Commentaire - Zemmour, les grosses ficelles
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CommentaireZemmour, les grosses ficelles

Le nez rivé sur son discours, derrière un micro de la France du Général, sur fond de la septième de Beethoven: le candidat explose tous les compteurs.

par
Jean-Charles Canet
La mise en scène outrageusement fardée d’Éric Zemmour. 

La mise en scène outrageusement fardée d’Éric Zemmour.

AFP

Pas de prompteur, pas de micro-cravate mais un micro qui ressemble à celui employé par Charles de Gaulle lors de l’appel du 18 juin, les yeux rivés sur un discours papier lu avec une solennité de circonstance avec quelques furtifs regards caméra et, surtout, en musique de fond, la septième de Beethoven, un extrait d’une sidérante beauté mais surutilisé dans le seul but d’amplifier l’émotion.

On sait que les annonces de candidatures à la présidentielle française tentent toujours de se parer d’une certaine pompe, mais là, le grand saut d’Éric Zemmour explose tous les compteurs. On reconnaîtra que la forme s’accorde parfaitement avec le fond. En trois coups de cuillère à pot, le candidat exprime clairement sur quel terrain, ou plutôt sur quel terroir il se situe: la France éternelle, celle du Général, blanche, immaculée, respectueuse des traditions. La France du camembert, du petit vin blanc qu’on boit sous les tonnelles et des églises au milieu du village. Et à Joinvill' le Pont, pon! pon!, tous deux nous irons, ron! ron! Mais c’est si gros que cela en devient grossier, voire indécent.

Zemmour n’en a cure. Cette mise en scène, il l’a voulue. Il en assume toute la responsabilité. À cette nostalgie améliepoulinesque, il ajoute des relents xénophobes alors qu’il se défend de tout racisme. Il n’y a pas de second degré humoristique dans cette ridicule mise en scène. On n’est pas dans OSS 117. Mais les pauvres Henri Verneuil et Jean-Paul Belmondo y sont pris en otage. Ils ne peuvent pas répondre. Ils sont morts.

Ceux qui n’adhèrent pas au programme du candidat en rient déjà. Pour notre part, on a d’abord souri. Mais d’un sourire nerveux. Inquiet de voir de vieux démons outrageusement maquillés ressurgir. Ici, à nos portes.

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