Triathlon - Yannick Tachet est allé au bout de lui-même
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TriathlonYannick Tachet est allé au bout de lui-même

Le Nyonnais, atteint d’amyotrophie spinale depuis l’âge de 12 ans, a bouclé un semi-Ironman après 20 heures d’un effort intense. Celui qui est aussi entraîneur du FC Gland a pu compter sur le soutien de nombreux proches.

par
Christian Maillard
(Nyon)
Yannick Tachet est arrivé à Nyon avec le sentiment du devoir accompli, beaucoup d’émotions et de fierté.

Yannick Tachet est arrivé à Nyon avec le sentiment du devoir accompli, beaucoup d’émotions et de fierté.

PIERRE MAILLARD

Il l’a fait! Respect. C’est accompagné de sa famille, son père Michel, sa mère Valérie, son frère Jimmy, son cousin Johan, de tous ses proches, ses nombreux amis, des anciens juniors et de tous ses joueurs du FC Gland, qu’il a rejoint la ligne d’arrivée à Nyon, avec un large sourire, le sentiment du devoir accompli et forcément une immense fierté. Yannick Tachet, qui est allé au bout de lui-même, a vaincu «un truc de malade»: un semi-Ironman, c’était son défi; c’était aussi celui de son association Sport4Hope, alors qu’il est atteint damyotrophie spinale depuis l’âge de 12 ans.

C’est dimanche à 11 heures que son pensum a commencé par 1,9 km de natation du côté d’Évian avant d’enchaîner avec 90 km à vélo (en tandem) jusqu’à Dully (VD) et 21,1 km de marche, dans la nuit, pour arriver ce lundi à 12 heures à Rive, au bord du lac. Ce Nyonnais, qui fête ses 29 ans ce lundi, a été accueilli dans la joie par une bonne partie de la ville en admiration devant ce jeune homme qui, sans cette immense volonté, serait en chaise roulante depuis longtemps.

Que du bonheur pour ce Nyonnais, qui a eu droit à un accueil à la hauteur de son exploit.

Que du bonheur pour ce Nyonnais, qui a eu droit à un accueil à la hauteur de son exploit.

PIERRE MAILLARD

Yannick, on a entendu dans la foule quelqu’un qui a dit que votre handicap, ce n’est pas votre maladie mais votre caractère. Vous êtes d’accord?

Oui, c’est juste. Je pense qu’aujourd’hui ce qui fait ma force, c’est ma maladie. J’ai dû beaucoup apprendre de ma maladie et je pense que je naurais jamais été capable de faire tout ce que j’ai fait sans ce caractère, c’est certain. Il y a eu des passages difficiles, bien sûr, j’ai dû m’adapter, j’ai dû l’accepter, mais maintenant ça donne la personne que je suis devenue.

«Ce qui fait ma force, c’est ma maladie. Il y a eu des passages difficiles, bien sûr, j’ai dû m’adapter, j’ai dû l’accepter, mais maintenant ça donne la personne que je suis devenue.»

Yannick Tachet, atteint d’amyotrophie spinale depuis l’âge de 12 ans

Après une vingtaine d’heures d’effort intense, comment vous sentez-vous maintenant?

C’est un mélange d’émotions, car je suis très touché de tout le monde venu ici pour moi. J’ai été ému par tous ceux qui m’ont soutenu ou accompagné. J’étais épuisé mais quand j’ai vu ce matin tous mes juniors que j’ai entraînés, ça m’a redonné un coup de fouet. Je ne pensais pas qu’il y aurait une telle foule pour m’accueillir. Il y avait déjà beaucoup de monde dimanche soir, quand je suis arrivé avec le tandem à Dully. Ça m’a vraiment redonné énormément d’énergie pour poursuivre après que je me suis un peu reposé pour récupérer.

Yannick Tachet: «Dans l’eau, tout s’est bien passé. J’ai été très bien préparé par Flavie Capozzi.»

Yannick Tachet: «Dans l’eau, tout s’est bien passé. J’ai été très bien préparé par Flavie Capozzi.»

PIERRE MAILLARD

Lors de ce périple, ce «truc de malade» comme vous l’aviez appelé, quel a été le moment le plus compliqué? Dans l’eau, sur votre tandem ou la nuit lorsque vous marchiez?

