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Témoignage Emeutes à Lausanne: «J'ai failli y rester»

Pour la deuxième fois en quinze jours, des policiers lausannois ont été agressés dans l’exercice de leurs fonctions par des noctambules avinés.

L'appointé S. était à la place Bel-Air le 13 mai vers 5?h lorsque l'émeute a éclaté.

L'appointé S. était à la place Bel-Air le 13 mai vers 5?h lorsque l'émeute a éclaté. Image: Philippe Pache

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Place Bel-Air, 4?h?45. Trente-six policiers face à plusieurs dizaines d’émeutiers. Des sprays au poivre pour contrer des jets de bouteilles et une sorte de «Taser», selon des témoins. Comme une impression de déjà-vu: dimanche dernier, les affrontements qui ont éclaté à la fermeture des discothèques lausannoises ressemblaient à s’y méprendre aux émeutes qui avaient déjà gâché la fête des noctambules deux semaines plus tôt. A la différence près qu’il n’a pas fallu ouvrir le feu au moyen de balles en caoutchouc.

«C’est la première fois que je vivais une intervention d’une telle ampleur», témoigne l’appointé S.*, 29?ans, en revenant sur les incidents du dimanche 13?mai. «Quand on y repense après coup, on se dit qu’on n’est pas passé loin.» Ce jour-là, l’agent (entré à la police de Lausanne en 2006) prend son service à 4?h du matin. En patrouille avec un collègue, il parque son véhicule place Bel-Air. «On a tout de suite vu qu’il y avait énormément de monde à la sortie de la discothèque, près de 200?personnes. Il n’y avait a priori pas de bagarre.» Mais très vite, une première rixe éclate dans un groupe d’une dizaine d’individus. Les deux agents appellent du renfort. «La bagarre est rapidement devenue assez violente. Il n’y avait pas d’objet ni arme à ma connaissance, mais ça bousculait beaucoup.» Les noctambules encerclent le groupe. Certains foncent dedans tête baissée.

Première salve de spray au poivre. La formation se disperse. «Ça courait dans tous les sens. Mais à deux contre plusieurs dizaines nous ne pouvions interpeller personne.» Les bagarres reprennent de plus belle, et sur plusieurs fronts. «Des groupes de 5 à 10, de-ci, de-là. Un à notre droite, rue des Terreaux, l’autre à notre gauche, terrasse Jean-Monnet. Lequel choisir?» Puis viennent les premiers jets de bouteilles. Les deux policiers se réfugient sous les arrêts de bus. «L’une des bouteilles a éclaté en l’air après avoir percuté les câbles électriques des bus. Une autre a frôlé l’un de mes supérieurs, qui n’avait aucune protection.» Les renforts ne sont plus très loin. A en croire l’appointé, les projectiles n’émanaient pas des bagarreurs. «Ce ne sont que quelques agitateurs qui ont profité du chaos pour faire du mal à la police. Et puis ce n’est pas difficile de trouver des bouteilles vides. Les poubelles en sont remplies, malheureusement pour nous.» Impossible cependant d’identifier les trouble-fête au milieu de la foule. «On voit une bouteille qui part de la foule mais on ne voit pas le bras qui la lance. Et encore moins l’individu qui est dessous.»

Le commandant de la police de Lausanne, Pierre-Alain Raemy, encourage ses policiers à porter plainte systématiquement après une agression. «Je ne comprends pas pourquoi ces jeunes nous en veulent, mais on est obligés de l’accepter, reprend l’appointé. Peut-être parce qu’ils ont eu affaire à nous par le passé pour des petits délits, mais ça n’excusera jamais leurs actes. Ce n’est en tout cas pas ce genre d’agression qui me fera changer de métier.» (Le Matin)

Créé: 30.05.2012, 07h49

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