Lundi 19 novembre 2018 | Dernière mise à jour 00:10

Aide financière Enfants placés: fin mars, il sera trop tard pour eux

Il leur reste 51 jours pour faire valoir leur droit aux 25 000 francs de contribution fédérale. Deux tiers ne l’ont pas encore fait. «Le Matin» vous explique pourquoi.

Le Fribourgeois Clément Wieilly, 63 ans, se bat depuis des années pour les enfants placés. Depuis début janvier, il les pousse à réclamer les 25 000 fr. qui leur sont dus.

Le Fribourgeois Clément Wieilly, 63 ans, se bat depuis des années pour les enfants placés. Depuis début janvier, il les pousse à réclamer les 25 000 fr. qui leur sont dus. Image: Laurent Crottet

De quoi on parle

1981: De 1800 à cette date, plus de 100 000 enfants sont placés de force en institutions ou «vendus» contre rémunération à des familles paysannes en quête de main-d’œuvre. Beaucoup sont maltraités et humiliés.

2013: La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga demande pardon aux victimes au nom du pays.

2016: Le Parlement débloque 300 millions pour dédommager les victimes vivantes. Soit 25 000 fr. par personne.

31 MARS 2018: Date butoir à partir de laquelle les anciens enfants placés ne pourront plus réclamer leurs 25 000 fr.

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Renseignements au 058 462 42 84 ou sur via ce lien.

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C’est une course contre la montre et contre les idées fausses à laquelle se livre Clément Wieilly jusqu’au 31 mars. Ceux qui, comme ce Fribourgeois de 63 ans, fondateur de l’association Agir pour la dignité, ont souffert d’avoir été des enfants placés, ont jusqu’à cette date pour demander à recevoir les 25 000 fr. de «contribution de solidarité» que la Confédération avait décidé de leur verser fin 2016.

Or, sur les 12 000 à 15 000 bénéficiaires potentiels, seuls 5261 ont déposé un dossier à ce jour. Ce problème a été évoqué hier à Berne lors de la dernière table ronde pour les victimes de mesures de coercition à des fins d’assistance, à laquelle participait Clément Wieilly. Le sexagénaire met un point d’honneur à sillonner la Suisse romande jusqu’à la dernière minute pour convaincre d’autres victimes de faire valoir leur droit. Depuis début 2017, cet infatigable maître de sport à la retraite a parcouru 2600 km et rempli 15 dossiers. Une goutte d’eau, mais le combat d’une vie aussi. Il s’active, en parallèle, aux côtés de l’ancien parlementaire Luc Recordon, pour repousser la date butoir et pour faire parler de la thématique avant qu’il ne soit trop tard.

Deux fausses croyances à lever

Clément Wieilly constate qu’une part importante des anciens enfants placés ne sauraient tout bonnement pas qu’ils peuvent toucher 25 000 fr. «Ils sont âgés, psychologiquement fragiles ou vivent dans des endroits reculés.» Il y a ceux, aussi, qui gardent de leur enfance une méfiance viscérale de tout ce qui est administratif. Sans oublier ceux qui redoutent de se faire connaître car même leur famille ignore leur passé, ou car ils craignent de faire remonter à la surface une histoire trop douloureuse. Reste ceux qui sont incapables de se désidentifier de leur statut de victime en réclamant cette contribution.

Certains croient que la démarche est compliquée. Ils se trompent, d’autant qu’ils peuvent être aidés par les centres LAVI (loi fédérale sur l’aide aux victimes d’infractions) cantonaux. «La confidentialité est totale, insiste Clément Wieilly, et ceux qui le souhaitent peuvent demander à ne pas être tenus au courant des éventuels nouveaux éléments traumatisants qui pourraient ressurgir des archives.» Autre croyance à lever: ces 25 000 fr. pourraient être siphonnés par les impôts, l’office des poursuites ou les services sociaux. «La réalité est que cette somme bénéficie à 100% aux personnes concernées ou à l’association de leur choix», insiste Clément Wieilly.

Environ 168 millions de perdus!

Certains, à l’instar de Jean-Louis Claude, 75 ans, fondateur de l’association Enfances volées, estiment que «25 000 fr., c’est bien peu au regard des souffrances subies». Le Genevois n’a donc pas encore fait sa demande, même s’il a rempli des dossiers pour d’autres. «Je trouverais normal que le solde des 300 millions maximum prévus par la Confédération puisse bénéficier, sans date butoir, aux enfants placés jusqu’à leur mort», dit-il. Dans la situation actuelle, cet argent reviendra en effet dans les caisses de l’État. (Le Matin)

Créé: 09.02.2018, 13h47

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