Dimanche 24 septembre 2017 | Dernière mise à jour 02:29

Portrait «Il n'y a pas de place pour les JO dans les Grisons!»

La conseillère nationale Silva Semadeni (PS/GR) mène presque seule une lutte acharnée contre l’organisation des Jeux olympiques 2022 aux Grisons. Reportage à Saint-Moritz avec cette militante de nature.

Pour Silva Semadeni, le tremplin de saut à skis de Saint-Moritz, construit pour les JO de 1928, est le symbole d’une époque où les Jeux n’étaient pas encore gangrenés par le gigantisme.

Pour Silva Semadeni, le tremplin de saut à skis de Saint-Moritz, construit pour les JO de 1928, est le symbole d’une époque où les Jeux n’étaient pas encore gangrenés par le gigantisme. Image: Gabriele Putzu/Ti-Press

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En comparaison, c’est en milliards de francs l’estimation des coûts des Jeux olympiques de Sotchi (Russie), qui auront lieu en 2014.

1,5

En milliard de francs,le budget des investissements à réaliser.

2,8

En milliards de francs, le budget opérationnel pour l’organisation des Jeux, dont 1 milliard de garantie fédérale.

60

En millions de francs, le budget dédié à la phase de candidature des JO 2022 aux Grisons, dont la moitié payée
par la Confédération.

Du Val Poschivo à Berne via le Nicaragua

1952

Silva Semadeni naît à Bâle. Elle grandit à Poschiavo et vit aujourd’hui à Coire.

1970-80

Elle étudie à Zurich, Berlin et Florence, devient prof d’histoire. Elle fait «un voyage marquant» au Nicaragua.

1995

Elle entre au Conseil national, «un premier miracle». N’est pas réélue en 1999, «un crève-cœur».

2002

La socialiste devient présidente de Pro Natura Suisse. «Il n’y a pas de Verts aux Grisons.»

2011

Elle retrouve un siège au Conseil national. «Comme un deuxième miracle!» décrit-elle.

2012

Elle prend la présidence du comité «Grisons critiques face aux Jeux olympiques».

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 «Allegra, vous savez ce que ça veut dire?» Silva Semadeni arbore un large sourire en nous posant cette colle. «Cela signifie «bonjour» en romanche.» Car Silva Semadeni, native du val italophone de Poschiavo, a appris le romanche «par amour», le français grâce à un stage linguistique dans le canton de Genève et l’allemand par nécessité. Elle est ainsi la seule parlementaire fédérale à parler les quatre langues nationales.

Allegra, c’est aussi le nom du petit bistrot niché au pied du tremplin olympique de Saint-Moritz. Là où la socialiste, présidente du comité qui lutte contre les Jeux olympiques 2022 aux Grisons, nous emmène. Energique et volubile, elle montre du doigt le tremplin. «Il a été construit en 1927, pour les Jeux olympiques de 1928. C’étaient les premiers Jeux organisés ici: tout petits, tout gentils, tout blancs, tout écolos. Puis nous avons eu les Jeux de 1948. Mais, ensuite, le peuple grison a déjà dit non deux fois à cette manifestation toujours plus grande, dont la dernière fois à plus de 70%!» Silva Semadeni est en persuadée: le 3 mars, lorsque les citoyens de son canton voteront sur la candidature de Davos et Saint-Moritz aux Jeux olympiques 2022, ils mettront de nouveau un non dans l’urne. «Tant que les Jeux seront si gigantesques, je ne vois pas de possibilité de les réaliser dans les Alpes.»

Combat à la Franz Weber

Elle balaie du regard la forêt, très préservée à cet endroit, nous fait tourner la tête vers l’autre versant de la vallée, où les remontées mécaniques de la station branchée de Saint-Moritz tournent à plein régime. «On a fait un pacte ici. Ce côté devait rester préservé, tandis que l’autre pouvait devenir «industriel», comme je l’appelle. Et maintenant ils veulent construire ici un tremplin de 120 mètres et couper 9000 m2 de forêt qui se trouvent dans l’inventaire des paysages d’importance nationale!?» Elle balaie l’idée avant même d’avoir repris son souffle. A la terrasse du café Allegra, on lui fait remarquer qu’au Grand Conseil grison le vote a été largement en faveur des Jeux. «Tout l’establishment politique s’engage pour les JO 2022, c’est clair. Le canton voit avec sympathie le fait que l’argent de la Confédération soit canalisé vers les Grisons avec cette manifestation. Mais je ne comprends pas cette unité de doctrine.» Seule contre tous, la présidente du comité «Grisons critiques face aux JO»? Elle n’en a cure et le revendique même.

