Football - Yves Débonnaire, les souvenirs du «vieux combattant»
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FootballYves Débonnaire, les souvenirs du «vieux combattant»

Avec le Vevey de 1976, l’actuel entraîneur des M17 suisses avait réalisé l'exploit en Coupe contre Servette. Entre autres souvenirs, il l'évoque à quelques heures d'un nouveau Vevey-Servette.

par
Florian Vaney
Yves Débonnaire (à droite) aux côtés de Dominique Blanc, le président de l’Association suisse de football.

Yves Débonnaire (à droite) aux côtés de Dominique Blanc, le président de l’Association suisse de football.

24 Heures/Christian Brun

Yves Débonnaire n'a pas envie d'appeler ça de la nostalgie, même si ça y ressemble un peu. Il faut dire qu'en 40 ans, le football a beaucoup créé, beaucoup détruit aussi. Mais les souvenirs du Veveysan sont intacts. C'est bien là l'essentiel. Sans aigreur aucune, il se questionne. Aurait-il pu tracer sa route à Vevey tel qu'il l'a fait dans les années 70 s'il avait été footballeur aujourd'hui? Probablement pas. Son parcours l’aurait alors sans doute mené au Team Vaud avant, peut-être, de revenir sur la Riviera. «À l'époque, on montait la pyramide à Vevey et, un beau jour, l'entraîneur de la «une» décidait «faites venir le petit jeune». Et c'était parti.»

Un autre temps, qui lui a permis de passer onze ans de sa carrière au Vevey-Sports. Celui du job à côté des matches (il était enseignant), celui des supporters amassés par milliers autour du terrain. Il l'aimait bien, Yves Débonnaire, sans jamais dire qu'il le regrette. Tout comme il aimait bien son coach, Paul Garbani. «Je l'ai très souvent entendu nous dire: c'était moyen, mais on est dans le chapeau, après nos victoires en Coupe de Suisse. Parce qu'au fond, on n'a jamais vraiment été une équipe de Coupe.»

25 septembre 1976, le genre de jour qui reste

L'entraîneur des M17 de l'équipe nationale suisse ne dit pas ça pour porter la poisse aux Veveysans, qui disputent ce mercredi soir leur huitième de finale contre Servette. Simplement, la situation du club jaune et bleu a toujours rendu ses exploits soit rares, soit sans lendemain. «Dans les années 70 et 80, on pensait avant tout à nos actions en championnat. Il y a eu ces six saisons de LNA, où la lutte pour le maintien nous demandait beaucoup d’énergie.» Puis plus tard et depuis, les années loin des meilleures équipes du pays, passées entre la 2e et la 1re ligues.

«Paul Garbani avait ce côté marseillais qui l’avait fait dire que 10’000 personnes s’étaient déjà réunies au stade de Vevey pour un même match. C’est faux!»

Yves Débonnaire

Toujours à bonne distance du trophée, mais habitué à réussir des «coups» çà et là quand même. Comme ce jour de septembre 1976, qui fait forcément écho aux événements actuels: un Vevey-Servette à élimination directe. D'un côté, le grand favori grenat. De l'autre, l'outsider de la Riviera. «C'est le genre de rencontre qui reste. Genève était emmené par Martin Chivers, l'attaquant de la sélection anglaise. Pardon du peu! Nous, on avait tragiquement perdu un coéquipier sur blessure, qui n'a plus jamais pu jouer au foot ensuite. Et à la fin, il y avait cette victoire. 3-2.» Qui n'a pas empêché les Veveysans de sortir au tour suivant contre Zurich. «La Coupe et nous, je vous ai dis...»

Une fois dans la tribune, plus moyen d’aller chercher une bière

Ce jour-là, comme si souvent en ce temps-là, le stade de Copet était plein à exploser. «Garbani avait ce côté marseillais qui lui avait fait dire que 10'000 personnes s'étaient déjà réunies au stade pour un même match. C'est faux, se marre Débonnaire. Le maximum, ça a dû être 7'000. Mais l'enceinte était agencée d'une façon à ce qu'on se sente entouré, presque étouffé par la foule. Il n'y a jamais eu d'accident. Mais une fois dans la tribune, tu ne bougeais plus, t'étais coincé. Pas moyen d'en sortir à la mi-temps pour une bière.»

Si le Vevey de cette époque ne ressemble qu'à un très lointain cousin de l'actuel, sa ferveur populaire a plutôt bien résisté à l'épreuve du temps. Ils sont par exemple plus de 500 à avoir consenti à un don pour obtenir un billet virtuel du match de mercredi. Et lorsque les temps s'y prêtent, les supporters du VU mettent une ambiance qui n'a pas d'égal en 1re ligue. «Et il ne s'agit pas d'anciens, mais bien de la nouvelle génération, qui a repris le flambeau», apprécie Yves Débonnaire.

«Si au moins le terrain était bosselé…»

Lui aimerait d'ailleurs passer plus de temps au stade pour les entendre, «mais les matches tombent mal, souvent en même temps que les équipes de M18 que je vais observer». Il se rattrapera mercredi, sachant qu'il fait partie des privilégiés à pouvoir passer les portes de Copet. «Même si l'ambiance ne sera pas celle qu'on attend», songe-t-il en espérant que les gens se réhabitueront à venir au stade après tout ça.

Le Vaudois a peu de chance de trouver du réconfort dans une surprise sur le terrain, qui serait encore bien plus prodigieuse qu'à l'époque. «Il faut se rendre compte que tout joue contre Vevey. Si au moins la partie se disputait sur un champ de bosses, mais non! La pelouse en Copet est parfait, glisse-t-il dans un immense sourire. En temps normal, la mission se serait déjà voulue périlleuse. Mais dans ces conditions (ndlr: Vevey United n'a plus joué un match officiel depuis octobre, la 1re ligue est à l’arrêt), ça paraît encore plus inconcevable.»

Sur la pelouse, il y aura pourtant bien onze joueurs prêts à tout donner pour faire mentir la hiérarchie. Et dans la tribune, un «vieux combattant» qui ne refuserait pas d'avoir quelques années de moins pour les pousser dans la même direction.

«Au fond, on n’a jamais vraiment été une équipe de Coupe»

Yves Débonnaire

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