Parapente - Yael Margelisch décroche le titre mondial: «Une sorte de Graal»
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ParapenteYael Margelisch décroche le titre mondial: «Une sorte de Graal»

La Valaisanne a décroché, la semaine passée dans le nord de l’Argentine, le titre qui manquait encore à son palmarès: à 30 ans, elle est devenue championne du monde, devant la Française Seiko Fukuoka.

par
Jean Ammann
«Dans ces championnats du monde, les conditions de vol étaient complètement différentes de ce que je rencontre dans les Alpes», dit Yael Margelisch

«Dans ces championnats du monde, les conditions de vol étaient complètement différentes de ce que je rencontre dans les Alpes», dit Yael Margelisch

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Elle détenait déjà le record du monde féminin, avec une diagonale de 552 km tracée sur la carte du Brésil. Elle est devenue la semaine passée, dans la province de Tucumán, en Argentine, championne du monde de parapente. La Valaisanne Yael Margelisch (30 ans), de Verbier, règne en monarque absolu sur la scène du parapente féminin.

Le titre mondial, qui est attribué tous les deux ans, s’est joué au terme de six manches, où il s’agit pour les pilotes de boucler le plus rapidement possible un circuit délimité par des balises. Yael Margelisch, qui avait fini deuxième en 2019, a gagné deux des six manches, pour battre la Française Seiko Fukuoka, double championne du monde. Elle revient sur ce qu’elle appelle sa conquête du Graal.

Yael Margelisch, une Suissesse avait-elle déjà été sacrée championne du monde de parapente?

Non, j’ai découvert ce matin (mercredi) que j’étais la première Suissesse à gagner le titre mondial. Pour moi, c’est un truc énorme, c’est le but ultime, une sorte de Graal.

Quelles conditions de vol avez-vous trouvées en Argentine, en bordure de la cordillère des Andes?

Je savais que les conditions seraient pour moi assez compliquées, parce qu’elles diffèrent complètement de ce que j’ai l’habitude de rencontrer dans les Alpes et même dans les autres sites de plaine, où l’aérologie est plus généreuse. Là, en Argentine, l’humidité était forte et cela donnait des thermiques assez mous. La surprise, ça a été de constater que nous ne volions vraiment pas vite: dans une compétition normale, les manches sont bouclées à une vitesse moyenne qui est comprise entre 33 et 40 km/h. Là-bas, nous étions à 20 km/h. Nous avions vraiment l’impression de ne pas avancer. Dans ce contexte, c’était important de garder son calme tous les jours, d’enrouler les ascendances jusqu’au bout. C’était un combat de tous les instants, mais je crois que j’étais bien dans ma tête.

Le vent était si faible que ça…

Ce n’est pas une question de vent, c’est la puissance des thermiques. Nous montions à un mètre par seconde quand ailleurs, nous pouvons monter à quatre mètres par seconde. Voilà pourquoi nous avons volé si lentement. Ces conditions faibles m’ont obligée à adapter une stratégie de course assez prudente: je ne devais pas trop m’exposer, je ne pouvais pas me permettre de partir devant, de ne trouver aucune ascendance et de me retrouver posée… J’aurais perdu toute chance de gagner le championnat. Ma tactique, c’était d’avoir toujours quelqu’un sous mes pieds. J’attendais que les autres partent et je les coiffais quand elles touchaient le prochain thermique. C’était une manière de voler très opportuniste, qu’il a fallu répéter tous les jours.

Vous avez dû marquer Seiko Fukuoka, qui était votre rivale la plus dangereuse…

À la fin de la compétition, j’étais obligée de le faire. C’est elle qui pouvait me battre et il fallait que je sache où elle se trouvait dans la course, que je ne perde pas trop de temps sur elle ou que je ne prenne pas trop de risques inutiles. En général, j’essaie plutôt de me focaliser sur ma propre manière de voler, sur le plaisir que je ressens en l’air. Quand on se concentre sur la concurrence, on a tendance à toujours se rabaisser: pourquoi est-ce que je monte moins bien qu’elle? Pourquoi est-ce que je vais moins vite? Mon coach mental m’a appris à ne pas me concentrer sur les concurrentes.

