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Zurich L'incarcération de la mère infanticide critiquée

Les spécialistes s'accordent à dire que la mère infanticide, qui a mis fin à ses jours vendredi, aurait dû être placée dans un milieu psychiatrique plutôt que carcéral.

Natalie K., 27 ans, était auparavant internée au centre psychiatrique de Rheinau.

Natalie K., 27 ans, était auparavant internée au centre psychiatrique de Rheinau. Image: Keystone

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Le suicide vendredi de Natalie K., qui avait assassiné ses enfants le 1er janvier à Flaach (ZH), soulève de nombreuses questions. La marge de manœuvre pour empêcher un tel acte n'est pas énorme, a déclaré samedi Thomas Manhart, directeur de l'office d'application des peines à Zurich.

«Il ne peut y avoir de contrôle absolu, qui irait à l'encontre de la dignité humaine. Un Etat de droit ne peut agir qu'au mieux», reconnaît Ruth Baumann-Hölzle, membre de la Commission nationale d'éthique dans l'édition du 11 août du Tages-Anzeiger.

Pourquoi dans une prison?

Toutefois, l'internement de la mère est sévèrement critiqué car sa place relevait plus du traitement psychiatrique, qui est plus approprié pour empêcher ces personnes de commettre l'irréparable. La direction zurichoise de la Justice enquête actuellement pour savoir si cela était indispensable.

«Lorsqu'une mère tue ses enfants et ne se suicide pas tout de suite, cela arrive plus tard dans 50% des cas. C'est scientifiquement prouvé», souligne Andreas Frei, psychiatre et psychothérapeute, qui pose la question de la pertinence de placer la jeune mère en détention.

Le spécialiste explique que ces personnes se renferment sur elles-mêmes et ne voient plus de raisons de vivre. Il met en avant les méthodes de «déshumanisation» pratiquées aux États-Unis pour empêcher le passage à l'acte. «Les personnes sont sans cesse attachées ou nues dans les cellules afin d'empêcher un suicide. On les prive ainsi de leurs capacités de façon inhumaine.»

Des mesures de prévention limitées

En Suisse, les mesures de contrainte physique pour empêcher un suicide sont limitées dans le temps et pour les cas extrêmes. Ces personnes sont alors transférées dans une clinique psychiatrique où elles sont placées dans une cellule austère avec du mobilier en caoutchouc.

Les patients font alors l'objet d'une surveillance intensive. Ils peuvent se voir en outre administrer de puissants calmants dès qu'il est constaté qu'ils ne sont plus capables de discernement.

Une dernière lettre très claire

Pour le père des enfants et mari de Natalie K, c'était bien le cas. Dans la dernière lettre qu'il avait reçue de son épouse, celle-ci évoquait très clairement ses intentions de suicide, comme il le raconte dans le Blick.

Dans la lettre datée du 5 août, la mère y raconte qu'elle n'a pu voir un psychiatre que durant cinq minutes. «Comme d'habitude, il ne m'a pas écoutée, m'a renvoyée à la semaine prochaine et a augmenté mes médicaments. Je lui ai dit que je ne survivrai probablement pas à la prochaine crise puisque je n'ai plus aucun espoir.» Elle y exprimait son souhait de retourner au centre psychiatrique de Rheinau (ZH).

L'époux, actuellement incarcéré à Cazis (GR) pour escroqueries sur Internet, a reçu la lettre vendredi à mi-journée, deux heures avant que son épouse ne mette fin à ses jours. Il a décidé de poursuivre la direction de la justice zurichoise pour avoir été incapable d'empêcher le suicide de sa femme. (nxp)

Créé: 11.08.2015, 09h40

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