Jeudi 17 janvier 2019 | Dernière mise à jour 12:53

Glagla Ils sont accros à la baignade hivernale!

Un nombre grandissant de personnes prend goût aux baignades hivernales dans le Léman. Elles y cherchent la détente, le bien-être mais aussi parfois la performance sportive. Au passage, beaucoup y gagnent une santé de fer.

Une expérience qui ne laisse pas de glace!

Même coiffé d’un bonnet et « armé » de puissantes respirations, pénétrer dans les eaux à 6° du Léman jusqu’à la taille jette un sacré froid et y plonger ensuite jusqu’au cou « fouette » carrément ! Passé les deux premières minutes, la sensation de froid passe au second plan. Elle est chassée par un profond bien-être teinté de bonne humeur. Quelques rires et cris spontanés soulignent la chose. Je me surprends même à plonger entièrement sous l’eau avant d’enchainer quelques brasses. Le « plouf » durera 8mn. Le retour à terre se passe à merveille. Mon corps est tout rouge et mes lèvres un peu bleutées mais je n’ai pas froid. Le temps de s’habiller et de déguster un thé chaud, les frissons font leur grand retour. Tremblements et claquement de dents incontrôlés, difficultés à bouger la mâchoire ou les doigts… Mon corps se démène pour se réchauffer. Cela prendra quelques dizaines de minutes, mais les effets vivifiants et relaxants de cette baignade, eux, perdureront plusieurs heures.

Bénéfique mais à ne pas prendre à la légère

Pratiquée intelligemment, sur une durée raisonnable et régulièrement, La baignade en eau froide renforce les systèmes immunitaires, vasculaires et neurovégétatifs et stimule la circulation sanguine, d’après le Docteur Mathieu Saubade, chef de clinique du service de médecine du sport du CHUV. Elle est également euphorisante et anxiolytique notamment car elle stimule la production de dopamine, de sérotonine, d’adrénaline et d’endorphines. Elle est relaxante voire anti-inflammatoire mais est également efficace pour calmer rhumatismes et polyarthrites. Attention cependant, cette baignade est déconseillée aux personnes cardiaques. Quant aux autres, s’ils s’y prennent n’importe comment, trop brusquement ou en restant immergés trop longtemps, ils risquent l’hypothermie voire l’hydrocution ! « Pour se prémunir de tels risques, le mieux est de faire également un bilan de santé avant de se lancer », rappelle le Dr Saubade.

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Se baigner dans le Léman en plein hiver, l’idée vous semble complètement givrée ? Elle ne l’est pas tant que ça, tout au moins pour les personnes qui s’y sont mise régulièrement. Elles seraient de plus en plus nombreuses et il y en aurait un millier rien qu’à Genève d’après Christophe Jacot, grand ordonnateur de la Coupe de Noël. Cette célèbre course, dont la 80ème édition s’est déroulée dans une eau à 7°, le 16 décembre en atteste. Cette année, ils étaient 2’300 à y participer. Un record!

« Se dépolluer les neurones »

«Ce boom s’explique par le fait que la baignade hivernale est addictive, assène Christophe Jacot, qui lui-même pratique une fois par semaine depuis six ans.» Le quinquagénaire y voit une occasion en or de «dépolluer ses neurones»! A peine bouclé leur traditionnel sprint de 120 m en eau glacée, nombre de nageurs, mouillés mais rayonnants nous tiennent le même discours. Il fait 4° et aucun ne grelotte encore. Ils sont dans la phase agréable où une chaleur interne s’est réactivée en eux. Cela ne durera quelques minutes puis des tremblements les remplaceront. Entre temps, il faudra s’être vêtu chaudement sous peine de voir le froid s’installer durablement.

Deux retraités conquis par le froid

La jubilation de Willem Suringar, 85 ans et doyen de la course du haut, est évidente. «Grâce à ces baignades, je ne suis jamais malade», confie l’octogénaire sous le regard de ses enfants Vanessa et Pierre-Alexandre qui y voient une «véritable cure de jouvence». Tatiana Mazzolini partage leur avis. Cette ancienne fonctionnaire de l’ONU a 72 ans. Elle a découvert la baignade en eau froide voici quinze ans lors d’une croisière en Russie. «On ressent une sensation de bien-être absolu et une euphorie. L’énergie vitale du corps est comme réveillée», explique-t-elle. Son enthousiasme est si communicatif que ses trois enfants et ses huit petits-enfants s’y sont mis et «ne tombent presque jamais malade depuis»!

Pas plus d’une minute par degré

Arrive ensuite Xavier Barros. Cet étudiant en sport de 24 ans boucle les 485m de la grande course en seulement 6 mn 25 s. La nage en eau froide le détend du stress. Comme beaucoup, il porte un bonnet en néoprène sur la tête. C’est en effet par là que se disperse le 80% de la chaleur corporelle. Le jeune homme fait partie de l’équipe des «Givrés des bains des Pâquis» qui se baigne dans le Léman chaque semaine. «La nage hivernale doit se pratiquer en groupe, par sécurité et pour se motiver», rappelle le sportif. Pour tirer un maximum de plaisir de l’expérience, il faut rester au maximum une minute par degré dans l’eau.

Des courses jusqu’à 1 mile de long!

Plus loin, déjà recouvert d’un long manteau, Jacques Tuset déambule ravi. Bien qu’habitant Montpellier, ce célèbre nageur en eau libre est un habitué de la course. Le passionné de 54 ans a été mandaté par la fédération française de natation pour développer la nage hivernale. Pour cela, il s’inspire de l’International Ice Swimming Association, laquelle propose des courses allant jusqu’à 1 mile de long ! «Cette discipline est à la natation ce que le trail fut à la course à pieds. Elle dénote une volonté de sortir des sentiers battus et de se frotter à la nature dans ce qu’elle a de plus sauvage», décrypte le spécialiste.

Comme les moines bouddhistes

Mais tous les amateurs n’envisagent pas la chose sous ce prisme sportif. L’écrasante majorité la pratique dans une optique de bien-être à l’image de Loris Hofmann. Ce professeur de yoga y voit un prolongement de son art. Les séances gratuites qu’il propose du côté de Cully ou ses stages payants mettent en avant la respiration, la présence et la communion avec la nature. Cela s’appelle le Tummo ou yoga du froid. «Certains moines bouddhistes tibétains l’utilisent en Himalaya afin de se purifier, de canaliser la force du mental, de renforcer leur résistance et de revenir dans le présent via leur ressenti, vulgarise Loris Hofmann. Faire autre chose est impossible. Difficile en effet de penser à ses courses pendant qu’on est immergé dans une eau si froide!»

Efficace contre la déprime

Une de ses élèves, infirmière en psychiatrie de profession, confirme. Elle organise avec une collègue des baignades de groupe dans le Léman avec ses patients. «Ce défi est si intense qu’il les aide à se recentrer, à diminuer l’anxiété et à clarifier leurs pensées. Beaucoup ressentent de la fierté une fois l’activité terminée», explique-t-elle. L’un des intéressés nous le confirme d’ailleurs. «L’eau froide m’a accompagné à reprendre pied au sortir de sa dépression, résume-t-il. C’est une excellente thérapie que je recommande à tout le monde!» (Le Matin)

Créé: 11.01.2019, 06h48

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