Samedi 20 avril 2019 | Dernière mise à jour 16:02

Sexualité Les ados sont accros au porno

Selon un sondage, près de neuf garçons sur dix auraient déjà visionné un film pour adultes. Et parfois même sans faire exprès.

Le développement des appareils mobiles connectés, comme les tablettes ou les smartphones, permet d’échapper à la surveillance parentale.

Le développement des appareils mobiles connectés, comme les tablettes ou les smartphones, permet d’échapper à la surveillance parentale. Image: Reg Charity/Corbis

Voir du porno à 13 ans, est-ce grave?

Les adolescents à l’école du porno

Neuf garçons ados sur dix regardent régulièrement des films pornos. Sur leur mobile. Ou sur l’ordinateur familial. En l’ayant cherché. Ou sans faire exprès. Les jeunes Suisses seraient les plus exposés à ces images – qui vont parfois jusqu’à des pratiques dures comme la pédophilie.

Le problème, c’est la nature de ces images, bien sûr. D’ailleurs, «Le Matin», en plus des deux pages publiées aujourd’hui, va continuer, ces prochains jours, à creuser cette thématique nouvelle.

Plus inquiétant: la brutalité de l’irruption du porno dans la vie d’un ado pas préparé. Qui risque de confondre un film X avec la réalité. D’avoir de l’amour la seule idée de rapports dominés par la brutalité, la performance et par la soumission de la femme au désir masculin. Ce n’est pas le porno qui est mal. C’est prendre ce qu’il montre pour la norme unique.

Les parents ne doivent pas être les seuls à préparer leurs enfants à des images qu’ils verront tôt ou tard. Pour des raisons de pudeur, mais aussi parce qu’ils sont vite dépassés par l’habileté de leurs enfants sur le Net. L’école doit prendre le relais, poser des limites, rappeler ce qui est interdit, informer, dialoguer.

Justement, les cours d’éducation sexuelle en primaire sont de plus en plus souvent attaqués. Actuellement, une initiative populaire cherche à diminuer leur portée. Dans l’environnement hypersexualisé des ados, l’école doit continuer sa mission éducative. D’autant qu’un des lieux où les ados s’échangent leurs fichiers X, c’est la cour ou le chemin. De l’école.

Stéphane Bonvin
Rédacteur en chef adjoint

«Ces images provoquent des demandes particulières»

L'expert
Willy Pasini
Sexologue, psychiatre et écrivain


89% des garçons et 43% des filles entre 13 et 16 ans ont consommé du porno, ça vous semble juste?

Oui. Ces chiffres s’expliquent par deux facteurs. D’une part, l’augmentation des sites pornographiques, il y en aurait 500 000. D’autre part, la multiplication des supports mobiles, comme les téléphones portables qui ont accès à Internet.

Que font-ils de ces images?

Il y a deux cas de figure. Certains jeunes regardent ces images en groupe, pour rigoler, un peu comme un spectacle. Pour d’autres, c’est utilisé comme une incitation à la masturbation. Difficile de savoir quelle est la proportion de chaque groupe.

Ces images ont-elles une influence sur la vie sexuelle de ces ados?

Oui. Elles provoquent notamment des demandes particulières, généralement des jeunes garçons auprès de leur partenaire. Par exemple la sodomie, qui est présentée dans la pornographie comme de la sexualité habituelle.
C’est pour cela qu’il est important, à l’école et à la maison, de faire l’éducation sentimentale des jeunes. D’expliquer que, quand on aime une personne, il est possible de tester certaines choses, mais pas avec tout le monde. Et de leur apprendre à dire non.

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Des résultats qui font blêmir les parents d’adolescents. Selon une étude menée par le Bureau de pédagogie sexuelle du canton de Zurich «Lust und Frust», les images pornographiques sont totalement banalisées auprès des jeunes de 13 à 16 ans. Ainsi, ils seraient 88,7% des garçons et 43,5% des filles à avoir déjà vu des films ou images pour adultes.

