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Reportage Les Suisses adorent les câlins d'Amma

Cette figure spirituelle indienne dispense ses «hugs» énergisants à Winterthour chaque année depuis 1987. Environ 6000 personnes en bénéficieront jusqu’à demain matin.

Vidéo: Laura Juliano

Quarante secondes surprenantes

Dans les bras de Mata Amritanandamayi, le temps s’écoule au ralenti. On y a passé 40 secondes. Avant cela, l’Indienne nous les a ouverts, souriante, en nous regardant comme une mère retrouvant un fils perdu de vue. Contre elle, des larmes montent sans qu’on comprenne. On les contient tandis que la sexagénaire nous marmonne un mantra à l’oreille. Ses mots en sanskrit s’y écoulent comme s’ils étaient liquides. L’expérience est «récompensée» d’une pomme qu’on engloutit illico. Puis un de ses «dévots» nous fait asseoir à quelques mètres du «maître» pour digérer son hug. Là, une sensation d’apaisement nous envahit.

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Des babas cool souriants, des apprentis yogis recueillis, de jeunes parents le regard pétillant et une minorité de curieux ont envahi la Eulachhalle de Winterthour (ZH) en ce mercredi. Venus de toute la Suisse ou d’ailleurs, c’est en chaussettes qu’ils s’assoient quelques secondes sur une chaise avant de passer à la suivante installée juste devant. Leur manège durera une heure. Sur une estrade leur faisant face les attend celle qui les enlacera à l’issu de cet étrange pèlerinage organisé là chaque année depuis 1987: Mata Amritanandamayi, dite «Amma» (mère en hindi). Les plus motivés des quelque 6000 «hugués» lui réclameront un mantra personnalisé et secret qui psalmodié quotidiennement pourrait les aider à «aller vers plus d’amour».

«Un être humain accompli»

«Car la religion d’Amma est l’amour. Elle est un exemple vivant de ce qu’est un être humain accompli et comble le besoin d’amour véritable et inconditionnel qu’a toute personne», explique Sarah Straub. Cette étudiante en science politique de 27 ans vient voir l’Indienne depuis ses 15 ans. Elle l’a connue par ses parents et consacre une partie de ses vacances à la suivre «en tournée». Ils sont ici des centaines à chanter les louanges de la «mère de la béatitude éternelle» avec une même conviction surprenante pour les non initiés. Face à la sexagénaire vêtue d’un sari blanc et continuant imperturbablement son interminable distribution de câlins, ses musiciens et quelques dévots chantent des «bhajans». Ces chants dévotionnels sanskrits accompagnent de manière quasi ininterrompue et hypnotique le «darshan» ( terme hindouiste désignant le moment où le dévot est en contact avec son maître spirituel).

Action désintéressée

La participation est gratuite, mais dans un coin de la salle l’argent circule. Une majorité des quelque 10 000 personnes attendues achèteront au cours des trois jours CD, livres, cosmétiques bio, vêtements ou photos en rapport avec Amma. D’après les organisateurs, les bénéfices ainsi générés sont reversés à «Embracing the World». Cette ONG fondée par Mata Amritanandamayi est soutenue par l’ONU.

«Amma est dans la compassion mais aussi dans l’action, insiste Franziska Agosti, chargée de presse, une des 700 bénévoles de la manifestation et qui a connu Amma par un professeur de yoga. Elle a permis de construire un réseau d’hôpitaux et une université. Elle mène de front quantité de projets allant de la distribution de nourriture à la construction de logements et d’orphelinats.» «L’amour de ces gens m’appelle, affirme souvent la sexagénaire qui n’a pas trouvé le temps de nous répondre. Je souhaite qu’ils s’inspirent de mes enseignements sans pour autant devenir des moutons.» Reste que pour les Occidentaux en moyenne peu portés sur le spirituel, l’atmosphère faite de sourires bienveillants, de mantras exotiques et de repas végétariens régnant dans la Eulachhalle peut être un peu déstabilisante.

Après cinq heures passées sur place, nous repartons fourbus. Mata Amritanandamayi de son côté n’a pas quitté son siège une seconde. «Son amour est comme un fleuve. Rien ne peut le contenir», nous affirmait un «dévot» à notre arrivée. On est tenté de le croire.

Créé: 17.10.2014, 09h35

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