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Polémique Le juteux business de l'asile

Critiquée pour sa mauvaise gestion d’un centre en Autriche, la société zurichoise ORS l’est aussi en Suisse où elle gère de nombreux centres de requérants.

La caserne des Rochats (VD) compte parmi les 9 centres fédéraux gérés par ORS.

La caserne des Rochats (VD) compte parmi les 9 centres fédéraux gérés par ORS. Image: Salvatore Di Nolfi/Keystone

Est-il normal que la Suisse confie à des privés la gestion des centres pour requérants?

TRANSPARENCE?

L’an dernier, le chiffre d’affaires d’ORS en Suisse est monté à 65 millions de francs.

Employant 450?personnes dans le pays, la société ne travaille que sur des mandats privés et n’a pas d’autres clients en dehors de la Confédération, des cantons et des communes. La société ne souhaite pas communiquer le montant de ses bénéfices. Ce manque de transparence ne plaît pas du tout à Balthasar Glättli.

Le conseiller national va interroger le Conseil fédéral à ce sujet lors de la prochaine session parlementaire. «Je vais demander qu’ORS soit obligé de publier ses comptes. Les subventions de la Confédération aux cantons ont pour objectif d’aider les requérants sur le terrain, et non d’aller dans les poches d’acteurs privés. Les contribuables ont droit à davantage de transparence.»

Le conseiller national réclame également une surveillance plus étroite des entreprises privées de la part de la Confédération.

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Cette semaine, la société suisse ORS a été épinglée dans un rapport d’Amnesty International. En cause: les conditions de vie dans le centre de réfugiés de Traiskirchen, au sud de Vienne, géré par sa filiale autrichienne. Outre la situation difficile sur le terrain, l’ONG a mis en lumière, avec ce rapport, l’existence peu connue d’un business légal autour de l’asile. Jusqu’à maintenant, seuls les passeurs étaient pointés du doigt, avec leurs profits engrangés sur le dos de personnes vulnérables. Mais le commerce d’ORS, encadré par la loi, n’est pas vu d’un bon œil non plus.

Un quasi monopole en Suisse

Créée en 1992, ORS est aujourd’hui l’un des leaders de la prise en charge des requérants en Suisse, en Autriche et en Allemagne. «La société a un quasi monopole en Suisse», observe Stefan Frey, porte-parole de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). «Zurich est le premier grand canton qui a mandaté l’entreprise. C’était dans les années 90», se souvient Balthasar Glättli, conseiller national (Verts/ZH). «A l’époque, cela correspondait à une stratégie de l’UDC. Le parti voulait diminuer la qualité de l’hébergement, afin de dissuader les requérants de rester ou même de venir dans le pays. Il souhaitait aussi créer un marché dans le but de pousser les prix vers le bas», croit-il savoir.

Aujourd’hui, ORS gère 9 centres fédéraux d’enregistrement et de procédure (dont des antennes), ainsi qu’une quarantaine de centres cantonaux. Ses prestations? L’encadrement, le versement aux requérants de l’aide attribuée par les cantons, l’hébergement, les programmes de formation, d’occupation, d’intégration ou encore le conseil en vue du retour. Or, faire du profit dans ce domaine choque Denise Graf, spécialiste de l’asile à Amnesty International, qui rappelle que le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) a attribué pendant des années à ORS et Securitas la gestion de tous les centres fédéraux sans mise au concours publique. «Ces entreprises ont vu leur chiffre d’affaires bondir ces dernières années avec les requérants d’asile. La présence de ces acteurs privés pose des questions très importantes», estime-t-elle. «Caritas s’est retiré de plusieurs centres car l’organisation ne recevait pas suffisamment d’argent de la part de la Confédération pour mener à bien sa mission. ORS et Securitas se sont alors emparés du marché. On ne regarde que le prix, et non la qualité des prestations!» dénonce-t-elle.

ORS est moins cher

C’est bien le travail des acteurs privés qui est au centre des critiques. «Les entreprises, qui doivent faire du profit, en font le minimum pour faire fonctionner un centre. Ce sont de purs gestionnaires qui travaillent comme de simples concierges et font preuve d’une vision exclusivement sécuritaire», avance Stefan Frey. «Elles remportent très souvent les appels d’offres car elles sont moins chères que Caritas ou la Croix-Rouge. Et pour cause: elles font appel à du personnel moins qualifié, qui vient par exemple de la restauration et qui n’a pas les compétences pour accompagner des personnes vulnérables.»

Claude Gumy, directeur opérationnel du canton de Fribourg pour ORS, a l’habitude d’entendre ces critiques. Il les balaie d’un «c’est totalement faux». «Nous employons des gens de tous les milieux, des étudiants, mais aussi des assistants sociaux et des universitaires. Nous sommes parfois dans de vieux bâtiments et il faut des gens pour la maintenance», dit-il. Alors comment sa société parvient-elle à proposer un prix plus bas que des organisations caritatives, tout en faisant du profit? «Certains services sont centralisés à Zurich, on fait des économies d’échelle. On joue avec les structures hiérarchiques. On travaille aussi avec des forfaits. On a nos méthodes, notre style.» Claude Gumy conclut en faisant appel au bon sens: «Si nous étions nuls, nous n’aurions aucun mandat. Or, nos résultats professionnels sont appréciés. L’externalisation d’un service est un choix politique que font beaucoup de cantons.»

Créé: 29.08.2015, 09h03

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