Pourquoi une telle différence entre les sexes? «Ce n’est pas du tout surprenant, explique Lukas Geiser, qui a mené l’enquête. Les garçons construisent leurs fantasmes principalement sur les images, tandis que les filles se basent plus sur des composants sociaux.» Pour Willy Pasini, sexologue, cette différence s’explique aussi par le fait que l’industrie pornographique s’adresse aux hommes. «Aux Etats-Unis, une mouvance de films pour femmes est en train d’arriver avec des productions qui commencent de manière érotique. Mais c’est encore très marginal.» Cependant, lorsqu’ils sont interrogés sur la fréquence à laquelle ils consomment ces films, garçons et filles donnent sensiblement les mêmes réponses. Ils seraient ainsi 75% des garçons et 73% des filles à en avoir vu plus de 10 fois dans leur vie.

Les parents pas conscients

Pour expliquer ces chiffres élevés, les experts se basent sur le développement d’Internet. Car c’est majoritairement en ligne que les jeunes visionneraient les images à caractère pornographique. Selon une étude menée à l’Université de Zurich, les adolescents passent 66 minutes sur Internet par jour. Dans la tranche des 15-16 ans, le temps en ligne serait même de 96 minutes. Et alors qu’auparavant l’utilisation d’Internet se limitait à l’ordinateur familial, qui trône le plus souvent dans une pièce commune, la multiplication des appareils mobiles connectés, en particulier les téléphones portables, a permis la consommation du porno partout, tout le temps.

Ainsi, selon le chercheur de l’Université de Zurich Martin Hermida, qui a dirigé le volet suisse d’EU Kids Online, une grande étude européenne portant sur le Web et ses risques chez les jeunes de 9 à 16 ans, l’utilisation d’Internet sur son téléphone portable est très intensive en Suisse en comparaison européenne. Et, par rapport aux pays voisins, c’est aussi en Suisse que les jeunes ont le plus eu contact avec du contenu à caractère sexuel. Autre corollaire de cette nouvelle manière de consommer la pornographie, celle-ci se fait loin du regard des adultes. «Plus de 40% des parents ne savent pas que leur enfant a déjà visionné des images sexuelles sur Internet, constate Martin Hermida. Ils ne sont souvent pas du tout conscients de cela.»

Mais si, dans l’écrasante majorité des cas, l’accès au contenu pornographique se fait de manière consciente et voulue – «les jeunes sont curieux et ont envie de découvrir», résume Lukas Geiser, pédagogue en sexualité –, reste que, parfois, les adolescents tombent de manière inopinée sur ces images. Ainsi, dans son étude, Martin Hermida a découvert que 13% des adolescents suisses ont vu du contenu à caractère pornographique par le biais des pop-ups, ces fenêtres publicitaires qui surgissent de manière inopinée et non désirée. Pour les plus jeunes sondés, âgés entre 9 et 10 ans, ces intrusions (qui apparaissent notamment lors du téléchargement de séries ou de films) sont dérangeantes ou perturbantes. Et même un cinquième des 15-16 ans se sont dits gênés par ces pop-ups érotiques.

Distance critique

Malgré ces chiffres qui donnent froid dans le dos, les experts estiment qu’il est important de ne pas dramatiser. «Cela n’a aucun sens d’interdire à son ado de regarder un film porno sans en parler avec lui», estime Lukas Geiser. Pour lui, le plus important, c’est que les parents gardent une distance critique face à ces images. «Il faut commencer à parler de sexualité très tôt avec ses enfants. Afin qu’ils comprennent que les images qu’ils voient ne sont pas réelles. Il faut aussi démonter l’image de la femme très soumise et de l’homme dominant véhiculée par ces films.» Surtout que son enquête démontre que, même s’il parlera plus facilement de sexualité avec ses amis, l’adolescent fait confiance aux adultes sur ce sujet. (Le Matin)

Créé: 30.09.2013, 07h12

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