Mercredi 22 janvier 2020 | Dernière mise à jour 08:30

Innovation CES: Les Suisses font fureur à Las Vegas

La #SwissTech est de retour au plus grand salon mondial high-tech. Nicolas Bideau, grand ordonnateur de la délégation, nous raconte les coulisses du CES.

La journée d'ouverture au pavillon suisse du CES, avec Nicolas Bideau comme maître de cérémonie.

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Mardi dernier, le Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas a ouvert ses portes avec son gigantisme habituel. Jusqu’à vendredi, le plus grand salon du monde consacré aux nouvelles technologies va rassembler les start-ups les plus prestigieuses et inventives de la planète. Parmi elles, fort du succès de l’an dernier, une nouvelle délégation helvète rassemblée sous le label #SwissTech.

A la tête du mouvement, on retrouve Nicolas Bideau, président de Présence Suisse, l’organisme chargé de faire la promotion du pays à l’étranger. Depuis Las Vegas, il nous explique tout: pourquoi il a décidé cette année de mettre l’accent sur le sport, la santé et le bien-être, et comment il compte attirer le chaland au cœur de son pavillon.

Comment présenter le CES à quelqu’un qui n’y a jamais mis les pieds?

C’est l’endroit où toutes les nouvelles tendances technologiques sont dévoilées: la boussole tech de demain. Et sur place, c’est la folie: on fait le check in le premier soir au milieu des machines à sous et on se retrouve ensuite dans les Convention Center avec des start-ups partout, toutes en train de dévoiler leurs produits. Sans compter que les gens ne dorment pas à cause du décalage horaire. Cette année, des gars ont eu l’idée de faire leurs réunions entre start-ups et entrepreneurs à 5h du mat. Tu te dis: «C’est n’importe quoi! Ça va trop loin». Sauf que pas du tout puisqu’avec le jetlag, on est tous réveillés. Alors plutôt que de regarder le plafond de ta chambre d’hôtel, tu bosses. Il y a donc le Las Vegas des européens qui débute tôt, puis les Américains se réveillent pour de bon, et puis il y a ceux qui restent plus tard, comme les asiatiques, qui viennent de l’autre côté du globe. En gros, le CES, c’est une tour de Babel high-tech complètement folle, avec une dynamique de ruche.

Comment êtes-vous installés?

Plutôt très bien. On a gagné en luxe et on double presque notre surface par rapport à l’an dernier, en passant de 180m2 à 300…

Pourquoi cette extension? Parce qu’il y a un vrai potentiel avec les innovations suisses ou parce qu’à Las Vegas il est important d’en mettre plein la vue?

Les deux! Il faut effectivement se faire remarquer et on le fait en présentant un show à l’américaine, une fois par heure – écrit, produit et joué – chargé de dévoiler nos plus belles innovations Made in Switzerland. Le tout présenté par votre serviteur. Et face aux Américains, les rois du genre, je peux vous dire qu’il faut vraiment faire preuve de professionnalisme. On a cette fois un bel écran LED de 5 mètres sur 3, qui nous permet d’être plus réactif, plus dynamique. Un peu comme l’énorme tapis LED utilisé lors de la fête des vignerons. Mais on s’est aussi rendu compte l’an passé que les start-ups n’avaient pas assez de place pour conclure leurs affaires une fois le poisson ferré. Après avoir établi un contact avec un investisseur, il faut pouvoir l’amener dans une zone plus calme pour parler finances. Avec ce gain de place, c’est aujourd’hui possible.

Petite visite du pavillon suisse

En quoi se distingue votre show?

En dehors de nous, personne ne présente un show hollywoodien aussi assumé. L’année dernière, on avait créé le buzz avec les drones, qui attirent beaucoup l’attention de par leur bruit et le fait qu’on les associe immédiatement à la tech. Cette année, je me suis dit qu’on allait respecter l’idée principale du Consumer Electronics Show: le consommateur. Raison pour laquelle on s’est focalisé sur les aspects sports et santé, des thématiques actuellement très tendance.

Concrètement, quels innovations présentez-vous?

