Vendredi 14 décembre 2018 | Dernière mise à jour 08:12

Tristesse À 90 ans, Hermann prend congé de sa femme sans aucune aide

Avec Annette, il formait un couple mythique, jusqu'au décès de son épouse. L'hôpital l'a envoyé à l'état-civil, qui l'a envoyé à l'assurance, qui l'a envoyé à l'AVS...

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Annette est partie gentiment après trois semaines d'hospitalisation, en disant au revoir à son homme, Hermann Bourquin. Depuis le 28 novembre, ce retraité de 90 ans continue seul la vie menée à deux pendant 51 ans. Sans aucune aide, il tente de faire le deuil de son épouse, dans la froideur de l'administration.

«On est mal renseigné», dit pudiquement le mécanicien retraité. L'hôpital l'a envoyé à l'état-civil, qui l'a envoyé à l'assurance, qui l'a envoyé à l'AVS...

Sa volonté

Ce qu'il sait, en terminant son café, c'est que sa femme sera incinérée selon sa volonté, le mois prochain. Un délai qui lui échappe, mais dont il s'accommode. «Repose en paix», murmure-t-il. Après dissection et incinération, son épouse sera inhumée dans le Mémorial commun du cimetière de Bremgarten (BE).

Tantôt au «City», tantôt à «l'Egge», Hermann Bourquin prend le menu de midi. Au menu ce jour-là, du boeuf braisé au vin rouge et un rumpsteak de boeuf au café de Paris. avec un cordon bleu de porc comme alternative.

Langue de boeuf

Hermann Bourquin n'est pas végétarien. Sa préférence va à la langue de boeuf et au filet de perche. Le boeuf pour lui, la perche pour Annette. «Elle cuisinait bien, c'est moi qui lui ai appris...», rigole le retraité.

Le décès d'Annette a ému les amis du député Mohamed Hamadaoui, qui a annoncé cette disparition sur son profil Facebook. «Je les ai toujours vus se promener main dans la main depuis que je suis toute petite», écrit l'une.

«C'était trop beau»

Deux inséparables! C'était trop beau de les voir tous les deux! Presque jamais l'un sans l'autre«, écrit l'autre.

Devant une bière sans alcool, Hermann Bourquin raconte ce jour de 1951, lorsqu'il a photographié une demoiselle d'honneur du Vélo-Club La Pédale: »Elle est restée dans mon appareil...«, sourit-il, avec des larmes au bord des yeux.

Carnaval en deuil

»Le Carnaval en deuil!«, écrit une internaute. Ah bon? »Je fêterai mes 50 ans l'an prochain. Mes 50 ans de carnaval...«, explique Hermann. Sans Annette? »Oui, deux ans de suite, quand j'étais malade, elle a fêté carnaval sans moi«, dit le retraité.

Son histoire carnavalesque, Hermann la raconte volontiers, quand il était préposé au canon à confetti. »J'ai arrêté quand on m'a demandé de suivre un cours, alors que je n'avais jamais connu un pépin,. Sauf un tir qui a retourné une lampe sans la faire tomber...«, se souvient-il.

Deux enfants

Hermann et Annette, c'est une histoire d'amour matérialisée par deux enfants, une fille de 51 ans et un garçon de 48 ans. »J'avais 39 ans quand j'ai rencontré Annette...«, rappelle Hermann.

Comme sa femme, née à Lausanne le 17 février 1940, Hermann Bourquin donnera son corps à l'Institut d'anatomie de la Faculté de médecine de l'Université de Berne pour, dit-il, »permettre aux étudiants de se perfectionner«. La religion n'a rien à faire dans ce choix: »J'en suis sorti quand un pasteur a critiqué mes chaussettes l'une rouge, l'autre jaune«.

Dernière volonté

Le formulaire »Dernière volonté«, Hermann l'a glissé dans un classeur dont il ne se sépare jamais. Sur la page-titre, il a écrit »Woyage«. Avec cette explication: »Je n'ai jamais été fort en orthographe«.

Comme d'habitude, dans l'appartement qu'il occupe depuis 48 ans, Hermann s'endormira en regardant à la TV des histoires d'animaux ou des parties de billard. Sa barbe, il ne l'a plus coupée depuis 1953, à la naissance du »gamin«, comme il dit.

»On m'appelle «le barbu»«, confie le nonagénaire. Mais au chalet du Roc, siège de la société de gymnastique La Romande, on l'a toujours appelé Jésus. Un comble pour un athée...

(Le Matin)

Créé: 07.12.2018, 07h47

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