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Alpinisme Elle a fait l'Everest par le nord

Elle est la première Romande à avoir gravi le Toit du Monde par la face nord. Sophie Lavaud vient de rentrer en Suisse.

Mini-bio

15 mai 1968
Naissance à Lausanne.

1973
Elle déménage avec ses parents en France voisine. Sa famille se rend tous les week-ends à Chamonix.

2004
Première ascension du Mont-Blanc, qui marque ses débuts dans l’alpinisme (elle en est à quatre aujourd’hui!).

2012
En une seule saison, elle gravit deux sommets de plus de 8000 mètres en Himalaya. Seule une dizaine de femmes dans le monde peuvent se vanter de cet exploit.

2014
Elle devient la première Romande à gravir l’Everest par la face nord et la sixième Suissesse.

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Assise à la terrasse d’un café genevois, elle s’excuse: «Je ne fais que dormir et manger depuis que je suis rentrée. J’essaie de faire des phrases intelligentes, mais, avec la fatigue, ce n’est pas encore très fluide!» Sophie Lavaud a atterri en Suisse il y a une semaine avec un sacré titre dans ses valises: première Romande à avoir gravi l’Everest par la face nord. Fière? «Ah oui!»

Elle a eu 46 ans le 15 mai dernier à 5100 mètres d’altitude. Née à Lausanne, elle a grandi en France voisine, où elle a «appris à skier en même temps que marcher». Ce sont ses parents qui l’ont initiée à la montagne. Elle est venue à l’alpinisme suite à un pari en 2004. Quand l’un de ses amis lui dévoile son rêve: le Mont-Blanc. Sophie Lavaud trouve cette aspiration plus que concrétisable. Elle le met donc au défi de la réaliser ensemble dans l’année. Ce sera chose faite. Et ce sera surtout la source d’une soif inassouvissable. «Il me faudrait dix vies! Rien que dans les Alpes, il y a 82 sommets de plus de 4000 mètres. Et je n’en ai fait que 25 à 30!»

Alors, depuis Meinier (GE), où elle s’est installée en 1999, elle va et vient. Les volcans de l’Equateur et du Chili, la calotte glacière de Patagonie, le Kilimandjaro. Et puis, en 2012, les 8027 mètres du Shishapangma et les 8201 mètres du Cho Oyu, en Himalaya. Au niveau du lac Léman, Sophie Lavaud a aussi réussi à mettre sa vie professionnelle au diapason des sommets. Elle accompagne des cadres en transition en utilisant le récit de son expédition de 2012. Photos à l’appui, elle établit des parallèles entre ces deux mondes. «On a besoin des mêmes ressources. Pour gravir une montagne ou décrocher un emploi, il faut apprendre à maîtriser certains outils. Ça ne sert à rien d’avoir un piolet si on ne sait pas s’en servir.» La vie de Sophie Lavaud semble donc former un bloc d’une rare cohérence. Dans lequel l’Everest était une évidence.

La préparation

Sophie Lavaud a réduit son temps de travail de moitié en janvier et février, suivi d’un mois de congé, pour pouvoir suffisamment s’entraîner. «Le ski de randonnée a été ma principale préparation. J’ai fait plus de 50 000 mètres de dénivelés de décembre à mars.» Elle a également veillé à son hygiène alimentaire: «J’ai beaucoup mangé et ai pris 4 kilos.» Et le plus important: beaucoup dormir. «Il est capital de partir en forme et de ne pas se crever à l’entraînement!»

Le financement

L’Everest coûte cher. En moyenne, 50 000 francs. «Les plus gros postes de dépenses sont le permis d’ascension, qui revient au gouvernement tibétain en ce qui concerne la face nord, mais aussi les sherpas, l’oxygène et les yacks.» Sophie Lavaud a donc cherché des sponsors pour l’aider à financer son projet. Elle est même allée au-delà: chaque mètre franchi entre le camp de base et le sommet (soit 3348 mètres) a rapporté 10 francs à Norlha, une ONG lausannoise qui vient en aide aux populations himalayennes. Et ce, via la plate-forme suisse de crowdfunding Moboo.ch. Le compteur sera arrêté à la fin du mois. Pour l’instant, le sommet n’a pas encore été atteint.

La vie au camp de base

Sophie Lavaud est arrivée à Lhassa début avril. Elle a remonté ensuite en véhicule les plateaux tibétains pendant une semaine. Jusqu’à atteindre le camp de base à 5100 mètres. Une phase d’acclimatation a alors commencé. Pendant un mois, elle a vécu dans la promiscuité avec le reste de l’expédition (neuf participants au total, ainsi que deux guides de haute montagne, 14 sherpas et une équipe assurant la logistique comme la cuisine, par exemple). «Etant la seule femme, j’avais 35 hommes autour de moi!» L’alpiniste a pris «cinq douches et perdu 7 kilos en deux mois». «Avec l’altitude, le goût change. On est écœuré, on n’a pas faim et on perd beaucoup de masse musculaire.» Autre élément difficile: le froid. «Quand j’allais me coucher, il faisait –15 dans ma tente.»

L’ascension

Le temps est mauvais. L’expédition attendra 12 jours une fenêtre météo pour pouvoir monter. Le groupe sait qu’il n’a que dix heures avant l’arrivée d’une intempérie. Alors il part. Les lumières de cent lampes frontales s’alignent dans la nuit du 24 au 25 mai. A 7 h 30, parmi les premiers arrivés: Sophie Lavaud s’assoit au sommet. Elle a alors «le cul le plus haut du monde». «Le lever de soleil était incroyable. L’émotion était vraiment intense. Cette impression de dominer le monde!» Accolades, larmes, rires.

La descente

Un quart d’heure plus tard, il faut déjà se reconcentrer et descendre, un front de prémousson arrive. L’épuisement est tel que Sophie Lavaud prend peur: elle n’est plus sûre de ses réflexes et demande avant chaque passage technique à un guide de vérifier son assurage. Si, de nuit, le danger n’est pas visible dans le faisceau des lampes, le jour met en lumière les dangers. Elle a alors bien à l’esprit qu’une erreur est synonyme de chute et de mort. Les trois cadavres sur son chemin sont là pour le lui rappeler. Mais la Genevoise d’adoption ne se laissera pas démonter: «Cela fait partie de ce monde des 8000. Moi, je n’avais qu’une obsession: descendre. Le but du jeu est toujours de rentrer à la maison. C’est pourquoi j’ai déjà renoncé et fait demi-tour à de nombreuses reprises.» Au total, Sophie Lavaud a marché 23 heures. Elle est arrivée avec ses dix doigts et ses dix orteils, même si ses joues ont en partie gelé. Son teint hâlé en a gardé encore des stigmates sous la forme de quelques traces blanchâtres de brûlure. Malgré tout, à peine rentrée, elle n’en a toujours pas assez et pense déjà à repartir. (Le Matin)

Créé: 09.06.2014, 10h50

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