19.11.2020 à 06:49

Jeu vidéoTest Xbox Series X: sous le capot du monstre

Nous avons testé la machine à jouer de Microsoft, prétendante au titre de la console la plus puissante de cette nouvelle génération.

par
Jean-Charles Canet
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La Xbox Series X, à gauche, en mode tour. Comme pour la PS5, la console de Microsoft peut aussi être placée à l’horizontale.

La Xbox Series X, à gauche, en mode tour. Comme pour la PS5, la console de Microsoft peut aussi être placée à l’horizontale.

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La manette est identiques à celle de la génération Xbox One, à quelques détails près dont un bouton «partager» en son centre.

La manette est identiques à celle de la génération Xbox One, à quelques détails près dont un bouton «partager» en son centre.

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Un plastique vert situé juste en dessous de la bouche d’aération produit un astucieux effet d’optique. 

Un plastique vert situé juste en dessous de la bouche d’aération produit un astucieux effet d’optique.

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Avec la sortie officielle, le 10 novembre, des Xbox Series X et, ce jeudi, de la PlayStation 5 (test ici), on peut désormais affirmer que le saut générationnel est consommé. Une semaine après avoir pu mettre la main sur un exemplaire de la nouvelle console de jeu (et sa petite sœur la Xbox Series S), il faut bien reconnaître que Microsoft a cette fois des atouts dans manche pour faire oublier un très maladroit lancement de la Xbox One en 2013. Une console alors promue comme un hub multimédia par des Américains pour des Américains, avec certaines prestations qui sont passées à l’époque comme étant contraire à l’intérêt des consommateurs.

À tout seigneur, tout honneur, la Xbox Series X se présente sous la forme d’un monolithe noir (deux cubes posés l’un sur l’autre si vous préférez) qui peut être placé à la verticale, notre position préférée, ou à l’horizontale. Il est surplombé par une immense bouche d’aération en alvéole qui masque un imposant ventilateur. Cette bouche laisse apercevoir un élément peint en vert qui provoque un effet d’optique du meilleur effet. Pas besoin de leds ou d’un autre élément lumineux pour suggérer la puissance. Simple et très efficace. Quinze centimètres de largeur et de profondeur pour le double de hauteur font de cette Xbox un objet qui n’est certes pas d’une discrétion exemplaire mais aux proportions raisonnables comparées à celles de la PlayStation 5. Autant la fente du mangeur de disque Blu-ray et Blu-ray UHD (au fait lit-il aussi les CD audio? Tiens oui) s’intègre bien dans le paysage à la verticale, autant elle paraît disgracieuse lorsque le bloc est placé à l’horizontale. On ne s’offusquera pas pour si peu.

Simple, souple, facile

En termes de connecteurs, la Series X propose une prise de courant, une sortie HDMI 2.1 pour le son et l’image, trois prises USB-A pour brancher un éventuel disque dur externe, une mémoire USB ou tout ce qui se recharge par ce type de connecteur. On trouve aussi une prise pour un câble réseau (si on ne veut pas utiliser une liaison sans fil wi-fi) et une prise propriétaire pour ajouter une carte SSD afin d’augmenter l’espace de stockage pour les jeux. Le branchement et l’installation ne nous ont posé strictement aucun problème: nous avons suivi pas à pas l’outil de configuration sur l’application Xbox pour smartphone et nous nous sommes retrouvés très rapidement avec une console reliée à notre réseau wi-fi personnel, complètement à jour et prête à lancer un jeu.

Un des premiers démarrages de la Xbox Series X, ici sur un téléviseur HD.

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Premier constat: tout comme la PS5, la Series X est une console extrêmement silencieuse. À ce jour et quelle que soit la longueur des sessions, nous n’avons jamais constaté un quelconque emballement du ventilateur. Quant au dégagement de chaleur, jamais nous n’avons ressenti ce qui pourrait s’apparenter de près ou de loin à une surchauffe. Et contrairement au lecteur de disque Blu-ray de la PS5 qui a parfois tendance à être bruyant lorsqu’il s’emballe, celui de la Xbox reste discret en toutes circonstances.

