Mercredi 19 décembre 2018 | Dernière mise à jour 06:30

Polémique En Suisse, «le dalaï-lama a violé la morale»

La Chine accuse le dalaï-lama d’avoir piétiné les Droits de l’enfant en Suisse, livrant à l’adoption des enfants qui n’étaient pas orphelins. De la propagande, que dénoncent ceux qui l’ont vécu.

ZURICH - ?Cette image du documentaire d’Ueli Meier montre des enfants tibétains arrivant en Suisse pour être adoptés au début des années soixante. Quelque 130 dans ce cas n’étaient pas orphelins.

ZURICH - ?Cette image du documentaire d’Ueli Meier montre des enfants tibétains arrivant en Suisse pour être adoptés au début des années soixante. Quelque 130 dans ce cas n’étaient pas orphelins.

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Le dalaï-lama? Il «a forcé des centaines d’enfants à quitter leurs parents pour être adoptés». Il a «fabriqué des soi-disant orphelins et les a envoyés en Suisse, déchirant des centaines de familles, foulant aux pieds les droits de l’enfant et violant la morale.» Certains de ces enfants se sont même ensuite suicidés, insistent les médias officiels chinois. Sans surprise, cette violente charge vient de Chine. Elle a été lancée mardi par Hua Chunying, porte-parole du Ministère des affaires étrangères. De la récupération politique outrancière? De la propagande? Oui. Mais l’accusation n’est pas sans fondement.

«La situation était tragique»

A l’origine, on trouve un documentaire du Suisse Ueli Meier, sorti en début d’année. Il relate l’histoire de Tibi, arrivé en 1963 à Zurich. Il venait de Dharamsala, en Inde. Il avait 7 ans. Il a été adopté mais avait pourtant une maman. Le film montre Tibi en quête de ses racines et retrouvant sa mère biologique.

Ce n’est pas un cas isolé. Début 1960, l’industriel d’Olten Charles Aeschimann veut aider le Tibet. Il trouve un accord avec le jeune dalaï-lama et fait venir, de 1961 à 1964, 158 enfants de Dharamsala en Suisse. Or 137 avaient au moins un parent en vie. Certains sont bien partis en Suisse sans l’accord de ce parent. Et quelques-uns se sont effectivement ensuite suicidés.

Voilà la réalité méconnue qu’Ueli Meier a déterrée. La Neue Zurcher Zeitung s’en est fait écho et voilà que le régime chinois s’en empare et la déforme pour présenter le dalaï-lama sous un jour terrifiant.

Mais sur le fond, n’a-t-il pas commis une erreur tragique avec ces adoptions? «Il est vrai que certains ont traversé de grandes difficultés. Mais on parle ici du résultat de l’occupation et de la persécution chinoise. C’est la situation des enfants à Dharamsala qui était tragique!» rétorque Tseten S. Chhoekyapa, représentant du dalaï-lama à Genève. Qui renvoie à des témoignages publiés il y a dix jours sur le site Tibetfocus.

Ils sont cosignés de six des adoptés des années soixante. «Nous trouvons scandaleux que Charles Aeschimann et le dalaï-lama, qui ont répondu à une situation d’urgence, soient maintenant présentés comme des trafiquants d’enfants», écrivent-ils. A Dharamsala, plaident-ils, «les enfants dormaient à cinq ou sept sur un matelas» dans des conditions sanitaires déplorables. Il y régnait la malnutrition, les maladies et un «taux de mortalité infantile extrêmement élevé». Et l’arrachement à leurs proches? «Nous qui vivions dans ces orphelinats étions de toute façon déjà séparés de nos familles», écrivent-ils.

Dans la présentation de son documentaire, Ueli Meier, lui, se contentait de noter que la même interrogation revenait avec tous les protagonistes rencontrés: ces adoptions étaient-elles vraiment la meilleure solution pour ces enfants? Une question qu’il laisse ouverte. (Le Matin)

Créé: 18.10.2013, 08h32

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