Vendredi 19 janvier 2018 | Dernière mise à jour 21:36

Exclusif Le pédophile avait déjà sévi au Canada

L’ex-directeur d’internat du Collège Beau Soleil de Villars (VD) avait déjà dérapé dans son pays une décennie plus tôt. Des témoins racontent.

Viril, beau gosse, drôle et grande gueule, Luc*, ici à la Holy Trinity School, en 1990, savait séduire les jeunes, en soufflant le chaud et le froid, et étouffer dans l’œuf les éventuelles suspicions. En tout, il a enseigné dans cinq établissements.

Viril, beau gosse, drôle et grande gueule, Luc*, ici à la Holy Trinity School, en 1990, savait séduire les jeunes, en soufflant le chaud et le froid, et étouffer dans l’œuf les éventuelles suspicions. En tout, il a enseigné dans cinq établissements. Image: Holy Trinity School, DR

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David Cloux, l’une de ses victimes, en était convaincu. Notre enquête le confirme: en abusant de cet Helvético-Britannique et d’au minimum trois camarades mineurs, au Collège Beau Soleil de Villars (VD), en 2003-2004, Mister Luc* ne dérapait pas ponctuellement sous la pression d’un poste écrasant de chef de l’internat. Il récidivait ! Les agissements de ce Canadien de 58 ans, condamné en mai, à Vevey (VD), à 30 mois ferme, et qui se terre aujourd’hui dans son pays, lui avaient valu de faire face à la justice une première fois. C’était en 1998, à Toronto.

«Il commentait nos pénis !»

Flash-back. De 1986 à 1992, Luc travaille à la Holy Trinity School de Richmond Hill, en Ontario. Beaucoup de collègues apprécient son charisme et son humour sarcastique. Une minorité seulement se méfie de lui, à l’image de ce prof retraité décrivant Luc comme un «trou du cul alcoolique, caractériel et autoritaire», cherchant à impressionner en arborant des vêtements de marque, une belle voiture. Et en sortant avec de jolies femmes qui, cependant, ne restaient jamais longtemps à ses côtés. «Des rumeurs circulaient qu’il n’était pas porté sur le sexe», précise celui qui se souvient pourtant que Luc en parlait souvent.

«Il aimait provoquer et se vantait d’avoir couché avec des mères d’élèves, et m’avait confié un jour se masturber en conduisant!» Le week-end, Luc invite régulièrement un élève ou l’autre à aller voir un match. Il arrive qu’il soit invité en vacances par des parents. Malgré cela, ses collègues ne soupçonnent pas les penchants du trentenaire. Lequel jouit de l’estime de son directeur, le révérend Alexander*.

Luc coache une équipe de rugby et de foot de l’école et fait illusion. «Après l’entraînement, il traînait aux vestiaires et faisait des commentaires sur nos pénis. Les rares qui osaient s’en plaindre étaient ridiculisés, raconte un ex-élève de 43 ans. Plusieurs fois, il nous avait invités chez lui à boire de l’alcool et à regarder du porno, nous encourageant à demi-mot à nous masturber !» À l’école, Luc joue les autoritaires et en dehors le grand frère sympa, d’après un autre ancien, qui raconte: «Un soir de fête très arrosée, avec quelques élèves, il s’était mis nu et nous avait incités à l’imiter. J’étais parti immédiatement.»

En 1990, Luc était coach de l'équipe de rugby des moins de 13 ans à la Holy Trinity School. Photo: DR

Un suicide manqué

Luc cible déjà des gamins en quête de figure paternelle. Un soir de 1992, en faisant boire un élève de 16 ans issu d’une famille monoparentale dans laquelle il était parfois invité, en se glissant dans son lit et en s’adonnant à des attouchements, Luc fait le mauvais choix. Cet ado athlétique, bon élève, sportif et populaire, frappe son professeur qui s’enfuit. Se croyant démasqué, Luc avale de l’antigel et essaie de se suicider en sortant de l’autoroute au volant de sa BMW. Il survit et démissionne, laissant derrière lui les rumeurs et le scandale se tasser.

Sa victime reste silencieuse et dépose une plainte presque quatre ans plus tard. En 1996, des policiers se présentent à l’Albert College de Belleville, toujours en Ontario, pour arrêter Luc. Entre-temps, le Canadien a gradé dans ce nouvel établissement. Il y est responsable d’une partie de l’internat. L’école est dirigée par le révérend Alexander qui l’y a engagé. À la Holy Trinity School, la nouvelle direction recherche timidement d’autres victimes de Luc. Mais étrangement, beaucoup de parents d’élèves refusent de croire à sa culpabilité.

Soutien effarant: Signée du révérend Alexander*, directeur de Luc* à l’époque des faits puis de son arrestation, cette lettre de recommandation, datée de 1999, figurait dans le dossier de candidature du pédophile à Beau Soleil. Crédit: DR

«Trop identifié à sa mission»

«À la base, plusieurs autres écoliers étaient d’accord de témoigner contre lui au procès, mais tous ont changé d’avis et au final, ça avait été la parole de l’un contre celle de l’autre, et l’acquittement», déplore un camarade de la victime.

Et en 1999, comme si de rien n’était, le révérend Alexander (que nous ne sommes pas parvenus à retrouver) se fend pour Luc d’une lettre de recommandation flatteuse (voir ci-dessus). Laquelle sera jointe au dossier de candidature que le pervers au casier judiciaire vierge enverra à Beau Soleil ! On peut y lire: «La seule critique que je pourrais faire est que Luc se montrait parfois trop identifié à sa mission.» Le Canadien n’a pas répondu à nos sollicitations. Comment un prédateur tel que lui a pu décrocher un poste de cadre dans une école où l’année scolaire est facturée 100 000 fr., comme à Beau Soleil ? Beaucoup se posent la question aujourd’hui. (Le Matin)

Créé: 26.12.2017, 06h47

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