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Ski artisanal Il réinvente les lattes en bois

Il rêvait de dévaler les pistes sur ses propres planches, fabriquées avec du frêne de son village de L’Isle (VD). Lucas Bessard l’a fait. Il vient de créer son entreprise. Dans un garage de 30 m2.

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Steve Jobs (Apple) ou Daniel Borel (Logitech), pour ne donner que deux noms d’entrepreneurs prestigieux. Eux aussi ont démarré dans un garage, avant d’être propulsés maîtres du monde. Lucas Bessard, 26 ans, squatte celui de son père, le laitier de la petite commune vaudoise de L’Isle. Trente mètres carrés au bord de la Venoge où il dessine, découpe, scie, rabote, profile, colle, presse, détoure, fraise, ponce, vernit, farte et aiguise. «J’ai attrapé le virus avec lui. Il y fabriquait nos jouets en bois quand on était petits», sourit le jeune homme, qui a très peu exercé sa profession d’ingénieur en agroalimentaire. «J’aime bricoler. Je suis un manuel. J’ai brassé de la bière, fabriqué du whisky, du savon, fait de l’artisanat, retapé un bus VW…»

Virus de son père

Le virus de papa est inoculé. Avec, pour seul agent infectieux, la passion du bois et du ski. En 2013, le Vaudois se fabrique une paire hors norme avec un patin extralarge (170 mm). «Je les ai testés aux Diablerets, la station où j’ai l’habitude de skier. Je les ai fait tester aux copains. Je n’ai eu que des bons retours. Je me suis mis à créer un prototype de freeride polyvalent pour l’hiver 2014-2015. J’ai conçu ensuite dix paires designées qui, alignées les unes à côté des autres, représentent le massif des Diablerets.» En avril de cette année, il fait le grand saut, tout en additionnant les petits boulots. Il donne naissance à Woodspirit, sa boîte qu’il monte en raison individuelle (RI). Patron et unique employé, il y investit toutes ses économies. Environ 15 000 francs, sans compter un soutien parental inconditionnel. «J’ai récupéré l’atelier de mon père avec ses machines. Il me manquait principalement une presse à ski, des fournitures spécifiques pour les semelles, les carres, etc., et, surtout, le bois. J’ai pu négocier avec une menuiserie à Neuchâtel. Le plus piquant, c’est qu’une partie du frêne que j’utilise provient des forêts de L’Isle.»

Nicolas Falquet, client et consultant

L’esprit Wood est de revenir au matériau noble qui a permis aux amateurs de glisse d’apprivoiser la neige et les pentes dès la fin du XIXe siècle. «Mon but, c’est de faire du sur-mesure de manière artisanale, personnalisable sur le plaquage grâce aux veines du bois, sous la semelle aussi, de pouvoir choisir la taille, les cotes (ndlr: longueur, largeur, épaisseur, rayon) et la couleur. Chaque pièce est unique, en symbiose avec la nature.» Des lattes qui, couplées aux technologies actuelles, sont tout aussi performantes qu’un ski industriel et synthétique, assure Lucas Bessard. «J’ai travaillé avec Nicolas Falquet (ndlr: icône valaisanne du ski libre avec son frère Loris) récemment. Il avait envie d’un ski particulier, performant, grand gabarit et rigide. Je lui ai préparé une première paire, qui était trop souple à son goût. J’ai alors conçu quelque chose de plus nerveux. Qui lui convient. Il a lâché son fournisseur pour oser l’expérience Woodspirit. Nous poursuivons notre collaboration, il me conseille et me fait partager son expertise.» Une belle fierté pour le manager téméraire. Qui concède, sans tricher, n’avoir aucun stock et mettre entre deux et quatre semaines pour livrer une commande. «J’ai vendu quinze paires à des potes.» Pas assez pour en vivre. «Je n’ai pas besoin de grand-chose. Il est vrai que je dois me faire connaître. J’utilise mon site, les réseaux sociaux et je suis en train de préparer une vidéo promotionnelle avec Nicolas (Falquet). Je tiens par-dessus tout à ce que ça reste un marché de niche, à être indépendant et libre. Je n’ai pas envie de retrouver mon produit en magasin.» Cette première saison sera décisive. Lucas Bessard ne le sait que trop. «Cet hiver me permettra de sonder. Actuellement, ça parle beaucoup, mais les gens n’achètent pas forcément.»

Une philosophie

A ce stade, plusieurs modèles sont proposés aux skieurs tentés par la combinaison bois-glisse-nature. «Le backcountry (freestyle en environnement vierge/forêt), le freerando (ndlr: en balsa équatorien pour ceux qui souhaitent du plus léger), le polyvalent all mountain et le ski de piste de type carving. Je propose enfin un freeride pour très bon skieur.» Beaucoup de plus, dont l’unicité et l’originalité Swiss made, de même qu’un poids quasi identique qu’un ski standard. Et des moins. Lucas Bessard ne s’en cache pas: le prix. «Il faut compter dès 1100 francs la paire. Après, cela dépend du degré de personnalisation.» Autre point faible. Ou fort. «Le ski sera marqué et vieillira en fonction de son utilisation. Je n’utilise pas de champs plastiques pour les bords. C’est une philosophie. Le bois, c’est vivant. Le ski doit donc vivre.»

Créé: 28.11.2016, 12h04

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