Lundi 17 juin 2019 | Dernière mise à jour 14:31

Insolite À 20'000 lieues sous les terres suisses

Un livre dévoile les secrets des sous-sols helvétiques. Une véritable richesse pour notre pays.

Un bunker à 80 millions de francs pour abriter le Conseil fédéral

Situé à Amsteg, dans le canton d’Uri, le bunker du Conseil fédéral a été construit durant la Seconde Guerre mondiale. D’une surface de plus de 3000 m2, il a coûté près de 80 millions de francs et compte 54 lits.

Si les conseillers fédéraux pouvaient bénéficier de chambres individuelles munies d’un lavabo, le personnel d’accompagnement était, lui, logé dans des dortoirs à quatre lits. Surnommée «Werk 1102», la structure n’a jamais été utilisée en cas de crise.

Au début des années 2000, elle a été vendue à une entreprise privée, qui s’en sert désormais pour stocker des objets, de l’or, des diamants et des œuvres d’art. Le bunker ne peut pas être visité.

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Jost Auf der Maur,«Die Schweiz unter Tag», Echtzeit (Image: DR/LMS)

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Plus de 3780 kilomètres de tunnels et autres constructions percent le sous-sol de notre pays. Soit la distance séparant Zurich de… Téhéran en Iran! Voilà vingt ans que le journaliste suisse alémanique Jost Auf der Maur se passionne pour ce monde enfoui. «La diversité de ces structures et leur volume incroyable me fascinent.

Aujourd’hui, la Suisse ne fonctionnerait plus sans», explique celui qui a publié, au printemps dernier, un livre sur le sujet. «Die Schweiz unter Tag» (La Suisse souterraine) nous emmène à la découverte des lieux cachés sous nos pieds: un abri pouvant accueillir 20 000 personnes à Lucerne, un tunnel ferroviaire jamais utilisé au Tessin, une forteresse enfouie dans le canton de Saint-Gall ou encore le bunker du Conseil fédéral (lire ci-contre). Au total, il existe 360 000 abris privés et 2300 installations plus vastes, selon son décompte. «La plupart de ces structures ont été construites durant les 150 dernières années. Et on continue», souligne l’auteur.

Un coût humain et financier

Une manière pour la Suisse de compenser sa petite taille. «On agrandit notre territoire en creusant en direction du centre de la Terre», continue-t-il. À ses yeux, cette frénésie des profondeurs est liée à notre mentalité. «Nous aimons rentabiliser tous les espaces. Et nous avons une grande confiance dans nos souterrains. Sans doute parce que c’est un lieu un peu secret qui ne permet pas à n’importe qui d’entrer», détaille-t-il. Mais toutes ces galeries ont un coût. Financier, bien sûr, mais également humain. «Il n’existe pas une statistique officielle, mais je pense qu’au total on doit compter 10 000 morts et plus de 50 000 blessés graves. La Suisse a une dette de reconnaissance envers ces victimes», assure Jost Auf der Maur. Il regrette d’ailleurs que les sous-sols restent encore un chapitre négligé de notre histoire.

Directeur du Laboratoire d’architecture souterraine de l’EPFL, Dominique Perrault abonde. «Il est vrai que c’est un domaine qui reste encore méconnu, mais ce n’est pas spécifique à la Suisse. Dans l’histoire de l’humanité, le sous-sol a toujours été un lieu de rejet. L’endroit où l’on met les morts et les égouts», analyse-t-il. Pour autant, l’architecte souligne la richesse que représente ce monde enfoui. «En creusant, nous créons de la surface supplémentaire. C’est également une façon de protéger le paysage et de donner de la densité à nos villes sans faire apparaître de nouvelles constructions visuellement», indique-t-il.

C’est pour cette raison que l’auteur du livre «Groundscapes» (Paysages souterrains) est persuadé que la Suisse va continuer à percer son sol. «Nous allons creuser de plus en plus, mais surtout nous allons creuser mieux. La grande différence, c’est que nous allons mettre en relation le sous-sol avec la vie du dessus», assure-t-il. Dominique Perrault regrette notamment que les galeries actuelles aient été bâties sans synergie entre elles. «Par exemple, si vous reliez les stations de métro au pied des immeubles, vous créez un réseau racinaire qui est gagnant pour tout le monde, même d’un point de vue financier», explique l’architecte. Mais, au-delà des futures constructions, il invite également à réhabiliter les structures déjà existantes. «Il faut mettre en valeur tout cet héritage souterrain.» (Le Matin)

Créé: 12.06.2017, 15h30

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