Samedi 25 janvier 2020 | Dernière mise à jour 09:30

Tueries de Toulouse «On ne peut pas diffuser des vidéos juste parce qu’elles existent»

Le président du Conseil Suisse de la presse donne son avis sur une éventuelle diffusion en Suisse des vidéos de l'auteur des tueries de Toulouse et Montauban.

Mohamed Merah, ici sur une photo d'archives, a filmé ses trois tueries à l'aide d'une petite caméra placée sur sa poitrine.

Mohamed Merah, ici sur une photo d'archives, a filmé ses trois tueries à l'aide d'une petite caméra placée sur sa poitrine. Image: Keystone

Un montage mystérieux

Enveloppe. Stocké sur une clé USB, le montage des vidéos des assassinats filmées par Mohamed Merah grâce à une mini caméra sanglée sur lui était contenu dans une enveloppe envoyée au bureau parisien d’Al-Jazeera.
Lieu inconnu. Selon une source policière, «il y a une forte présomption» selon laquelle ce n’est pas le tueur en série qui a posté cette enveloppe. «Personne n’est en mesure de dire que Merah a déposé ou n’a pas déposé ce courrier», selon une autre source proche de l’enquête.
Date inconnue. Le tampon postal daté de mercredi ne permet pas en fait de dire d’où et quand il avait été posté. Selon une source syndicale à La Poste, la lettre a bien pu être postée le lundi ou le mardi (soit avant la mort de Merah) ainsi que le mercredi (jour de sa mort).
Musiques et chants religieux. Selon le chef du bureau de Paris d’Al-Jazeera, Zied Tarrouche, les vidéos montrent «toutes les attaques perpétrées à Toulouse et à Montauban dans l’ordre chronologique». «Il y a eu un mixage de musiques et de chants religieux, des lectures», des récitations de «versets coraniques», a raconté Zied Tarrouche, précisant qu’on entend «les cris des victimes». (afp)

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La chaîne qatarie Al-Jazeera a reçu hier les images des trois tueries filmées par Mohamed Merah. Elle a aussitôt annoncé son intention de ne pas les diffuser. De son côté, le président français Nicolas Sarkozy a promis qu’il «brouillerait» - sans expliquer toutefois comment - les chaînes de télévision qui montreraient ce document.

Mais est-on sûr que ces images ne seront pas un jour diffusées par un autre canal? Car à l’heure d’Internet, tout va très vite. On l’a vu récemment à plusieurs reprises.

Dans l’affaire DSK, par exemple, avec la diffusion par les médias numériques du monde entier des images des caméras de surveillance du Sofitel. Même scénario pour les vidéos du cadavre de Saddam Hussein, retrouvé pendu dans une ferme, d’Oussama Ben Laden, abattu chez lui par les GI américains, et de Mouammar Kadhafi, lynché par les rebelles libyens.

Un intérêt public

En Suisse, la diffusion des vidéos des trois tueries perpétrées par Mohamed Merah choquerait. Notamment parce que ses sept victimes sont innocentes, souligne mercredi le rédacteur en chef du Quotidien Jurassien Pierre-André Chapatte: «Ce serait indigne d’un média et de ses journalistes que de jeter de telles images en pâture au public», clame-t-il dans son édito du jour. «Ce serait se complaire dans le voyeurisme pour faire de l’audience.»

Contacté, le président du Conseil suisse de la presse, Dominique von Burg, abonde en ce sens: «La politique d’Al-Jazeera me paraît la bonne. La chaîne a estimé qu’il n’y avait pas de valeur informative dans ces images, mais simplement du voyeurisme et de la violence. On ne peut pas diffuser des vidéos juste parce qu’elles existent! Il faut qu’il y ait un intérêt public derrière elles.»

Le spécialiste de l'éthique des médias romands Daniel Cornu, auteur de nombreux ouvrages sur la question, reconnaît pour sa part que «l'emballement médiatique sera difficile à éviter en cas de diffusion des images.» «Mais la résistance au mouvement accompagnée d'une explication au public est toujours possible».

Et si un média suisse diffusait quand même les vidéos des tueries? «Le Conseil suisse de la presse prendrait alors position en cas de plainte, comme d’habitude», explique Dominique von Burg.

L'exemple Kadhafi

Le cas s’est produit l’année dernière. Le Conseil de la presse avait donné suite à deux plaintes contre le site de 20 Minuten. Ce dernier avait montré en boucle les images du lynchage de Mouammar Kadhafi, décédé le 20 octobre 2011. Ces vidéos avaient été jugées «inhumaines», les lecteurs se disant profondément choqués.

Le Conseil de la presse a statué qu’un «compte-rendu disproportionné et animé par le sensationnalisme sert uniquement à répondre à la curiosité du public qui ne doit pas être confondue avec l’intérêt du public.» Pour l’instance de contrôle, le site alémanique avait alors clairement porté atteinte à la «dignité humaine».

Le Conseil suisse de la presse n'a pas de pouvoir judiciaire, mais vise, comme le précisent ses statuts, à «contribuer à la réflexion sur des problèmes fondamentaux d’éthique des médias».

La France soulagée

En France, les éditorialistes n’ont pas manqué de saluer ce matin la décision de la chaîne Al-Jazeera avec le même argument que Dominique von Burg: «En certaines circonstances, le droit au silence doit primer sur le droit à l’information. Ce dernier n’autorise pas tout», commente Yves Thréard dans Le Figaro.

En cas de diffusion, le journal catholique La Croix préconise «une grève du regard» des médias. Pour éviter de donner ce que nomme Le Courrier Piccard «une forme de prolongement à la barbarie».

Créé: 28.03.2012, 14h42

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.