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Conflit Ces Suisses au service de Tsahal

L’engagement d’Occidentaux dans le djihad fait actuellement polémique. «Le Matin» a rencontré un jeune parti, lui, soutenir l’armée israélienne sur ses bases.

Que font ces volontaires ?

1 Il s’agit de travailler pour Tsahal sur des bases à l’intérieur du pays.

2 Parmi les tâches: préparation de paquetages, tri de munitions, contrôle d’équipements…

3 Des programmes à thèmes peuvent inclure une «expérience paramilitaire», selon le site de Sar-El France.

29 C’est le nombre de personnes parties
de Suisse l’an dernier pour apporter leur aide à Tsahal via le programme Sar-El. La plupart de ces volontaires sont issus de communautés chrétiennes évangéliques.

3400 participants, au total, seront venus de tous pays «apporter leur pierre à l’édifice» pour la continuité d’Israël, selon le terme du site de Sar-El France.

Et le droit, dans tout ça?

Polémique

Sar-El insiste sur le caractère civil de l’engagement de ses volontaires et sur leur éloignement du combat. Ainsi, les participants au programme seraient inattaquables, eux qui donnent simplement un coup de main à Tsahal, loin du théâtre des opérations. Pourtant, en mars 2014, le Conseil fédéral, en réponse à une demande de l’UDC Lukas Reimann, a encore précisé que l’interdiction de servir pour une armée étrangère concernait aussi les civils actifs à l’arrière du front. «La question de savoir si l’article 94 du Code pénal militaire est applicable à l’organisation Sar-El ou non devra être décidée dans une procédure pénale concrète», note Tobias Kühne, porte-parole de la justice militaire. Quant aux Département fédéral des affaires étrangères, il ne s’exprime pas sur les activités de l’association et se borne à rappeler que certaines zones du territoire israélien sont dangereuses.

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Appelons-le Jérémie. Agé de 20 ans, il n’a pas encore fait son service militaire en Suisse, la faute au sempiternel problème des étudiants à faire coïncider formation et passage sous les drapeaux. Pourtant, un uniforme militaire, ce Romand en a déjà porté un: celui d’Israël!

C’était il y a trois ans. Encore mineur, notre homme s’est engagé, via une association du nom de Sar-El, à fournir un service civil sur des bases de Tsahal, sans toutefois combattre au front. «Notre tâche est de remplacer des réservistes pour qu’ils puissent rester aux études ou à la maison.» Au menu, donc: tri de munitions, chemins à tracer à coups de pioche ou encore véhicules militaires à repeindre. Un travail logistique mené dans une ambiance stricte et sous une chaleur avoisinant parfois les 45 degrés. «Au début, je ne savais même pas où j’étais. Il s’agissait en fait d’une base dans le nord du pays. Exactement où, je ne sais plus.»

Une semaine dans le Golan, dans un secteur sous tension, conclura son séjour, avec notamment une nuit de garde épique, au son des tirs d’armes automatiques. «Au milieu de la nuit, j’ai commencé à entendre des coups de feu depuis un village voisin. Je me suis dit: «Je plains le gars qui est en plein tour de garde.» C’est là que j’ai réalisé que je commençais le mien dix minutes plus tard. Comme nous n’étions pas armés, je ne faisais pas le malin.» Divers exercices, dont du tir et une marche dans le désert, marqueront cette dernière semaine, un peu plus axée sur l’exercice et moins sur le travail logistique.

Ni Juif ni Israélien

Jérémie n’est pas Juif et n’a pas la nationalité israélienne. Quant à ses croyances religieuses, chrétiennes, il dit qu’elles n’ont pas eu beaucoup d’influence sur son choix de payer de sa personne pour Israël. Alors pourquoi cet engagement au profit d’une armée étrangère, lui qui est un chaud partisan de la neutralité suisse? «Il s’agit d’aller au bout de mes idées et également de passer du temps au soleil de manière utile», confie-t-il. Pour lui, le caractère strictement civil de son engagement fait que cette aventure ne contrevient pas au droit suisse, qui interdit le service pour une armée étrangère. A terme, il espère qu’une solution à deux Etats mettra un terme à la guerre au Proche-Orient, même s’il pense que «l’extrémisme islamique» du Hamas ou du Hezbollah est du même acabit que celui qui secoue l’Irak ou la Syrie.

29 volontaires suisses

Retraitée de la région genevoise, Yvonne van Gulik est la représentante en Suisse de Sar-El. L’année dernière, ce sont 29 personnes, habitant ou résidant dans notre pays, qui sont parties soutenir Tsahal par son intermédiaire. «Avant de les envoyer, je les rencontre toujours en personne. Dans un lieu public». Mis au courant de la rigueur des conditions de vie sur place, une bonne partie des volontaires ne vont pas plus loin que ce premier entretien. «Je leur dis la réalité: les chambres sont pour le moins spartiates, il y a des araignées et la discipline de l’armée…» Une discipline qui veut par exemple que les volontaires portent tous l’uniforme militaire israélien. «Beaucoup de volontaires sont jeunes, autour des 18 ans. Un tel accoutrement permet d’éviter que l’attirance soit trop forte. Et puis on fait souvent du travail salissant. Il s’agit d’éviter de ruiner ses habits civils.» Dans l’autre camp, ces considérations esthétiques ne suffisent pas à convaincre Rémy Viquerat, du collectif Urgence Palestine Genève. Il dénonce «l’endoctrinement» que subiraient les jeunes dans un tel programme. «Et puis je me demande bien si la Suisse sera aussi sévère avec ces volontaires qu’avec les gens qui, en 1936, avaient rejoint le Front républicain, en Espagne…»

Créé: 19.09.2014, 11h54