Lundi 19 novembre 2018 | Dernière mise à jour 12:42

Genevoiserie C’est la tempête après le verre d’eau à Genève

Du Grand-Guignol au Grand Conseil genevois. Après une sérieuse engueulade ponctuée d’insultes, Eric Stauffer a jeté un verre d’eau sur Pierre Weiss. Il s’est ensuite approché du député, prolongeant l’altercation et faisant bomber le torse aux autres députés.

Bienvenue à Ploucville

Côté Grand Conseil, on se jette des verres d’eau à la figure en pleine séance. Côté Conseil d’Etat, on se bagarre avec le barman d’une discothèque. Pas de doute, ces dernières semaines, les politiciens genevois donnent le meilleur d’eux-mêmes. Une sorte de bande dessinée du pauvre, où la profondeur d’analyse de Popeye le dispute à la sérénité imperturbable de Joe Dalton. Qu’est-ce qu’on rigole. Le réseau des transports publics ne satisfait personne, le taux de construction
de logements est le plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale et on rigole. Tant mieux.

Pendant ce temps, chez les Vaudois, on avance. Tout simplement. On prépare une élection au Conseil d’Etat avec des figures dont plusieurs ont été candidates au Conseil fédéral. On mène campagne sur le fond, sachant qu’elle pourra entraîner un changement de majorité aux répercussions importantes. La politique conçue pour réaliser, pas pour régler des comptes. Et les résultats sont là, budget tenu, nouveaux quartiers, métro, et bientôt un musée.

Les pièges ne sont pas moins nombreux qu’à Genève, les Vaudois tentent seulement d’éviter de tout transformer en munitions débilitantes. Les conseillers d’Etat ont réussi à sauver, ensemble, une usine Novartis. Ils ont renoncé à s’envoyer les chiffres des exonérations fiscales à la figure malgré le contexte préélectoral. Une belle petite leçon de dignité.

En 2008, le conseiller administratif genevois Patrice Mugny avait vexé ses voisins en désignant le «rupestre Pays de Vaud.»

En 2012, la comparaison entre les deux cantons est très défavorable à celui qui se croit le plus urbain. De quoi vérifier la vieille intuition: quand on est traité de plouc, c’est souvent par un plus plouc que soi.

ARIANE DAYER, REDACTRICE EN CHEF

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Eric Stauffer est sorti de ses gonds vendredi soir au Grand Conseil et a arrosé Pierre Weiss. L’altercation a failli virer à la bagarre générale.

Il est un peu plus de 22h15 vendredi soir. C’est la libérale Nathalie Fontanet qui s’interpose la première, barrant de son corps le passage à Eric Stauffer. Le président du Mouvement citoyens genevois s’approche, l’air menaçant, du député Pierre Weiss, sur qui il a jeté, quelques secondes auparavant, un verre d’eau, en plein milieu de la salle du Grand Conseil. «Je n’ai pas eu peur. Je voulais calmer les esprits et éviter la bagarre générale. J’ai pensé qu’en tant que femme je risquais moins qu’un homme», raconte la députée. Opération pacification réussie: seules les insultes ont volé, pas les coups de poing. Reste que vendredi soir, le désordre ahurissant et les hurlements qui ont secoué le Parlement genevois faisaient penser à l’ambiance que l’on imagine en Italie ou dans l’hémicycle grec, au plus fort de la crise.

«On a laissé les choses dégénérer», regrette Nathalie Fontanet. Depuis 21?heures, les députés légifèrent sur la nouvelle ligne ferroviaire CEVA, dont le MCG ne veut plus entendre parler. L’auditoire sent monter la tension et ne peut qu’observer Eric Stauffer usant de tous les subterfuges pour éviter un vote sur le sujet et prolonger son temps de parole. Le trublion finit par attaquer frontalement le PLR et ses élus en les accusant de corruption dans le dossier.

Las de subir, le libéral Pierre Weiss se lève et lance à son tour des accusations à son meilleur ennemi. Il n’a que le temps de soulever le fait qu’un politicien qui rêve de devenir conseiller d’Etat ne peut pas parler ainsi et se fait couper le sifflet au moment où il rappelle qu’Eric Stauffer «a été condamné» dans le cadre d’une autre affaire. C’est à ce moment-là qu’Eric Stauffer se lève et lance un verre d’eau sur Pierre Weiss, qui lui fait face. Le sang des députés ne fait qu’un tour, Pierre Weiss traite Eric Stauffer de voleur, et tout le monde se rassemble au milieu de la salle pour s’invectiver. «J’assume ce geste vexatoire», confie Eric Stauffer d’une voix éraillée qu’il peine à éclaircir depuis le festival d’insultes de vendredi soir. Et pas question pour le patron du MCG de remettre en question son empressement à «péter les plombs» au Parlement. On se souvient, en effet, d’une bagarre qui avait éclaté à la cafétéria du Grand Conseil il y a quelques mois avec un autre député. «Le fait de lancer un verre d’eau à la figure de quelqu’un n’a rien à voir avec des coups et blessures, ce serait au pire considéré comme voie de fait. Alors que Pierre Weiss m’a calomnié et diffamé. C’est pénalement plus grave», se rassure Eric Stauffer.

De son côté, le politicien arrosé réfléchira à une action en justice, mais estime que le comportement de l’élu MCG se suffit à lui-même: «Lui utilise tous les hurlements et invectives envers les autres, mais à son égard il n’accepte aucune critique. Il refuse d’apparaître pour celui qu’il est vraiment, à savoir un être violent.» Enrhumé et plus dépité qu’ébranlé par l’épisode de vendredi, Pierre Weiss confie pourtant ne plus être tranquille le soir. «Je ne me sens pas rassuré et je ne suis certainement pas le seul. D’ailleurs, vendredi soir, j’ai regagné le parking entouré de collègues.»

Une fois de plus, les parlementaires genevois ne peuvent que secouer la tête de dépit lorsqu’on les questionne sur le peu de manières dont certains font preuve au Parlement. «Une cour d’école», déplore Nathalie Fontanet, une des rares à demeurer dans le champ lexical de la politesse lorsqu’on évoque cet épisode. Un épisode que les Jeunes UDC ont déjà récupéré en invitant les membres du MCG à quitter leur parti et rejoindre le leur vu que «M.?Stauffer est incapable de construire en politique», font-ils savoir dans un communiqué. Le Bureau du Grand Conseil, qui s’est réuni juste après l’altercation, prendra une décision sur les suites à donner à cette affaire ce jeudi. Exclusion d’Eric Stauffer des commissions ou du Parlement? Tout est ouvert, mais le président du MCG est confiant, car il est membre du Bureau justement. «Tout le monde a reconnu que les torts étaient partagés.» En attendant les sanctions, la classe politique genevoise se régale déjà d’une nouvelle blague: «Quelle différence y a-t-il entre Eric Stauffer et Mark Muller? Stauffer se montre violent avant d’être au Conseil d’Etat.» (Le Matin)

Créé: 26.02.2012, 09h26

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.