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Charité La police s'invite chez des Roms

Un Vaudois prête deux appartements à des familles roms dans un quartier aisé de Pully (VD). Les forces de l’ordre interviennent pour un contrôle d’identité. Il s’en indigne. Récit.

Norbert Guillod, au premier plan, a mis un étage
de sa maison de Pully (VD)
à disposition de quatre familles roms.

Norbert Guillod, au premier plan, a mis un étage de sa maison de Pully (VD) à disposition de quatre familles roms. Image: Jean-Guy Python

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«Ce n’est pas en méprisant les gens que la police va redorer son blason!» Une semaine après les faits, l’indignation de Norbert Guillod, 74 ans, est encore palpable. Dimanche 30 mars, aux alentours de 17 h 30, ce propriétaire d’un immeuble de la paisible commune de Pully (VD) – qui habite le deuxième et dernier étage – entend du remue-ménage en provenance de l’appartement du rez-de-chaussée. Il descend et y surprend deux policiers en train de procéder à un contrôle d’identité à l’intérieur du logement.

«J’ai dû hausser la voix pour les faire partir», raconte celui qui héberge gratuitement depuis dix jours quatre familles roms dans son immeuble. Norbert Guillod a en effet répondu à une demande de l’association Opre Rrom. «Sinon, ces gens étaient à la rue. Ç’aurait vraiment été dommage: les enfants sont scolarisés et travaillent bien!» explique Norbert Guillod qui les accueillera donc jusqu’à la fin de l’année scolaire.

Faire du porte-à-porte pour demander des papiers: qu’est-ce qui leur a pris, à ces deux policiers de l’Est lausannois? «Ils sont intervenus suite à plusieurs plaintes du voisinage dérangé notamment par le fait que ces Roms mendient. Or, c’est interdit dans ce périmètre», répond Dan-Henri Weber, leur commandant. Ce dernier présente d’ailleurs une autre version des faits, affirmant que les personnes ont été contrôlées dans la rue car elles correspondaient au signalement annoncé par les voisins mécontents. Elles auraient ensuite elles-mêmes invité les policiers à les suivre à leur domicile afin d’aller chercher leur document d’identité. Un récit contesté par les intéressés qui racontent, eux, que la police a frappé à leur porte.

«Automatiquement suspects»

Face à la détermination du propriétaire, les policiers ont fini par sortir du bâtiment. Le contrôle s’est donc terminé à l’extérieur, sans que rien ne soit retenu contre les familles. Fin de l’épisode? «Non, le lendemain, deux policiers sont encore venus sur ma propriété et ont procédé à une fouille d’un jeune garçon qui habite ici! C’est inadmissible! Les autorités ne feraient pas ça dans une de ces belles villas en bas de chez moi!» s’étrangle Norbert Guillod. Pour la présidente de l’association Opre Rrom, Véra Tchérémissinoff, il s’agit clairement d’une criminalisation des Roms. «Ils sont automatiquement suspects», analyse-t-elle, réfléchissant encore à la forme que pourrait prendre une plainte.

L’avocat lausannois Jean-Michel Dolivo reste dubitatif face à la version avancée par la police. Mais, même si les faits se sont déroulés de cette manière, il souligne plusieurs problèmes. «La police n’a pas pu constater l’infraction supposée, puisque les Roms ne mendiaient pas (ndlr: fait confirmé par Dan-Henri Weber). Le contrôle reste donc discriminatoire.» Ensuite, à ses yeux, la légèreté de l’infraction présumée ne justifiait pas le fait que la police entre dans un logement privé. «Il faut pour cela un mandat», tranche-t-il. (Le Matin)

Créé: 07.04.2014, 12h59


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