Mercredi 13 novembre 2019 | Dernière mise à jour 07:13

Emploi Berne incite les sociétés à recruter les seniors

Le Conseil fédéral a annoncé, mercredi, une série de mesures censées stimuler les entreprises à employer plus de personnes âgées.

Berne souhaite introduire une prestation transitoire couvrant les besoins vitaux des chômeurs de plus de 60 ans en fin de droit et satisfaisant à certains critères.
Vidéo: Keystone

Améliorations concrètes

Les syndicats se réjouissent que le Conseil fédéral ait «enfin pris des mesures concrètes pour encourager le potentiel de main-d'oeuvre indigène». Travail.Suisse et l'Union syndicale suisse (USS) y voient des améliorations concrètes pour les travailleurs et travailleuses en Suisse.

Cela fait des années que les partenaires sociaux en discutent avec le gouvernement dans le cadre de l'initiative pour lutter contre la pénurie de personnel qualifié, écrit Travail.Suisse.

Les accords bilatéraux entre la Suisse et l'Union européenne procurent à la Suisse des avantages économiques par la participation au marché intérieur. Mais ils provoquent aussi une forte concurrence sur le marché du travail par la libre circulation des personnes.

Il est dès lors déterminant d?avoir une protection effective des salaires et des conditions de travail tout comme un soutien plus fort aux travailleurs indigènes si l'on veut que la population demeure favorable à la libre circulation des personnes.

Revendiqué depuis longtemps

Un bilan de carrière gratuit, une analyse du potentiel et un conseil en orientation de carrière au milieu de la vie active sont des revendications exprimées depuis longtemps par Travail.Suisse, rappelle l'organisation.

«Le fait que l'on protège désormais les travailleurs âgés contre le risque de tomber à l'aide sociale et dans la pauvreté après avoir mené une longue carrière professionnelle s'imposait depuis longtemps», affirme le président de Travail.Suisse Adrian Wüthrich, cité dans le communiqué.

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Les entreprises devraient recourir d'abord à la main-d'oeuvre en Suisse pour couvrir leurs besoins en travailleurs qualifiés. Le Conseil fédéral a adopté mercredi une série de mesures pour les y encourager, mais aussi une rente-pont pour les chômeurs âgés.

«C'est une question d'honnêteté», a commenté devant la presse la ministre de justice et police Karin Keller-Sutter. Malgré des centaines de postulations, il est dans certains cas quasi impossible pour une personne qui arrive en fin de droit à 60 ans et demi de retrouver un emploi, a renchéri le ministre des affaires sociales Alain Berset.

Pour éviter que de tels chômeurs se retrouvent à l'aide sociale, le gouvernement souhaite introduire une prestation transitoire couvrant les besoins vitaux pour un groupe ciblé de personnes en fin de droit à plus de 60 ans. Le chômeur ne pourrait pas y accéder s'il n'a pas cotisé au minimum durant vingt ans aux assurances sociales et a dépassé les 100'000 francs de fortune.

La rente ne pourrait excéder 58'350 francs pour une personne seule (87'525 francs pour les couples). Quelque 1600 personnes y auraient eu droit l'an dernier pour un coût de 95 millions. Le Département de l'intérieur va préparer un projet à mettre en consultation avant l'été.

Pour la libre-circulation

Cette mesure n'est pas le seul moyen de sauver la libre circulation des personnes, a précisé Mme Keller-Sutter. Mais les citoyens de plus de 50 ans peu qualifiés ont voté plus que la moyenne pour l'initiative de l'UDC contre l'immigration en 2014. Il faut éviter qu'ils aient le sentiment de se faire évincer du marché du travail par l'immigration d'autant que la concurrence va s'intensifier avec l'évolution démographique.

Le Conseil fédéral s'est aussi réjoui que le résultat soit le fruit d'un compromis entre les partenaires sociaux. Ces derniers ont à nouveau serré les rangs en faveur du bien commun, une normalisation de bon augure pour le dossier européen, se sont félicités les deux ministres. Le gouvernement doit aussi finaliser d'ici l'été son message appelant au rejet de l'initiative de l'UDC contre la libre circulation.

Bilan dès 40 ans

Une partie des autres mesures annoncées doivent éviter aux personnes d'un certain âge d'être évincées du marché de l'emploi. Dès 40 ans, elles devraient pouvoir accéder gratuitement à un bilan professionnel, une évaluation de potentiel et un conseil de carrière. Après un projet pilote en 2020, les cantons devraient mettre en oeuvre la mesure entre 2021 et 2024.

Les formations et les perfectionnements devraient par ailleurs pouvoir être validés plus facilement qu'aujourd?hui. Le Conseil fédéral entend en outre lancer un programme d'impulsion, avec une offre de conseil renforcée, pour réintégrer sur le marché du travail des demandeurs d'emploi âgés difficiles à placer.

Enfin, un accès facilité à des mesures de formation ou d?emploi est prévu pour les chômeurs en fin de droit de plus 60 ans. Impossible actuellement d'en bénéficier une fois le droit aux indemnités échu. Cette mesure devrait coûter 21 millions sur la période 2020 à 2022.

Intégrer les étrangers

Le gouvernement souhaite aussi limiter le recours à l'immigration en améliorant l'intégration professionnelle des étrangers déjà sur place. Le préapprentissage d'intégration, qui a permis à 700 jeunes réfugiés et personnes admises à titre provisoire une préparation ciblée à l'apprentissage, sera ouvert aux jeunes étrangers arrivés tardivement en Suisse en dehors du domaine de l'asile.

L'offre sera prolongée de deux ans jusqu'en 2023/2024 et étendue aux métiers des soins et des technologies de l'information et de la communication. Quelque 1500 places seront proposées au lieu de 1000.

Le Conseil fédéral va enfin lancer un projet pilote de soutien financier pour les réfugiés et les requérants d'asile admis à titre provisoire qui sont difficiles à placer sur le marché de l'emploi. Le but visé est que l'employé décroche un contrat de travail de longue durée. La Confédération veut contribuer au programme à hauteur de 11,4 millions de francs sur trois ans.

Ce bouquet s'ajoute à l'obligation de réserver temporairement l'annonce de certains postes vacants aux offices de placement et aux mesures pour concilier vie professionnelle et vie privée. Une initiative pour lutter contre la pénurie de main-d'oeuvre qualifiée avait aussi été lancée sous l'égide de l'ancien ministre de l'économie Johann Schneider-Ammann. Celle-ci est restée «pour le moins assez vague», a critiqué Mme Keller-Sutter. (ats/nxp)

Créé: 15.05.2019, 17h04

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