Vendredi 23 août 2019 | Dernière mise à jour 05:50

Enquête L'armée au secours des gens du voyage

Où accueillir les gens du voyage? L’armée, qui doit se redimensionner, a la solution. Elle est prête à céder des terrains aux cantons à cet effet. Et pour pas cher.

Ueli Maurer a signé lui-même la lettre indiquant que l’armée serait prête à mettre des terrains à disposition des gens du voyage.

Ueli Maurer a signé lui-même la lettre indiquant que l’armée serait prête à mettre des terrains à disposition des gens du voyage.

Gens du voyage: il y a une solution

Des coups de feu sur des caravanes, des installations illégales, des déchets sauvages, des cortèges d’expulsions: les relations entre les gens du voyage et les Romands sont souvent chaotiques. Mais une solution pointe à l’horizon: l’armée devra se séparer de terrains militaires. Elle est même prête à les céder aux cantons pour une bouchée de pain. Pour autant qu’ils les transforment en places d’accueil et de stationnement officielles.

Bien sûr, ces parcelles pourraient trouver une affectation industrielle ou commerciale, bien plus rentable. Mais les cantons ont tout intérêt à profiter de l’aubaine pour agir en faveur des gens du voyage. Car la situation actuelle ne peut pas durer.

En créant des places d’accueil officielles en nombre suffisant, les cantons auront un avantage important: celui d’avoir pris leurs responsabilités en respectant les droits des gens du voyage. Et qui dit droits, dit devoirs. Ils pourront donc davantage s’imposer en cas de litiges ou de débordements. Et la police pourra intervenir dans une situation plus claire.

Reste la question la plus sensible, celle de la cohabitation. La mise à disposition de davantage d’aires d’accueil ne réglera pas tous les problèmes, il ne faut pas se leurrer. Mais elle permettra de poser un dialogue sans rapports de force. Il appartiendra alors aux gens du voyage d’y répondre. Certains ne pourront plus se réfugier derrière un «mauvais accueil» ou des «structures insuffisantes» pour justifier leurs actes. Du gagnant-gagnant en quelque sorte.

Lise Bailat

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Chaque été, c’est la même rengaine: des gens du voyage transitent par la Suisse, s’installent de manière illégale sur des terrains, les riverains sont en colère et les autorités expulsent ou tempèrent. C’est arrivé dimanche à Romont (FR), tandis que l’an dernier, la situation avait totalement dérapé à à Collombey-Muraz (VS). Mais grâce à une armée qui doit réduire ses coûts de fonctionnement, les cantons, qui rechignent à créer des places d’accueil, auront pléthore de terrains à disposition.

«Oui, avec le redimensionnement de l’armée, il y a une quantité de parcelles destinées à être vendues. Dans le canton d’Argovie par exemple, nous avons proposé de mettre une partie d’une place d’armes à disposition», confirme Urs Glaus, le secrétaire de la Fondation «Assurer l’avenir des gens du voyage suisses», créée par la Confédération en 1997. Une lettre signée par Ueli Maurer dont «Le Matin» a eu connaissance, le confirme. «Le Département est prêt à mettre à disposition des terrains dont il n’a plus besoin comme places d’accueil des gens du voyage», souligne François Furer, porte-parole d’Armasuisse. Et en plus, ces parcelles seront quasi bradées si elles doivent servir à accueillir les gens du voyage.

Le Jura sur les rangs

Parmi les cantons qui discutent avec le Département militaire d’une telle opportunité se trouve déjà le Jura. «Armasuisse nous a proposé plusieurs parcelles. Ce ne sera pas forcément Bure et sa place d’armes. Notre idée est d’arriver à la parcelle qui fait le moins de problème. Nous espérons rencontrer les communes en septembre», explique Raphaël Schneider, le chef du Service jurassien des communes.

Mais selon Urs Glaus, le besoin est encore plus urgent dans deux autres cantons: Vaud et le Valais. Le conseiller national Yannick Buttet (PDC/VS), président de Collombey-Muraz, se montre toutefois plutôt sceptique. «Dans le Haut-Valais, une solution pourrait être trouvée avec l’aérodrome. Mais dans le Valais central, il faudrait plutôt songer à maintenir la présence militaire!» En tout cas, vu la nouvelle situation de l’armée, les cantons qui rechignent à créer des aires d’accueil n’auront bientôt plus d’excuses, selon Urs Glaus: «Si on le veut vraiment, on pourra sérieusement créer le nombre de places aménagées suffisantes pour les gens du voyage.» Yannick Buttet rétorque que cela ne résoudra pas tout. «Le problème, c’est surtout l’insécurité réelle ou ressentie au passage des gens du voyage.» Et sur cette question-là, l’armée ne pourra pas grand-chose.

Créé: 06.07.2013, 13h39

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