23.09.2015 à 10:20

HabillementZalando gonfle le commerce de chaussures en Suisse

L'an dernier, le portail d'achat en ligne de Zalando a vendu pour un montant de 95 millions de francs de chaussures.

ARCHIVES, Keystone

L'industrie suisse de la chaussure est en plein boom, si l'on se fie aux statistiques d'exportations, qui ont plus que doublé en l'espace de 10 ans, à 324 millions de francs.

Ces chiffres sont pourtant trompeurs et reflètent davantage le succès du site de vente de prêt-à-porter allemand Zalando qu'une hausse de la production locale.

L'industrie suisse de la chaussure était autrefois florissante: il y a une centaine d'années, 8463 personnes travaillaient dans les usines locales. Mais la concurrence étrangère, meilleur marché, a progressivement sonné le glas de nombreux fabriquant helvétiques. Aujourd'hui, 586 personnes sont encore employées dans le secteur, selon des chiffres de l'Office fédéral de la statistique (OFS).

De prime abord, il semble pourtant que l'industrie suisse de la chaussure connaisse une renaissance depuis une dizaine d'années, du moins sur le plan des ventes à l'étranger. En 2004, la Suisse exportait des chaussures à hauteur de 159 millions de francs. Depuis, ce chiffre a plus que doublé.

Production de niche

Il existe en effet en Suisse quelques producteurs de niche, qui connaissent le succès à l'étranger. La marque de tradition Künzli, basée à Windisch (AG), et notamment connue pour ses chaussures orthopédiques, en est un bon exemple.

Toutefois, le succès de quelques acteurs de niche ne saurait expliquer la hausse globale des exportations, qui même à la suite du choc du franc fort, ont poursuivi leur progression. De janvier à juillet, les ventes à l'étranger ont progressé de 37,5% par rapport à la même période de l'année précédente.

Chez Fretz Men, le plus important fabricant suisse actuel, l'on peine à comprendre le phénomène. Au contraire, la compétitivité de la Suisse a sensiblement été affaiblie, estime le directeur Daniel Omlin.

Les consommateurs comme exportateurs

Un coup d’œil à la composition des exportations permet toutefois de constater qu'exportations en hausse et compétitivité affaiblie ne sont pas nécessairement contradictoires. En effet, une part prépondérante des chaussures exportées ne provient pas de producteurs suisses: il s'agit de retours, soit des articles qui ont été commandés, puis renvoyés à l'expéditeur.

Pour des raisons d'efficacité, l'administration des douanes considère ces renvois comme des exportations, explique Matthias Pfammatter, expert à l'Administration fédérale des douanes (AFD). Lorsque des marchandises sont livrées en Suisse, il n'est en effet pas encore clair si elles seront par la suite réexpédiées.

Les retours ne représentent toutefois qu'une petite partie de l'ensemble du trafic de marchandises. Les denrées alimentaires ou les machines sont par exemple peu réexpédiées. La situation est différente pour les vêtements ou les chaussures, puisque ceux-ci peuvent ne pas convenir, ou ne pas plaire au client.

Un «effet Zalando»

Depuis le lancement du portail d'achat en ligne Zalando fin 2011, les retours - et donc les exportations - ont grimpé. Entre 2010 et 2012, les ventes de chaussures à l'étranger ont augmenté de 78 millions de francs. En retirant les retours, ce chiffre fond de plus de moitié.

L'an dernier, il a été importé, puis réexpédié, un montant de 95 millions de francs de chaussures, ce qui équivaut à plus de 30% des exportations pour ce produit. En 2010, la part des retours n'atteignait que 17,3%.

La vente par correspondance depuis l'étranger existait, certes, avant l'arrivée de Zalando sur le marché, mais le site de vente de prêt-à-porter allemand s'est démarqué en promettant des retours gratuits. Selon des informations du portail lui-même, environ la moitié des chaussures vendues sur le portail en ligne sont renvoyées.

La croissance des exportations suisses est donc moins le signe d'une croissance de l'industrie indigène de la chaussure que le marqueur du gigantesque succès de Zalando. Plus le chiffre d'affaires du site allemand s'accroît, plus les retours augmentent - et par ricochet, les exportations également.

Le même «effet Zalando» est perceptible pour les vêtements. Après des taux de recul des exportations à deux chiffres les années précédentes, le déficit s'est nettement affaibli entre 2010 et 2011. Mais ici aussi, les chiffres sont artificiellement gonflés, puisque 37% des exportations sont à mettre sur le compte des retours.

(ats)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!