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Afrique du Sud «Il y a 30 ans, Mandela était un terroriste pour la Suisse!»

Le nouveau président de la Commission de politique extérieure, Carlo Sommaruga, fustige l’attitude de la Suisse qui loue Mandela mais refuse de faire la lumière sur ses relations troubles avec le régime de l’Apartheid.

Le nouveau président de la Commission de politique extérieure du Conseil national, Carlo Sommaruga,juge sévèrement l'attitude de la Suisse au temps de l'Apartheid.

Le nouveau président de la Commission de politique extérieure du Conseil national, Carlo Sommaruga,juge sévèrement l'attitude de la Suisse au temps de l'Apartheid.

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Carlo Sommaruga, le nouveau président de la Commission des affaires étrangères, est très touché par le décès de Nelson Mandela. Ce dernier a été un moteur de son engagement politique. Interview.

Le Matin - En quoi Nelson Mandela était-il un leader politique à part ?

Carlo Sommaruga - C’était une personne hors du commun, unique au 20e siècle. Il a réussi à mener un processus de transition inespérée. Il est parvenu à réconcilier deux communautés qui se faisaient face dans une tension énorme. Sa persévérance est extraordinaire. Cet homme a profondément marqué mon engagement politique.

Comment concrètement?

En sortant de l’Université, mon premier job a été celui de permanent du mouvement suisse anti Apartheid. Mandela était en prison.

Ce qui vous impressionne le plus chez Mandela ?

Sa capacité à dépasser les clivages politiques, à développer une vision pour pouvoir aller de l’avant. Aujourd’hui, beaucoup de conflits internationaux sont orphelins d’une personnalité comme Mandela. J’ajoute qu’il a préconisé à un moment la lutte armée mais il a préservé les personnes. Puis il a dépassé ce stade pour prôner la paix et la réconciliation.

Le parlement vient de refuser de lever le secret sur les archives fédérales détaillant les relations Suisse-Afrique du Sud au temps de l’apartheid. Votre réaction ?

C’est indéfendable. D’un côté, Didier Burkhalter salue le grand homme que fut Mandela. De l’autre côté, la Suisse refuse de faire une introspection complète de ses relations troubles avec l’apartheid. Il y a moins de 30 ans la Suisse officielle considérait Mandela comme un terroriste ! En Afrique du Sud, l’examen critique des politiques et des forfaits de l’appareil répressif a été fait. Cela a permis ensuite le pardon. En Suisse, ce travail d’analyse reste incomplet.

Les milieux économiques suisses ont-ils prolongé l’apartheid ?

Oui, il y a une responsabilité des banques et de certains secteurs économiques. Il faut rappeler aussi que les services secrets suisses ont activement collaboré avec leurs homologues sud africains. Or l’ancien chef des services secrets, Peter Reggli, qui a détruit illégalement des preuves de la collaboration Suisse-apartheid, est encore invité sur des plateaux de télévision. C’est invraisemblable quand on sait qu’il a cautionné la guerre raciale.

Vous souhaitez quoi aujourd’hui?

La transparence des archives pour éviter qu’un tel soutien ne se reproduise ailleurs. Et une réparation morale et financière collective pour celles et ceux qui ont souffert de la collaboration et de la prolongation de l’apartheid.

L'Afrique du Sud et le monde honorent la mémoire de Mandela

Créé: 06.12.2013, 11h45

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