Lundi 22 octobre 2018 | Dernière mise à jour 04:15

Interview Genève-Aéroport: «La croissance n'est pas une fin en soi»

Le directeur général, André Schneider, défend bec et ongles le plan de développement de l'aéroport de Genève. Il réfute tout gigantisme et en profite pour balayer la critique.

André Schneider rappelle que Genève-Aéroport investira près de 900 millions de francs jusqu’en 2022.

André Schneider rappelle que Genève-Aéroport investira près de 900 millions de francs jusqu’en 2022. Image: Sébastien Anex

Une trajectoire professionnelle hors du commun

1959: Naissance à Signau, dans le canton de Berne.

1983: Commence une carrière de musicien. Il intégrera le Philharmonique de Berlin.

1987: Changement de trajectoire. Il rejoint le géant IBM, en tant que docteur en informatique.

1998: Il rejoint le World Economic Forum, dont il deviendra le directeur général dès 2003.

2013: Vice-président de l’EPFL, chargé des ressources et des infrastructures.

2016: Direction de Genève-Aéroport. Il est marié et père de quatre enfants.

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Selon les projections de la Confédération, 25 millions de voyageurs pourraient transiter par l’aéroport de Genève en 2030. Les opposants décrient une mise en danger de la santé publique et de l’environnement. Berne a soumis à la consultation un plan de développement (PSIA) pour pouvoir répondre à cette croissance attendue. André Schneider balaie les critiques.

Le PSIA prévoit 25 millions de passagers à l’horizon 2030 pour Genève-Aéroport. Comment appréhendez-vous cette perspective?

La croissance est un élément que nous devons gérer mais ce n’est pas une fin en soi. Nous n’avons qu’un contrôle très limité sur l’augmentation du nombre de passagers, directement liée à la croissance de la région. Une infrastructure comme un aéroport est un moteur économique. Si le nombre de voyageurs n’augmente plus, il y a de fortes chances que l’économie stagne.

Cette croissance est-elle raisonnable?

Ces 25 millions de passagers potentiels restent une estimation. C’est impossible de savoir combien de voyageurs utiliseront l’aéroport en 2030. Le plan de PSIA doit justement permettre de répondre à tous les scénarios.

Le PSIA est-il la solution idéale pour le futur de l’aéroport?

C’est un équilibre, un compromis très helvétique, car il envisage une réduction de l’impact du bruit pour 2030. Idéal? Je ne sais pas. Dans un monde idéal, il n’y aurait déjà aujourd’hui que des avions électriques silencieux et non polluants.

La semaine dernière, 31 communes avoisinantes ont envoyé une réponse collective à la Confédération pour critiquer le PSIA. Ces craintes sont-elles légitimes?

Non. Je ne les partage pas. Je n’ai peut-être pas suffisamment expliqué nos objectifs et notre façon de faire. Cette peur est engendrée par les 25 millions de passagers attendus. Or, ce ne sont pas les voyageurs qui provoquent les nuisances sonores et la pollution, mais l’évolution des mouvements des avions. Le PSIA prévoit une courbe de bruit maximal à ne pas dépasser. En 2030, l’impact sonore devrait être plus faible qu’aujourd’hui.

Le PSIA prévoit pourtant un vol toutes les 90 secondes à Genève en 2030…

Le taux de remplissage s’améliore d’année en année. À Genève-Aéroport, le nombre de mouvements n’a augmenté que de 0,5% ces deux dernières années. Si on ne prend pas en compte les vols d’affaires et le fret, le total des vols de ligne a même légèrement baissé en 2017. En continuant dans cette voie, nous serons bien en dessous des prédictions de Berne pour 2030.

Des travaux sont-ils prévus pour répondre à cette demande?

L’aéroport adapte en permanence sa capacité. Les travaux en cours – la construction de la nouvelle aile est et l’agrandissement de la façade principale notamment – sont nécessaires pour nous adapter aux besoins actuels. Jusqu’en 2022, près de 900 millions seront investis. Nous intensifierons nos efforts en engageant davantage de moyens dès 2020.

Aujourd’hui, la loi permet à l’aéroport de Genève d’ouvrir entre 5 h et minuit. La tranche matinale de 5 h à 6 h n’est pas utilisée. Est-ce que cela va changer?

Non, cet engagement est ferme. Cette tranche ne sera pas utilisée. Nous voulons une croissance qualitative qui prenne en compte les préoccupations des riverains.

Un couvre-feu à 23 h, comme à Zurich, est-il envisageable?

Difficile à appliquer pour nous. Zurich est un hub, où la plupart des avions repartent vers d’autres destinations. Ici, nous avons besoin de cette heure supplémentaire pour accueillir une dernière vague d’arrivées. Notre taux de vol est déjà beaucoup plus faible dès 22 h. Nous allons œuvrer pour réduire ces mouvements tardifs.

Le PSIA ne contient, par contre, pas de norme concernant la pollution de l’air.

Il n’a pas de volet climatique, mais nous sommes liés au Canton par d’autres accords sur l’environnement. Nous sommes surveillés de près. Par ailleurs, le projet international Corsia auquel la Suisse est liée obligera les compagnies à compenser les émissions de CO2 à horizon 2022.

L’aéroport fait-il assez pour lutter contre la pollution?

Il faut être plus transparent sur ce dossier. Nous devons mieux suivre ces émissions de particules. Nous voulons les réduire au maximum. Les principales compagnies sont en train de renouveler leur flotte aérienne dans cette optique. À la fin de l’année, 1% du carburant sera d’ailleurs remplacé par du biokérosène – à base de déchets végétaux et carnés – à Genève.

Cette volonté est-elle compatible avec l’augmentation du trafic et des passagers?

J’en suis convaincu. Nous nous sommes investis pour réussir ce pari. Le PSIA est un engagement majeur dans ce sens en proposant une réduction de l’impact du bruit.

Quelle serait votre réaction si la Confédération devait revoir ses plans en prenant en compte les critiques des communes et des opposants?

Nous sommes naturellement prêts à discuter. Je le répète: ce plan est un compromis et il me semble très équilibré. (Le Matin)

Créé: 07.03.2018, 11h05

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