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Politique familiale Initiative lancée pour un congé paternité

Les pères devraient bénéficier d'un congé paternité de 4 semaines au moins, selon les syndicats.

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Photo d'illustration. Image: ARCHIVES/Keystone

Mesure essentielle

Le congé paternité est une mesure essentielle dans un Etat social moderne. Au même titre que des places de crèche abordables et en suffisance, fait valoir le professeur Giuliano Bonoli, expert en politiques sociales à l'Institut des hautes études en administration publique (IDHEAP) de Lausanne. Additionné à un congé maternité, il permettrait de mieux concilier vie professionnelle et vie familiale.

Mais la proposition des syndicats, qui vise un mois de congé paternité, ne serait pas suffisante pour réduire les inégalités entre femmes et hommes, relativise le professeur Bonoli. Il faudrait pour cela que le congé du père soit bien plus élevé, afin de dissuader l'employeur de toute discrimination à l'embauche basée sur le sexe et les congés familiaux potentiels.

D'autres voies existent. «Le congé parental, qui prévoit un temps de congé à se partager entre la mère et le père, se développe un peu partout, offrant un modèle aux jeunes générations.» Dans l'UE, la plupart des pays ont instauré un tel congé. C'est le résultat d'une directive européenne les obligeant à légiférer sur la question. En Suède ou au Danemark, le congé parental peut durer jusqu'à 1 an. Cela a évidemment un coût et en Suisse, on en est encore très loin, reconnaît l'expert en politiques sociales.

«On constate aussi que les places de crèches pour les enfants entre 0 et 12 mois coûtent plus cher. Et on se rend compte peu à peu que ce n'est pas forcément bénéfique pour le développement de l'enfant de passer trop de temps en crèche à cet âge-là.» Ces éléments pourraient faire avancer le débat dans le bon sens.

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Les pères devraient bénéficier d'un congé paternité de quatre semaines au moins. Les syndicats et des associations de la société civile lancent une initiative populaire en ce sens. Ils ont jusqu'au 24 novembre 2017 pour récolter les 100'000 signatures nécessaires.

Le texte «Le congé paternité maintenant» est paru mardi dans la «Feuille fédérale». Cette assurance paternité se ferait sur le modèle de celle qui prévaut déjà pour les mères et serait réglée via les allocations pour perte de gains (APG). Les quatre semaines pourraient être prises durant l'année qui suit la naissance.

«Et pour ne pas devoir attendre 60 ans sa mise en oeuvre, nous avons précisé que le texte devra être appliqué au plus tard trois ans après avoir été adopté», a précisé Adrian Wüthrich, président de Travail.Suisse.

Fossé entre politique et population

Le comité d'initiative relève «le fossé» entre le peuple et le Parlement. Un sondage publié par Travail.Suisse en août dernier indiquait que 80% des Suisses souhaitent l'introduction d'un congé paternité de deux à quatre semaines. «Il a un réel engouement pour l'initiative. Depuis ce matin, 1800 personnes ont déjà signé le texte», a-t-il ajouté.

Mais le Parlement a enterré en avril une initiative parlementaire de Martin Candinas (PDC/GR) réclamant un congé paternité de deux semaines. Ces dernières années, plus d'une douzaine d'interventions à ce sujet ont été déposées, sans succès. La droite conservatrice rejette le principe même, estimant que fonder une famille est une affaire privée dans laquelle l'Etat n'a pas à s'immiscer.

Pourtant, l'économie a besoin de davantage de main d'oeuvre compétente. Le congé paternité, en impliquant davantage les pères dans l'éducation des enfants, soulage les mères de cette tâche et permet une meilleure conciliation des vies privées et professionnelles, a remarqué Clivia Koch, représentant les organisations féminines.

Vers l'égalité des sexes

Le congé paternité est le seul moyen d'atteindre pleinement l'égalité des sexes, a appuyé Markus Theunert, des organisations masculines. Et de souligner que la Suisse est un cancre en la matière: en Europe, seules l'Albanie et l'Irlande ne possèdent pas de loi en la matière.

Aucun droit au congé paternité n'existe en Suisse, rappellent les initiants. Lors de la naissance de son enfant, le père peut éventuellement prendre un jour de «congé usuel». La situation varie beaucoup selon les entreprises: Migros se montre la plus généreuse, avec 3 semaines, Lidl offre 10 jours, Coop ou l'industrie horlogère 5 jours, le secteur de la restauration et de l'hôtellerie 3 jours.

La plupart en restent à une journée offerte aux nouveaux pères. Dans l'administration fédérale, ils bénéficient de 5 jours, et entre 3 et 5 jours au niveau cantonal.

Le coût d'un café

Selon un rapport du Conseil fédéral paru en 2013, un congé paternité de 4 semaines coûterait 384 millions de francs. Cela représenterait 0,06% du salaire qu'employeurs et employés devraient verser, soit 3,6 francs pour un salaire mensuel de 6000 francs. Pour le comité, il s'agit d'un nécessaire investissement pour l'avenir.

Dans le comité d'initiative se trouvent plusieurs parlementaires fédéraux, comme la conseillère aux Etats Anne Seydoux (PDC/JU), les conseillers nationaux Rebecca Ruiz (PS/VD), Jacques-André Maire (PS/NE), Laurent Wehrli (PLR/VD) ou encore la présidente du groupe du PBD Rosmarie Quadranti (ZH). Martin Candinas n'en fait par contre pas partie, estimant que quatre semaines, c'est trop. (ats/nxp)

Créé: 24.05.2016, 09h38

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