Premiers jeux

Quel premier jeu à faire tourner sur la Series X histoire de voir ce que le bestiau à dans le ventre? S’il fallait se reposer sur du maison (issu d’un des studios contrôlés par Microsoft s’entend), cela aurait pu être «Halo Infinite», longtemps proclamé jeu de lancement – au même titre que «Spider-Man - Miles Morales» sur PS5. Mais la sortie de ce dernier ayant été repoussée on s’est rabattu sur «Forza Horizon 4» et sur «Gears 5». Ce ne sont pas des sorties récentes, certes, mais ces grosses productions font partie des déjà nombreux jeux qui ont été récemment et gratuitement mis à jour pour exploiter le nouveau «hardware». Il faut convenir que tous deux ont parfaitement joué leur rôle d’ambassadeur. Stockés sur le SSD interne de la console, ces derniers se chargent à la vitesse de l’éclair. Ils s’affichent dans une glorieuse 4K sans pour autant souffrir en termes de fluidité. Ils tournent à 60 images par seconde, le mode multijoueur de «Gears» allant jusqu’à 120 pour autant que l’écran le permette.

Les graphismes bénéficient des nouveaux trucs à la mode, dont le fameux ray tracing, une gestion des effets lumineux et des reflets calculés par le «hardware», ce que ne pouvaient faire les consoles de précédentes générations. Il est à noter que ces effets sont visibles sur n’importe quel écran, il n’est pas nécessaire d’avoir une TV dernier cri.

En bref et en terme simple, c’est du «wow!» en rafale, il reste d’ailleurs encore un peu de bave à la commissure de nos lèvres. Mais même réserve que pour la PS5 et ses jeux encore très majoritairement transgénérationnels pour les deux à trois ans qui viennent: le fait qu’ils tournent mieux sur le nouveau matériel n’efface pas le fait qu’ils s’affichent tous avec mention honorable sur la génération précédente. Et cela amoindrit l’impression de nouveauté.

Afin de faire bonne mesure, nous avons également fait tourner des jeux tiers récents, en l’occurrence «Assassin’s Creed - Valhalla» et «Watch Dogs - Legion» pour constater que les mises à jour «next gen» sont sensibles, surtout en ce qui concerne les temps de chargement (une bénédiction sur «Watch Dogs») et le sentiment de fluidité. C’est moins flagrant pour la 4K ou tout dépend de la taille et de l’éloignement de l’écran.

Les forces

- La Xbox Series X est du point de vue ingénierie une grande réussite. La cheminée est de haut standing, silencieuse et fait tourner au mieux les jeux d’hier et d’aujourd’hui. De plus, on sent clairement qu’elle en a encore sous le pied pour la suite. Le fossé entre les Xbox One et les Xbox Series est largement supérieur à celui qui existait en 2013 entre la génération Xbox 360 et Xbox One.

- Sa manette est à un bouton «partager» près strictement identique à celles de la génération précédente. Avantage, on peut utiliser ses vieilles manettes (comme la plupart des autres périphériques).

- Le programme de rétro compatibilité mis en place par Microsoft fonctionne à merveille et prend tout sens sur Xbox Series X: tous les jeux Xbox One (à l’exception des quelques qui fonctionnent avec l’accessoire Kinect) tournent au pire à l’identique et au mieux avec des améliorations sensibles. Une importante sélection de jeux Xbox 360 et une plus restreinte sélection de jeu Xbox ne sont pas en reste. On insère le disque dans la fente, ou on lance la version numérique du jeu, le système se charge du reste. Et cela ne coûte rien.