Dans l’eau, tout s’est très bien passé. J’ai été très bien préparé par Flavie Capozzi, ma coach. C’était top. J’ai cru toutefois que je n’y arriverais pas une fois sur le vélo car j’avais une blessure à l’épaule qui m’empêchait de tenir le guidon comme lors des entraînements. Il y avait des risques de tomber. En plus, sur les routes françaises, c’était dangereux. On a trouvé des solutions, mais il est vrai que c’est juste le moment où je me suis dit que ce ne serait pas possible. Sinon, cette nuit sans dormir et avec le froid, c’était également un peu difficile, mais c’est aussi ce que je recherchais dans ce défi, pour retrouver le bonheur de l’arrivée. Il fallait passer par ces instants délicats pour savourer pleinement.

À quoi pense-t-on durant ces moments où il y a de la souffrance et de la fatigue?

Disons que j’ai eu de la chance. De pouvoir compter sur le soutien de beaucoup de personnes qui m’ont accompagné. Ce sont des gens extraordinaires, comme les deux personnalités de La Côte que sont Flavie Capozzi et Yves Oberson. Vraiment extraordinaires. Moi qui appréhendais surtout l’arrivée avec tout ce monde, ils m’ont bien briefé avant. Il y avait toujours quelqu’un à côté de moi, tout le long. Grâce à toutes ces personnes qui étaient là pour m’encourager et me motiver, je n’ai jamais eu un moment de doute.

«Il y avait toujours quelqu’un à côté de moi, tout le long. Grâce à toutes ces personnes qui étaient là pour m’encourager et me motiver, je n’ai jamais eu un moment de doute.»

Yannick Tachet

Il n’y a donc pas eu un moment où vous avez pensé jeter l’éponge?

Abandonner, c’était impossible pour moi. Je l’avais dit avant le départ, d’ailleurs. Avec tout le comité qui a organisé ce défi, ces dizaines de personnes derrière et notre association avec ses 50 bénévoles, vis-à-vis de toutes ces personnes qui s’étaient engagées, il était impossible pour moi d’arrêter.

Après la natation et l’épreuve de vélo avec Flavie Capozzi, Yannick Tachet a eu le soutien de nombreux amis à son arrivée à Dully, juste avant de rejoindre, dans la nuit, Nyon à la marche.

Après la natation et l’épreuve de vélo avec Flavie Capozzi, Yannick Tachet a eu le soutien de nombreux amis à son arrivée à Dully, juste avant de rejoindre, dans la nuit, Nyon à la marche.

PIERRE MAILLARD

Quand vous dites «notre association», c’est vous qui l’avez créée, c’est juste?

Oui, mais ça reste notre association, pas la mienne. Sport4Hope c’est vivre le sport par l’espoir. Là, c’est le premier événement qu’on a créé pour récolter des fondsl’on reversera une partie au Téléthon. Toute cette opération, c’est aussi pour pouvoir aider d’autres enfants malades qui veulent pratiquer du sport ou pour soutenir d’autres événements. Nous avons notamment avec nous la mère d’un junior qui a eu le cancer et qui peut continuer à faire du sport. Ce sont ces valeurs que nous voulons véhiculer avec cette association. C’est quelque chose de très important pour moi. Alors, oui, aujourd’hui c’était moi, mais je ne suis pas tout seul, ce n’était pas mon événement, c’est celui de Sport4Hope qu’on veut mettre en avant. On compte bien créer d’autres actions.

En deux mots, pouvez-vous nous expliquer quelle est votre maladie?

J’ai une maladie génétique qui s’appelle l’amyotrophie spinale de type 3. Je suis né avec elle, mais jusqu’à l’âge de 10 ans j’ai pu faire plusieurs activités sportives, dont le foot, le tennis, le ski à un certain niveau. C’est vers l’âge de 11-12 ans que ça a commencé à se dégrader. Cette maladie atteint les nerfs, qui empêchent de faire passer le message aux muscles. Ça signifie que je ne peux pas me muscler. C’est une maladie dégénérative. Je perds de la force chaque année, tous les six mois.

Existe-t-il un traitement?