On ouvre le show avec une performeuse, Alice Vlaiculescu, en train de s’adonner à du fitness immersif, dans une espèce de cube de 3m de côté composé d’écrans géants disposés face à elle et sur les côtés. Et son fitness consiste à interagir avec les images qui défilent. Avec ça, sur scène, c’est tout de suite Hollywood! Conçu par la start-up Sphery, l’invention mélange deux aspects antagonistes: le fitness et le jeu vidéo. Comme je le dis dans le show: «le fitness, c’est bien, mais on s’ennuie terriblement. Le jeu vidéo est aussi fun mais a tendance à faire grossir». Et là, en associant les deux, la Suisse propose une vraie révolution: enfin une façon de prendre du plaisir au fitness! Ensuite, notre performeuse – réellement à bout souffle – présente un patch développé par l’entreprise Xsensio, récompensée d’un Innovation Award, qui permet d’identifier à travers la transpiration les éventuels problèmes rencontrés par votre corps: musculaires, d’hydratation… En un clin d’œil, votre smartphone vous dit tout sur la façon de le rebooster. Alice enchaîne alors avec une séance d’haltérophilie, en utilisant un produit appelé Vay Sports, un coach virtuel capable de reconnaître les mouvements et de corriger les positions du corps lors d’exercices. Et on finit avec de la danse, avec cette invention géniale, Mictic, un appareil doté d’accéléromètres et de gyroscopes à qui l’on peut associer le son de plusieurs instruments de musique et qui convertit les mouvements en sons. Enfin, après tant d’efforts, on peut se permettre une dégustation de raclette, servie par le robot «Robotclette».

Le Robotclette fait fureur à Las Vegas.

Quelles sont les stars de la #SwissTech cette année, les trois innovations à retenir?

Mictic, en termes d’impact populaire, est clairement la star du show. Tout comme cette «gamification» du fitness. Et puis il y a un gars qui m’a beaucoup ému, Gérald Chambon. Il a inventé un censeur à huile… Etudiant à l’EPFL en micromécanique, il travaillait chez McDonald's pour payer ses cours. Mais il était effaré de voir le gaspillage d’huile pratiqué par les employés qui préfèrent jeter après quelques fritures car ils n’ont aucun moyen de vérifier sa qualité. Du coup, il s’est mis à développer le premier capteur au monde capable d’analyser en temps réel la qualité de l’huile. Un appareil à l’ancienne, pas du tout digital, mais il est le premier à y avoir pensé. Il l’a breveté à travers sa start-up, Smart2fry, et a réussi à le vendre à McDonald's. Là, il est au CES pour essayer de trouver d’autres clients, comme Kentucky Fried Chicken ou que sais-je, et veut maintenant aussi en faire un produit grand public. C’est mon coup de cœur: le roi des frites propres!

Quel bilan dressez-vous après trois jours de festivité?

Nos efforts pour attirer les visiteurs fonctionnent du tonnerre. Comme l’an passé, les start-ups nous disent qu’elles n’ont jamais eu autant de contacts. En dehors de ça, il est trop tôt pour vous répondre. Pour savoir s’il y a eu des investissements fermes, il faudra attendre la fin du salon, vendredi.

Comment la Suisse est-elle perçue à Las Vegas?

Je crois qu’on a une image qui surprend, plutôt cool. Les gens ne nous attendaient pas à ce niveau. Pour l’ouverture du pavillon, on a tenté cette année un grand coup de bluff en demandant au CEO du salon, Gary Shapiro, d’être présent à l’ouverture de notre stand. Et il est venu! Le gars le plus demandé de la place… Il nous a consacré une demi-heure, au moment où tout le monde se l’arrache, en présence des présidents de nos deux écoles polytechniques nationales. Et ça, pour moi, c’est vraiment un signe fort. Non seulement on a la reconnaissance du leadership d’ici, mais aussi celle des écoles polytechniques qui, au début, nous observaient de loin faire notre truc sur la tech.

De quoi vous donner envie de vous surpasser l’an prochain?

Exactement! Et j’ai déjà ma petite idée. Il faudrait maintenant que les grandes entreprises suisses, CFF et autres Swisscom, viennent présenter les start-ups avec lesquelles elles travaillent. Ça se fait beaucoup aux Etats-Unis et en France mais encore pas chez nous. J’ai envie que nos géants présentent les innovations à travers les petites entreprises. L’année passée, notre présence au CES était un test, mais là, c’est la confirmation. Et vu les premiers résultats, je peux vous assurer qu’on est partis pour se taper 10 ans de CES.

Christophe Pinol

Créé: 10.01.2020, 10h24

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