- Au cœur de l’écosystème Xbox se trouve désormais le Game Pass, qui est au jeu vidéo ce que Netflix est aux films et séries. Pour une quinzaine de francs par mois, le gamer bénéficie d’un catalogue fourni de jeux à télécharger. Toutes les grosses productions issues des studios Microsoft sont intégrées le jour de leur sortie à l’unité. Sur un an, le service est amorti dès l’achat de deux jeux triple A. La Xbox Series X en bénéficie bien sûr plein pot. L’arrivée dans la famille du fond de catalogue des jeux Electronic Arts est venue dernièrement renforcer l’attractivité du service.

- «Quick resume» est la nouvelle fonctionnalité la plus étonnante du système. Avec les jeux compatibles, on peut le quitter, en lancer un autre, puis un autre, puis retourner au premier et se retrouver en quelques secondes à peine à l’endroit exact ou on l’avait laissé. Il y a un côté magique de pouvoir ainsi passer d’un jeu lourd à l’autre sans devoir se retaper une succession de logo, de génériques et de divers menus.

Le «quick resume» de la Xbox Series X (quand il fonctionne correctement…)

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Cependant, lors de nos essais, cette fonctionnalité s’est révélé très capricieuses, fonctionnant avec certain jeux, pas avec d’autres et provoquant parfois un plantage (le jeu se lance, s’arrête et retour à la page d’accueil Xbox). Ce fut le cas notamment avec «Forza Horizon 4», particulièrement chatouilleux. En l’état actuelle, cette fonctionnalité est donc à prendre comme une version bêta largement améliorable.

De son côté, la PS5 en est restée à une gestion conventionnelle du lancement d’un jeu vidéo mais, du fait à la rapidité de son SSD, l’absence d’un «quick resume» n’est de loin pas mortelle.

Les faiblesses

- La manette des Xbox est de grande qualité mais reste classique. Celle de la PS5, bourrée de nouveautés, fait un plus grand effet. La manette Xbox fonctionne avec deux piles (fournies) et n’intègre donc pas de batterie rechargeable. Cette dernière est un accessoire vendu à part.

- Son SSD est un peu plus confortable que celui de la PS5 (1To contre 800 Go) mais pas de quoi pavoiser compte tenu du poids croissant des jeux à télécharger alors que même les jeux en version «disque» transfèrent leur contenu dessus. On peut certes facilement ajouter un SSD externe mais cette dernier est hors de prix (250 francs pour 1To supplémentaire actuellement). Le système permet l’adjonction d’un disque dur «classique» externe abordable mais comme certains jeux devront obligatoirement être sur SSD pour pouvoir être lancé cela contraindra à passer soit pas la case de transfert d’une surface de stockage à l’autre ou par la case «je poubellise et je retélécharge si besoin». Ce n’est pas la mer à boire mais cela peut devenir fastidieux.

- On a constaté que la vitesse de téléchargement est bridée (elle plafonne à 20 Mbt/s environ) lorsqu’un jeu tourne en simultané sur la console. Elle ne remonte au-dessus des 100 Mbt/s que lorsqu’il est arrêté complètement. S’il reste actif en tâche de fond, la limite subsiste. Cela nous a fait croire dans un premier temps que la Xbox se traînait radicalement par rapport à une PS5 qui ne présente pas ce type de vexation. Il serait bon qu’une mise à jour vienne corriger cette gestion pour le moins troublante.

- L’interface de la Xbox est quasi identique à celui des Xbox One. Pas de mauvaises surprises, mais, hormis la réactivité, pas de bonnes non plus.

- En étant contraint de repousser la sortie de «Halo Infinite» à une date encore à déterminer, Microsoft à clairement loupé l’occasion de lancer son assortiment avec une «killer app». Il lui manque LE jeu maison marquant. Le fait que, pour la première fois de l’histoire des consoles, les jeux d’avant tournent sur les consoles d’après fait passer la pilule. Il n’empêche que Sony, avec deux exclusivités PS5 («Astro Playroom» et «Demon’s Souls») et quelques autres exclusivités «PlayStation» (PS4 et PS5) parvient plus facilement à suggérer qu’elle héberge des jeux qui ne peuvent être pratiqués ailleurs.