On a trouvé un médicament pour stabiliser la maladie, surtout chez les enfants. Pour les adultes, ça ralentit la croissance. Pour nous, ça va un peu moins vite, mais c’est déjà un magnifique message d’espoir. C’est aussi ça l’idée de notre association. De dire que, moi, j’ai eu de la chance par rapport à ces maladies génétiques rares où parfois il y a peu de recherche et peu de moyens. Je pense que tous les enfants malades du monde, et leurs parents, méritent d’avoir l’espoir d’une recherche. Comme ça coûte très, très cher, les associations pour le Téléthon servent à récolter de l’argent pour toutes ces maladies rares.

Pendant votre semi-Ironman, votre équipe, le FC Gland (2e ligue) s’est imposé 4-1 sans vous et pour vous à Morges?

Non, car on avait déplacé le match à samedi pour que je sois présent. Je vais vous dire: on a gagné et ça m’a donné beaucoup d’énergie. Vous savez, je vis toujours le match à fond, et si nous avions perdu jaurais certainement mal dormi avant mon défi. Je remercie les joueurs d’avoir gagné, car j’avais besoin de cette victoire. Ils ont vraiment été extraordinaires. Ils étaient même tous là dimanche soir à l’arrivée à Dully, y compris le staff. Ils ont tous marché avec moi, avec nous, pour certains jusqu’à 4 heures du matin alors que d’autres ont aidé les bénévoles à l’arrivée. Le FC Gland est aussi une grande famille qui a contribué à ce succès. Je remercie tout le club.

«Je remercie mes joueurs d’avoir gagné samedi, car j’avais besoin de cette victoire. Ils ont vraiment été extraordinaires. Ils étaient même tous là dimanche soir à l’arrivée à Dully, y compris le staff du FC Gland.»

Yannick Tachet, qui est aussi entraîneur du FC Gland (2<sup>e</sup> ligue)

Est-il vrai que vous avez remis à l’ordre votre frère, Jimmy, parce qu’il était en costume de bain sur un paddle pour vous encourager durant l’épreuve de natation?

Il a été très gentil de m’accompagner, mais il faisait froid et il pleuvait, et comme j’ai deux autres défenseurs centraux blessés, j’aurai besoin de lui sur le terrain la semaine prochaine. De le voir sur le lac torse nu m’a un peu contrarié; que voulez-vous, un entraîneur pense toujours au prochain match!

Vous parlez de votre prochain match. Et le prochain défi?

Avec l’association, on veut créer d’autres projets avec d’autres personnes malades ou valides pour récolter des fonds. Moi aussi j’ai envie de recommencer.

Pensez-vous à un Ironman?

C’était mon projet de base. Là, on a commencé par le semi; on verra bien l’année prochaine. Oui, pourquoi pas…

Flavie Capozzi: «Tout Nyon est fier de lui, moi aussi»

Flavie Capozzi (à gauche) a accompagné le héros du jour. Yves Oberson (à droite) aussi était de la partie.

Flavie Capozzi (à gauche) a accompagné le héros du jour. Yves Oberson (à droite) aussi était de la partie.

PIERRE MAILLARD

Comme l’alpiniste dans son ascension de l’Everest, elle avait eu, au moment de se lancer, la boule au ventre, mais comme Yannick Tachet, il n’était plus possible de reculer. Flavie Capozzi avait réussi, elle aussi, il y a deux ans, un truc de fou. Celui de traverser le Léman, dans sa longueur, du Bouveret à Genève, soit une distance de 72,8 km. La nageuse de 23 ans avait réussi son pari après un effort de 31 h 19.

Autant dire que la Glandoise n’a pas hésité à aider Yannick dans son aventure. «À la base, je devais juste gérer la partie natation, mais je lui ai ensuite proposé de l’accompagner après pour l’épreuve de vélo, et pour finir la marche, sourit cette sportive hors pair. Je trouvais sympa de le soutenir jusqu’au bout.»

Flavie Capozzi, qui avait déjà réussi un exploit extraordinaire, a de l’admiration pour son camarade nyonnais qu’elle a préparé pour cet événement. «Il a bossé dur pour y arriver et il le mérite pleinement. Avec moi et tout son comité, ça n’a pas toujours été facile, mais il a tenu le coup et, franchement, il a réussi une supercourse. Tout Nyon est fier de lui. Moi aussi.»

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