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Décodage L’initiative «Monnaie Pleine» pour les (presque) nuls

Les initiants veulent confier l’intégralité de la création de monnaie à la Banque nationale suisse. Le monde politique n’y croit pas.

90% de l’argent en circulation sont de la monnaie scripturale créée par les banques privées.

90% de l’argent en circulation sont de la monnaie scripturale créée par les banques privées. Image: Martin Ruetschi/Keystone

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Le texte

«Pour une monnaie à l’abri des crises: émission monétaire uniquement par la Banque nationale». Le libellé de l’initiative «Monnaie pleine» résume sa raison d’être et les moyens d’y parvenir. En 2008, la crise financière mondiale a montré la fragilité d’un système financier basé sur un fort endettement privé et public.

Pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise, les initiants proposent de retirer aux banques privées la possibilité de créer de la monnaie par le crédit. La Banque nationale suisse (BNS) aurait à l’avenir l’exclusivité de créer cette monnaie dite scripturale, comme elle le fait aujourd’hui pour les pièces et les billets. L’argent de la clientèle dans les banques serait ainsi protégé des prises de risque sur les marchés financiers.

Les acteurs

POUR: Professeur d’économie à l’Université de Fribourg, Sergio Rossi soutient ce texte qui permettrait de se mettre à l’abri des crises systémiques. Mais sur le fond, il en appelle à un changement plus profond, où les banques doivent recentrer leurs activités: «Plutôt que servir la spéculation, elles devraient servir l’économie réelle.»

CONTRE: À quelques exceptions, le Parlement a refusé cette initiative. Tous les partis (sauf le POP et certaines sections PS) s’y opposent également. Le chef des Finances fédérales, Ueli Maurer, s’oppose à cette révolution monétaire, qui restreint «inutilement et trop fortement» l’activité principale des banques.

Les arguments

POUR: Pour les partisans de «Monnaie pleine», l’initiative vise à contrer les spéculations boursières des banques avec l’argent des clients, ce qu’ils dénoncent comme le «casino» bancaire qui a conduit à la crise de 2008. À travers la BNS, la monnaie en circulation redevient le bien de tous. La BNS mettrait de l’argent en circulation mais «sans dette» pour la Confédération, les cantons ou directement aux citoyens. La BNS pourrait continuer d’octroyer des prêts aux banques pour des crédits pour les entreprises et les ménages. Mais elles ne pourraient plus utiliser leurs dépôts à vue pour accorder d’autres crédits.

Elles feraient du trafic de paiement et autres services financiers. «Monnaie pleine» est une initiative qui vise à une «socialisation» de la monnaie, et non une nationalisation. Cependant, elle trouve ses soutiens les plus explicites à gauche de la gauche. Le Parti ouvrier populaire la défend car «Monnaie pleine» «offre non seulement une plus grande sécurité financière, mais aussi de plus grands bénéfices à redistribuer aux collectivités, donc au peuple».

CONTRE: Les milieux bancaires sont évidemment opposés à cette initiative qui recadre sévèrement leurs activités. Le Conseil fédéral rappelle que le secteur financier en Suisse représente 9,1% du PIB national. Un comité de 130 parlementaires de tous bords met en garde contre les conséquences pour l’économie courante: la difficulté d’obtenir un crédit ou une hypothèque ou l’augmentation des frais bancaires. Le système créerait un risque d‘inflation en faisant marcher la «planche à billets».

Pour Olivier Feller (PLR/VD), cette initiative conduirait à «l’instauration d’un système qui a prévalu dans l’ancien bloc de l’Est». Le président de la BNS, Thomas Jordan, est également opposé à ce que son institution fonctionne selon les principes de l’initiative, car cela nuirait à son indépendance. Enfin, d’une manière générale, la Suisse serait la seule économie à introduire un tel système monétaire. (Le Matin)

Créé: 24.05.2018, 10h21

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