C’est que Silva Semadeni doit avoir un vieil ancêtre commun avec Franz Weber. Sauf qu’elle, elle est du cru. Elle a mené les premiers combats contre les résidences secondaires dans le val Poschiavo dans les années 1980. Elle s’est battue ensuite contre «l’utilisation débordante de l’hydraulique». Elle a fait ses armes politiques dans ce contexte. «J’ai beaucoup appris.» Devenue présidente de Pro Natura en 2002, Silva Semadeni se dit «passionnée du futur des régions alpines». Mais, au contraire de Franz Weber, elle peut se déplacer en toute tranquillité dans le canton qu’elle chérit. Même lors de cette campagne de vote sur les Jeux, elle ne reçoit ni menaces ni insultes. «Non, ce n’est pas très grison de se comporter comme cela», sourit-elle. Confirmation de Tarzisius Caviezel, président de l’association qui désire les Jeux aux Grisons: «Chacun a son avis, et nous acceptons les adversaires. Je connais d’ailleurs bien Silva.»

En revanche, le président de Davos ne trouve pas les arguments de son adversaire écologiste corrects. «Elle joue avec les peurs des gens, et non pas avec les faits. Mais cela ne marche pas avec les jeunes, qui diront oui aux Jeux, j’en suis sûr. Ils savent bien que la tenue de JO ici, c’est leur avenir!» Mais Silva Semadeni n’en démord pas: «C’est surtout une mauvaise impulsion pour le développement économique qui nous fait souci, le développement vers un tourisme globalisé, industrialisé, de masse. Les sponsors majeurs seront McDonald’s et Coca-Cola. Et c’est exactement ce que nous ne voulons pas. Nous voulons un tourisme de qualité, authentique, qui valorise notre richesse naturelle et culturelle et ne soit pas dicté par le Comité international olympique!» plaide-t-elle.

La crainte des dettes

Le projet JO 2022, tel que conçu par le comité grison, est l’un des plus modestes qui soit en comparaison internationale, avec un budget opérationnel inférieur à 3 milliards de francs. Pas assez chiche toutefois à ses yeux. «Il y a une grande probabilité que ces deux semaines de Jeux débouchent sur une montagne de dettes! La Confédération doit mettre 1 milliard à fonds perdu. Mais il restera un déficit de 300 millions à éponger et il n’y a là aucune garantie!» Sous la Coupole fédérale pourtant, la Grisonne fait partie du groupe parlementaire de soutien à la participation suisse à l’Exposition universelle 2015 à Milan. Elle a ainsi milité pour l’adoption du crédit de 23 millions de francs attribué à cet événement.

Paradoxal? Elle fronce les sourcils une seconde: «Milan est une ville où il y a déjà une infrastructure capable d’accueillir une exposition. Dans une vallée alpine, il n’y a pas de place pour les Jeux.» Et les investissements que gagneraient les Grisons grâce à la fièvre olympique, notamment dans les transports, la socialiste ne les regretterait-elle pas? «Je soutiens tous les investissements dans le domaine ferroviaire. Mais ils se feront avec ou sans les Jeux olympiques! S’il y a un oui, alors certains projets seront anticipés chez nous et retardés dans d’autres cantons. Mais ce n’est pas la question. Les infrastructures sont toutes déjà prévues avec ou sans les Jeux», affirme-t-elle.

Sur ce point-là aussi, Tarzisius Caviezel conteste. «Des investissements qui se trouvent en priorité quatre à Berne ne se feront pas de mon vivant si nous ne décrochons pas les Jeux!» argue-t-il. Mais Silva Semadeni poursuit son bonhomme de chemin. A la gare de Saint-Moritz, de retour vers son domicile de Coire, elle se réjouit encore. «Un monsieur m’a reconnue ce matin dans cette gare, et m’a remerciée pour mon engagement contre les JO. J’ai grand plaisir d’entendre la voix du peuple, qui se réjouit qu’il y ait au moins quelqu’un qui se bat pour un développement raisonnable du canton.» Et si, malgré tout, elle était désavouée et que le grand raout olympique débarquait aux Grisons en 2022, ferait-elle ses valises? «Déménager? Jamais», éclate-t-elle de rire. (Le Matin)

Créé: 07.01.2013, 07h21


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