Samedi 23 mars 2019 | Dernière mise à jour 12:34

Tchô Dernier «Matin»: l'émotion du red chef, Grégoire Nappey

Le boss du «Matin» prend la plume et exprime ses sentiments, à l'heure de la parution de l'ultime version papier du quotidien romand orangé.

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Ces dernières années, j’ai, à quelques reprises, utilisé cette attaque épistolaire pour évoquer dans l’édito du journal un événement important pour notre titre. «Chers lecteurs», lançais-je, avant d’expliquer à nos fidèles telle nouveauté ou telle restructuration.

Aujourd’hui toutefois, dans ce dernier numéro du «Matin», j’ai envie de dire «Chers collègues».

Un jour de printemps, il y a quatre ans, j’ai débarqué dans cette rédaction où je n’avais jamais travaillé. On ne se connaissait pas. Ou pas beaucoup. Des liens avec certains d’entre vous. Alors, quand je me suis présenté devant vous, j’ai lu dans vos regards ce mélange d’interrogation et de perplexité. «Qui nous ont-ils encore parachuté?»

Et puis je me suis mis au travail. Tout en essayant de revêtir cette veste de rédacteur en chef d’un des grands quotidiens romands – j’en étais fier –, j’ai appris à vous connaître, j’ai appris à vous aimer.

Bien sûr, il y a de tout dans une rédaction. Des éternels optimistes aux infatigables ronchons. Et Dieu sait si des jours je vous aurais tous envoyé balader, parce que la pression, la fatigue, la différence ou l’incompréhension qu’il peut y avoir entre des êtres humains.

Mais, en repensant à ces quatre ans, je me dis surtout que vous m’avez épaté. Non pas que j’aie sous-estimé vos capacités en arrivant. Je pense plutôt à ce subtil cocktail entre des compétences, un état d’esprit et une histoire commune. J’ai travaillé dans quelques rédactions ces vingt dernières années. Je sais maintenant que celle-ci, ce sacré «Matin», avait quelque chose de spécial. À l’image, en fait, de ce qui ressortait jour après jour dans les pages que vous écriviez, dessiniez, illustriez, mettiez en pages, relisiez, corrigiez et envoyiez à l’imprimerie. Inlassablement. Six jours par semaine. Vous jouant de Noël, de Pâques ou du 1er Août.

Oui, vous en avez bavé. Suspendus durant de longues années à la loi du business, des déficits, des stratégies plus ou moins compréhensibles. Mais vous avez toujours bossé. Jusque dans les tourments de ces dernières semaines, votre credo était de faire ce que vous pouviez mais de le faire dans les règles de l’art, l’art de réussir la recette compliquée du «Matin». Insolent et proche. Beau et claquant. Pertinent et futile.

Vous savez quoi? Ce fut un honneur de travailler avec vous. D’aller défendre notre couleur orange lorsqu’elle était attaquée, souvent à tort, parfois (un peu) à raison. Un honneur aussi parce que, tout au long de ces années journalistiques, j’ai toujours revendiqué la qualité du Populaire. Un honneur aussi parce que, tout au long de ces années journalistiques, j’ai toujours revendiqué la qualité du Populaire (s’il vous plaît, les correcteurs, laissez ce «P» majuscule). «Populaire de qualité»: j’aimais beaucoup cette formule, soufflée par un ami, lorsque je suis arrivé il y a quatre ans. Je crois que je n’ai pas trouvé mieux depuis.

Je parlais d’honneur; c’est aussi celui d’avoir succédé à ce poste à quelques figures de la profession en Suisse romande: Sandra Jean, Ariane Dayer, Peter Rothenbühler, Théo Bouchat, Daniel Pillard, David Moginier, Antoine Exchaquet, André Jaunin – pour ne s’en tenir qu’aux dernières décennies sur 125 ans d’histoire… Je sais qu’ils vous ont laissé des souvenirs variables – comme probablement en ce qui me concerne, c’est le lot du chef – mais j’avais aussi envie de m’inscrire dans cette sorte de lignée de dirigeants qui y ont cru. Pardonnez-moi cette coquetterie.

Et enfin j’aimerais dire un mot sur vous, ceux que j’appelais «ma garde rapprochée». Mes adjoints Philippe et Simon, j’ai tant apprécié notre trio; mention pour Simon, fidèle compagnon avant, pendant, jusqu’aux dernières minutes de l’aventure et sûrement après. Mes assistantes, Agnès et Magali: je vous dois tant, vous avez rendu ma vie… comment dire… viable. Christine, Trinidad, Adriano, Gilles, complices de décisions, de réflexions, de prises de tête, de confidences. Nunzia, chère Nunzia, ma moitié marketing. Pardon à tous ceux que je ne nomme pas.

Aujourd’hui, tout cela s’arrête, en tout cas sur papier. C’est bien triste. Une bonne partie d’entre nous vont s’éparpiller dans la nature, tenter de rebondir, d’avancer. Avec, au CV, cette ligne pas tout à fait comme les autres: «J’ai travaillé au «Matin.»

Salut c’t’équipe. C’était bien. Vous êtes des gens bien. (Le Matin)

Créé: 21.07.2018, 14h56

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