Vendredi 24 novembre 2017 | Dernière mise à jour 00:01

Don d'organes Faute de greffes, 3 décès par semaine

Depuis le 1er janvier, nos voisins français ont renforcé le consentement présumé: les défunts deviennent donneurs par défaut. La Suisse, elle, régresse.

Dans sa dernière campagne, l’Office fédéral de la santé publique et Swisstransplant incitent les Suisses à anticiper
leur volonté de leur vivant.

Dans sa dernière campagne, l’Office fédéral de la santé publique et Swisstransplant incitent les Suisses à anticiper leur volonté de leur vivant. Image: GAETAN BALLY/Keystone

L'édito: mourir et pouvoir offrir huit vies

Le don d’organes. Tous donneurs présumés depuis 2017, à défaut d’avoir notifié son refus de son vivant. Cette mesure prise par la France demandait du courage. Dans l’absolu, celui de faire fi de l’avis des proches qui, dans le chagrin exacerbé, ne savent pas. Ne peuvent pas dire assez souvent oui. Parce que la mort cérébrale est un non-état. Une inconnue, proche du surnaturel.

Mécanique chirurgicale. Alors que le combat contre la douleur s’amorce, le prélèvement médical est irrecevable. Imaginer le corps du défunt sous le scalpel d’un chirurgien est insupportable. Et pourtant, au bout de ce même scalpel, huit vies. Sept organes vitaux, dont un sécable, le foie. Répétons-le: une vie perdue, ce sont huit vies gagnées. Huit receveurs potentiels. La Suisse est un désastre. Tellement de refus, une méconnaissance crasse de l’urgence, encore un régime de consentement explicite élargi.

Réparer les vivants. Notre existence nous est prêtée. Pourquoi ne pas la retransmettre? Avec son enveloppe et son contenu, loin de toutes considérations religieuses, voire sectaires. Swisstransplant désespère et comptabilise l’échec. Désormais trois morts par semaine. Avec l’Allemagne, nous détenons la palme européenne du mauvais élève. De l’anti-don de soi.

Le manque est cruel. Le manque de l’être aimé. Le manque d’organes. Et vous, si vous étiez sur cette liste d’attente intolérable, vos espoirs se dirigeraient vers le partage et l’ouverture. Soudain, égoïstes. Et là, l’agonie n’en sera que plus flagrante. Réveillez-vous, anticipez. La vie a finalement peut-être un prix. Le prix de votre sagesse. Pour ne pas finir dans l’ignorance que vos organes sont recyclables.

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Les dernières statistiques de Swisstransplant font frissonner. Le premier semestre 2016 fait désormais état de trois décès par semaine contre deux auparavant. Trois patients qui perdent la vie faute de greffes et, partant, faute de donneurs. À fin septembre 2016, plus de 1500 patients – dont l’état de santé se péjore – étaient sur cette liste d’attente qui continue de s’allonger, tandis que les dons reculent drastiquement. Le nombre de donneurs en mort cérébrale a passé de 143 en 2015 à 48 pour les six premiers mois de 2016. Et les projections s’annoncent pires.

60% des familles refusent

Triste réalité que le Dr Franz Immer, CEO de la Fondation nationale suisse, ne peut que constater avec inquiétude: «À part l’Allemagne et la Suisse, tous nos pays voisins fonctionnent avec le consentement présumé du patient, ce qui rend le dialogue et l’acceptation beaucoup plus facile pour les familles. La Suisse, elle, est toujours sous le régime du consentement explicite élargi (il faut l’accord exprès du donneur de son vivant ou de ses proches, ndlr). Comme la moitié des familles ne connaissent pas l’avis du malade, nous nous heurtons actuellement à 60% de refus.»

Pendant ce temps, la France renforce encore le principe du consentement présumé et fait les gros titres sur le sujet. Depuis le 1er janvier, les équipes médicales n’ont plus formellement l’obligation de consulter les proches qui refusaient jusqu’ici dans un tiers des cas (2 fois moins qu’en Suisse). Si le défunt n’a pas expressément exprimé de refus, cette absence vaut acceptation et les prélèvements se font par défaut. La souplesse et le dialogue restent de mise avec les familles. La stratégie française pointe deux éléments centraux: l’encouragement au don et l’inscription des citoyens dans le registre existant des refus.

La Suisse, elle, s’enfonce. Des motions, en 2014 et en 2015, ont bien tenté de faire changer la législation en force. L’ex-conseiller national Laurent Favre (PLR/NE) et l’ex-conseiller aux États Felix Gutzwiller (PRD/BS) avaient déposé des motions en faveur du consentement présumé. Si le Conseil national avait accepté le projet à une courte majorité, la Chambre haute de l’Assemblée fédérale s’y était opposée, faisant capoter les espoirs de Swisstransplant et des futurs receveurs.

Donneurs en chute libre

«Notre plan d’action vise 20 donneurs par million d’habitants d’ici fin 2018 (14,4 en 2014, 17,4 en 2015). La tendance 2016 est à la baisse. Nous avons chuté à 11,7 (23 à 25 en France), poursuit le Dr Immer. Les chiffres sont si mauvais que les modalités du consentement vont revenir au centre des débats politiques avant 2018; 85% de la population est pour le don d’organes selon notre dernier sondage réalisé dans tout le pays.» (Le Matin)

Créé: 04.01.2017, 15h50


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