Depuis quand travaillez-vous avec un coach mental?

Depuis cinq ans, et grâce à lui, j’ai énormément progressé. C’est un sport où la différence ne se fait pas tellement sur le plan technique, mais sur le plan mental. En travaillant le mental, j’ai appris à me faire confiance, à assumer mes décisions… Cela m’a aidée.

Dans une interview à la télévision Canal 9, vous dites que vous êtes tombée de cheval et que vous êtes remontée en selle. Que voulez-vous dire par là?

Ma vie de parapentiste n’a pas été un long fleuve tranquille, j’ai eu des accidents, ce qui est inévitable dans un sport comme celui-ci. J’ai vécu deux ou trois épisodes qui m’ont marquée et qui ne sont pas toujours faciles à surmonter. En 2018, je me suis fait aspirer par un nuage et j’ai dû tirer le parachute de secours. Maintenant encore, c’est plus fort que moi, dès que je suis avalée par un nuage, j’ai une peur panique! Cette peur me saisit à l’instant où je ne vois plus le sol… Je n’arrive pas à m’en débarrasser. Voilà pourquoi je dis que j’ai dû remonter sur le cheval. Une autre fois, ma voile s’est fermée et j’ai dû faire secours. Ce ne sont pas des blessures physiques, mais psychiques.

À la fin du mois de juin, vous avez fini la Red Bull X-Alps à la 18e place, après douze jours de marche et de vol. Dans quel état étiez-vous?

Il y a très peu de femmes qui ont participé à la X-Alps et je suis celle qui est allée le plus loin dans la compétition. Je suis contente de l’avoir terminée sans m’être blessée, sans m’être fait peur; je suis contente d’avoir trouvé du plaisir sous mon parapente, dans cette nature… La course a été dure, physiquement et mentalement. Elle a été dure aussi par les conditions de vol qu’elle nous a imposées, mais j’ai appris tellement de choses sur moi-même! Sur la X-Alps, j’ai marché 530 km et cet automne, je suis retournée au Brésil, pour tenter des vols records et j’ai réussi un vol de 530 km. Je me suis dit que c’était au kilomètre près ce que j’avais marché à la X-Alps: j’avais parcouru toute cette ligne droite en douze jours, à quoi il faut ajouter les 30’000 m de montée… Au cours des deux semaines qui ont suivi la X-Alps, je mangeais énormément et je ne faisais que dormir. L’organisme avait besoin de reprendre des forces.

Quand on est la meilleure du monde, quel objectif peut-on bien s’inventer?

Il y a des domaines où je peux progresser. J’aimerais retourner à la X-Alps, j’aimerais gagner la finale de la Coupe du monde, un titre qui me manque. J’ai une marge de progression, puisque des mecs volent mieux que moi. Pourquoi est-ce qu’une femme serait censée voler moins bien qu’un homme? Avec le matériel qui est le nôtre, une femme pourrait très bien accrocher un top 10 au classement général.

Les femmes ne sont-elles pas désavantagées par la taille des parapentes? Une petite voile vole moins bien qu’une grande voile…

Oui, mais la taille des voiles est fonction du poids. Moi, je pèse 63 kilos et je vole à 100 kilos. Donc, en plus du matériel de vol, j’emmène trente kilos d’eau et de plomb. Le règlement a changé et nous ne sommes plus limitées en lest. Ce qui veut dire qu’il faut avoir de bonnes chevilles pour encaisser le choc de l’atterrissage.

«Ma vie de parapentiste n’a pas été un long fleuve tranquille, j’ai eu des accidents»

Yael Margelisch, championne du monde
Yael Margelisch: vice-championne du monde voici deux ans, championne du monde cette année dans le nord de l’Argentine.

Yael Margelisch: vice-championne du monde voici deux ans, championne du monde cette année dans le nord de l’Argentine.

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