Alors, on fait quoi?

Vous conseiller de partir maintenant et dans les semaines qui suivent vers les Xbox Series X ou S est conditionné à un pari sur l’avenir. En essayant de réparer les bourdes du passé, Microsoft s’est en effet lancé dans une ambitieuse campagne d’achat de studios de développement. Son royaume est désormais très impressionnant. Mais à ce jour, il n’y a pas encore produit son effet tant la production d’un jeu vidéo à grand spectacle est chronophage. C’est pourquoi nous vous incitons à vous ruer vers le système pour autant que la pratique du jeu vidéo à la Netflix vous séduise. Sans cette motivation, il est prudent d’attendre les premiers grands titres de la nouvelle ère «Microsoft Games Studio» avant de faire le grand saut.

Et la Series S dans tout ça?

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La Xbox Series S placée la verticale.

La Xbox Series S placée la verticale.

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L’arrière de la Xbox Series S. On distingue la présence d’un SSD externe de 1 To. Une extension de stockage  actuellement hors de prix (près de 250 francs).

L’arrière de la Xbox Series S. On distingue la présence d’un SSD externe de 1 To. Une extension de stockage actuellement hors de prix (près de 250 francs).

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L’arrière de la Xbox Series S et son extension de stockage SSD. 

L’arrière de la Xbox Series S et son extension de stockage SSD.

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La PS5 lance jeudi deux modèles qui ne se différencient que par la présence ou l’absence d’un lecteur de disque ultra haute définition (UHD), avec 100 francs de différences à la clé (499 francs pour la version avec, 399 pour la version sans). Microsoft a adopté une démarche différente. La Xbox Series S, en plus de ne pas avoir de lecteur de disque, est clairement moins puissante que la Xbox Series X et voit la capacité de son SSD réduite de moitié. La différence de prix n’en est que plus grande (299 francs pour la S contre 499 pour la X). Cependant, affirme Microsoft, ce redimensionnement n’est supposé affecter que la résolution de l’image et pas les autres nouvelles fonctionnalités graphiques.

Autrement dit, la Series S est faite pour faire tourner tous les jeux d’hier et de demain sur un écran HD standard (1080 pixels par ligne, voire les 1440 de certains moniteurs PC). Cette promesse nous avons pu la vérifier en comparant la Series S sur une télé HD et la Series X un écran 4k et effectivement nous n’avons constaté aucune baisse de régime graphique flagrante avec tous les jeux que nous avons pu lancer jusqu’ici. Et vu la taille plus modeste de l’écran, aucune détérioration visuelle non plus n’est à déplorer.

Des inquiétudes cependant

La seule source d’inquiétudes est qu’il est possible, voire probable, que, à l’instar de Capcom pour «Devil May Cry 5», certains studios, renoncent pour des raisons économiques (ou ne parviennent pas) à optimiser correctement leurs jeux pour la S et choisissent de supprimer une fonctionnalité «next gen» (tel le ray tracing). Inquiétude renforcée par le fait qu’«Assassin’s Creed – Valhalla» a troqué son 60 images par seconde sur la Series X contre un 30 pas du meilleur effet sur la Series S.

Malgré cela, la Series S (toute compacte, toute mignonne et pas chère) reste une alternative pour tous ceux qui sont très satisfaits de leur écran actuel et ne voient pas quels bénéfices ils auraient à passer à une télé de définition supérieure.

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1 commentaire
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Sergent Hartman

19.11.2020 à 07:09

La puissance ne fait pas forcément de bon jeux, c'est l'originalité et l'immersion qui prime avant tout, et je trouve que l'avenir du jeux est bien sombre, toujours la même chose fps encore et encore.