Commentaire - Zermatt, des arguments un peu trop béton
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CommentaireZermatt, des arguments un peu trop béton

L’utilisation de blocs de béton, pour empêcher l’accès à un restaurant en délicatesse avec le certificat Covid-19, laisse songeur sur la psychologie des forces de l’ordre valaisanne.

par
Eric Felley
Installé samedi dernier à Zermatt, les blocs de béton sont devenus une sorte d’autel avec fleurs et bougies pour les sympathisants des hôteliers du Walliserkanne.

Installé samedi dernier à Zermatt, les blocs de béton sont devenus une sorte d’autel avec fleurs et bougies pour les sympathisants des hôteliers du Walliserkanne.

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Les Zermattois sont connus pour avoir la tête dure, à l’image du caillou mythique qui surplombe leur station mondialement connue. Fallait-il pour autant avoir recours à des blocs de béton pour bloquer l’entrée d’un restaurant qui ne voulait pas se plier aux règles du certificat Covid-19? Les milieux opposés à la loi Covid-19 ont dénoncé un geste disproportionné, relevant de «l’état de dictature» dans lequel on serait tombé. Sur ce point on ne peut pas leur donner totalement tort.

Le recours à ces Lego de béton faisait penser davantage à une opération militaire contre des narcotrafiquants en Colombie, plutôt qu’au règlement d’un problème de police du commerce en Valais. «Nous avons dû faire quelque chose pour bloquer l’entrée», se justifie le conseiller d’État Frédéric Favre en charge de la police. Mais ces blocs se sont révélés inefficaces, puisque les clients pouvaient toujours entrer dans le restaurant Walliserkanne. De plus, ils ont été transformés par les opposants à la loi Covid-19 en un autel funèbre à la mémoire de la liberté et de l’État de droit.

Le certificat ne doit pas devenir pérenne

Finalement, il a fallu mettre en prison les tenanciers pour que cessent leurs provocations. À trois semaines de la votation sur la loi Covid-19, cet épisode zermattois démontre que l’utilisation du certificat Covid-19 n’est pas la panacée et qu’elle ne devrait pas se poursuivre au-delà du strict nécessaire. C’est un engagement formel et non pas conditionnel que devraient prendre les autorités fédérales à ce sujet. S’il est encore utile quelque temps, il ne doit pas devenir pérenne.

Même si la loi passe – ce qui donnerait au certificat la légitimité populaire pour son utilisation - les dérapages qu’il engendre, comme à Zermatt, ne disparaîtront pas. On verra dans les urnes, si les opposants sont une minorité d’agitateurs ou de provocateurs, ou si la division de la population est plus profonde. Les blocs de béton de la police valaisanne ont également la signification d’un mur que l’on construit entre les gens. C’est une réponse qui n’est pas seulement disproportionnée mais inappropriée.

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