons passé une nuit de folie le lendemain de son concert dans le chalet de Claude Nobs. Je garde aussi des souvenirs de dingues avec des gens que j’admire. J’ai pu rencontrer Jamie Cullum, Shania Twain et plein d’artistes qui ont marqué certains chapitres de ma jeunesse. J’adore venir ici. J’y viens hors festival. Je viens skier aussi. C’est un endroit que je porte tout le temps dans mon cœur.

Votre opinion