Lundi 17 décembre 2018 | Dernière mise à jour 15:40

Avenir «La Suisse est très en retard»

Le futurologue de renommée mondiale, Gerd Leonhard, est à Genève aujourd’hui. Il nous dévoile un coin du futur.

Le futurologue Gerd Leonhard est de passage à Genève aujourd’hui.

Le futurologue Gerd Leonhard est de passage à Genève aujourd’hui. Image: Laurent Crottet

Croyez-vous qu'un jour tout le travail pénible sera fait par des robots?

Le futur selon Gerd Leonhard

DES ROBOTS

«La science-fiction devient réalité», explique Gerd Leonhard. Pour lui, aucun doute, tôt ou tard, pratiquement tout pourra être fait par des machines. «A ce moment-là, les humains devront s’élever et faire ce qu’ils sont les seuls à pouvoir faire.» C’est-à-dire les jobs qui demandent de la créativité ou des interactions humaines. Ce qui conduira à l’introduction d’un revenu minimum pour tous. «Dans 30 à 40 ans, la plupart d’entre nous n’auront plus à travailler pour gagner de l’argent. Nous ferons d’autres choses.» Une évolution inévitable selon lui mais qui s’annonce difficile parce qu’actuellement on est défini par notre travail.

DES HUMAINS

Implants, exosquelettes, membres bioniques, l’amélioration humaine a déjà commencé. Il est urgent de fixer des limites claires, selon le futurologue. «Malheureusement, on aura sans doute des problèmes majeurs avant de se décider à légiférer sur la question», regrette-t-il. Le risque, c’est que cela nous force à «devenir des machines» en nous améliorant toujours plus. «Nous devons accepter la technologie parce qu’elle nous rend meilleurs, mais il faut qu’on trouve un équilibre avec notre humanité.» Autre danger à venir, les manipulations génétiques. «Devons-nous autoriser les gens à faire ça? Nous ignorons tout des effets secondaires», prévient-il.

DE L’ÉCONOMIE

Ce ne sera pas forcément le Bitcoin, mais Gerd Leonhard est persuadé qu’une monnaie virtuelle et globale s’imposera bientôt. «Le contexte économique a déjà commencé à changer.
A moyen terme, l’économie suicidaire actuelle disparaîtra.» Pour lui, c’est un marché récompensant les entreprises ayant une approche durable qui prendra le dessus. «Ce ne sera plus tout pour le profit, mais tout pour la planète, les personnes et le profit. Il faudra penser à l’écosystème», détaille-t-il.

ET DU RESTE

Grâce à la technologie, les énergies – renouvelables – seront illimitées. Les voitures avec conducteur, elles, disparaîtront, faute d’utilité. «Soit elles se conduiront elles-mêmes soit nous n’en aurons plus besoin parce que nous vivrons presque tous dans de grandes villes», explique le futurologue. L’éducation, finalement, devra évoluer. Dans un monde où toute la connaissance sera à portée de main, fini l’apprentissage par cœur.

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Anticiper les changements à venir dans la société, voilà le boulot d’un futurologue. Pas de boule de cristal là derrière, seulement deux yeux – pour lire et observer –, deux oreilles et un cerveau. «Comprendre le futur est évident. Il suffit de prendre le temps de regarder», assure le Bâlois Gerd Leonhard.

Ce qui est moins évident à comprendre, c’est le parcours de ce futurologue de 53 ans qui est aujourd’hui à midi à la Société de lecture de Genève pour une conférence. Né à Bonn, en Allemagne, il a suivi des études de théologie et de philosophie avant de partir aux Etats-Unis pour devenir musicien. «J’étais bon, mais je me suis rendu compte que je ne serais jamais un grand musicien», raconte-t-il. En 1992, il décide donc de tout plaquer pour se lancer dans quelque chose de novateur: une librairie musicale en ligne.

L’explosion de la bulle Internet au début des années 2000 mettra fin à l’aventure. «J’ai décidé que les Etats-Unis, c’était fini pour moi et je suis rentré en Europe.» Là, il coécrit un livre qui deviendra best-seller: «The Future of Music». «On a prédit pratiquement 100% des dix années qui viennent de s’écouler dans l’industrie musicale», souligne-t-il. Lui et David Kusek anticipaient alors que la musique serait bientôt disponible gratuitement partout et que nos téléphones deviendraient le centre de tout.

Le futur de la Suisse: les données

«Suite à ce livre, les gens ont commencé à me reconnaître comme un futurologue. Moi, je ne savais même pas ce que c’était», sourit-il. Mais il a vite appris. Bien aidé par son habitude de la scène en tant que musicien, il donne aujourd’hui une centaine de conférences à travers le monde chaque année. Il conseille également des gouvernements et des chefs d’entreprise.

Etabli depuis une quinzaine d’années à Bâle, ville de sa femme et position stratégique au cœur de l’Europe, il porte un regard sur son pays d’adoption. «Je vis ici, mais j’y travaille très peu. Contrairement aux pays anglo-saxons, la Suisse est très en retard», explique le futurologue. Pour lui, le pays, particulièrement la partie alémanique, a peur de prendre des risques. «Le problème, c’est que le monde accélère de manière exponentielle et à force de traîner on risque d’être largués.»

Il existe pourtant un domaine dans lequel la Suisse pourrait s’investir avec succès. Les données. «Le stockage, l’analyse, la protection, il y a un marché immense à prendre. Aujourd’hui, tout fonctionne grâce aux données.» Autre univers dans lequel la Suisse devrait être à la pointe: la monnaie virtuelle. Pour lui, aucun doute, celle-ci s’imposera à moyen terme (voir encadré).

Deux directions que la Confédération ne prend pas pour le moment. Mais la réaction ne surprend pas Gerd Leonhard. «Je l’ai souvent vu dans les entreprises. Les dirigeants sont loin d’être stupides, c’est juste qu’ils n’aiment pas cette idée et qu’ils préfèrent l’ignorer.»

C’est d’ailleurs une part importante de son travail. Faire réaliser et accepter le futur aux gens. «Ça va arriver et on ne peut pas le stopper. Le futur peut être merveilleux comme terrible. Tout dépend de comment on s’y prépare», assure-t-il. Les prédictions de Gerd Leonhard peuvent nous y aider. A-t-il raison? Seul l’avenir le dira. (Le Matin)

Créé: 05.02.2015, 06h28

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